‹ La princesse des UrsinsChapitre 80 sur 278 · RETOUR DE MADAME DES URSIMS · texte numérisé non relu

RETOUR DE MADAME DES URSIMS

a des Espagnols, dans toutes les villes où je passe. Ils en « sont informés par les lettres qu'ils reçoivent de Madrid a et par les officiers qui se répandent partout pour traa vailleraux recrues. J'en ai vu plusieurs, pleins de bonne c( volonté et de zèle, charmés d'avoir un peu d'argent et « persuadés qu'ils ne retomberont plus dans le mépris c( et la misère où ils ont été si longtemps. Les peuples a prennent part à ces heureuses dispositions. On sent « redoubler leur amour et leur fidélité pour le roi leur <( maitre, et tous ne désirent rien tant que de voir tauto- « rite absolue entre les mains de qui elle doit être. Il ne a faut maintenant qu'une chose, c'est que le roi d'Espagne a puisse commander son armée, en Catalogne, au mois « de septembre prochain. Cela dissipera absolument tout « ce qui reste d'intrigues dans le royaume. C'est un coup c( de partie, dont le succès peut ôter à nos ennemis toute u espérance de conquérir l'Espagne, ehqu'ilfaut tenter, c< en mettant en usage tout ce qu*U faut pour le faire « réussir. J'y exhorte Orry dans toutes mes lettres, quoi- (c qu'il y soit assez porté de lui-même. C'est aussi le senc< timent du maréchal de Tessé, et j'en suis ravie. Vous c( aviez bien jugé de son caractère. Étes-vous bon physio- « nomiste... I Je vous le dirai bien fort ^.. »

Après avoir adouci un peu Tâcreté ministérielle de Chamillard, madame des Ursins parcourut la dernière étape qui la séparait de Madrid et des honneurs qui lui étaient réservés. Déjà, quand elle était passée à Bayonne, au pied de ,ces tours redoutées qui renfermaient encore le marquis de Léganez et plusieurs autres proscrits, M. de Gibaudière, commandant de la place, avait fait tirer le canon à son entrée, jugeant convenable une démonstration honorifique pour madame des Ursins, en présence de ces

< Dépôt de b guerre, 1705* t. IV, n' 1896, 29 juillet, CLVir lettre, mdame des Ursins à M. de Chamillard.

conspirateurs, tous, ses ennemis : c'était pourtant cruel et insultant ; mais on était décidé à la rigueur, et Louis XIV fit écrire par Chamillard à cet officier qu'il l'approuvait ^ On devait en faire bien davantage en Espagne. La peur et l'intérêt, plus que la sympathie, plus même que la curiosité, devaient attirer sur ses pas, comme à Paris, des flots d'adulateurs, et donner une preuve nouvelle de la ressemblance des hommes et des cours, au milieu de la diversité des pays. A Saint-Jean de Luz, en mettant le pied sur le sol de l'Espagne, elle avait trouvé de grands personnages espagnols accourus à sa rencontre, et qui l'y attendaient avec anxiété pour en être vus les prc* miers. Que dis-je? le canon de Saint-Jean de Luz avait retenti au fond de Buen-Reliro ou de l'Escurial, le matin du 17 juillet; et aussitôt le maréchal de Tessé, interprète des sentiments pénibles de ses ennemis, écrivit, le jour même du courrier, que ceux qui s'étaient déchaînés contre elle étaient consternés. Les uns, à la vue de la joie inexprimable, dit-il, de la reine et du roi, affectaient un air assez gai ; les autres ne pouvaient contenir le trouble dont ils étaient saisis, tous enfin se préparaient au plus vite à se porter au-devant de l'odieuse, mais puissante tutrice de leurs jeunes souverains *. Quelques-uns dea plus empressés, qui ne sont pas toujours des plus fidèles j ajoute-t'il, étaient allés déjà jusqu'à l'entrée de l'Espagne; d'autres allèrent jusqu'à cinquante lieues, c'est-à-dire jusqu'à Burgos. Eiîectivement, la lettre que la princesse des Ursins adressa, de cette capitale de la Vieille-Castille, à la maréchale de Noailles, fait mention d'une foule de * personnes venues pour lui faire leur cour. Les dames surtout l'accablèrent de compliments. U y eut des feux

* Dépôt de la guerre, t. IV, CIX* lettre, du 20 juiUet 1705. Clismillard à M. de Gibandière. — * Ilnd., 17 juillet, le maréchal de Tessé k GbamUlard^ 17(fô.

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