‹ La princesse des UrsinsChapitre 8 sur 278 · ET LE CARDINAL DE BOUILLON A ROME · texte numérisé non relu

ET LE CARDINAL DE BOUILLON A ROME

Les conflits prochains des puissances européennes, au sujet de la succession d'Espagne, n'allaient-ils pas ramener quelque circonstance, dont les ennemis de la France le feraient profiter ? La chose était possible ; mais, pour cela, il fallait, à Rome, se rendre agréable à l'Empereur. C'est une précaution qu il ne manqua pas dfi prendre. Il ne s'occupa que de faire la cour à ce prince, et négligea les vrais partisans de la France, et spécialement les Florentins. Quant à madame des Ursins , qu'il regardai comme un des instruments dont les ministres de Louis XIV s'étaient servis auprès du pape, pour lui faire manquer, quatre ans auparavant, Tèvèché de Liège, il la vit peut. Il était depuis plus d'un mois à Rome, qu'il n'avait pas encore daigné mettre le pied chez elle. Lorsque une fois il se fut décidé à lui faire visite, il refusa de s'entendre avec elle pour tout disposer, à la cour romaine, en vue de celte succession d'Espagne, qui pouvait à chaque instant s'ouvrir. Il cherchait plutôt à lui nuire qu'à accorder ses démarches avec les siennes, et il se servait, pour la perdre, d'un certain abbé de Yaubrun, qui, sous le voile d une amitié perfide, obtenait des confidences de madame des Ursins et rapportait tout au cardinal. Un incident d'étiquette, survenu à la mort du duc de Bracciano, en 1608, ne fit qu'envenimer cette fâcheuse zizanie. Le jour où mourut ce seigneur, le cardinal de Bouillon se présenta chez la princesse, sa veuve, et, en vertu de sa charge ainsi que d'un vieil usage romain, il réclama l'honneur de diner avec elle à sa table.

En général, rien n'ennuyait la princesse des Ursins comme les questions d'étiquette. Indépendante de sa nature, elle aimait à procéder selon les convenances qu'elle se traçait elle-même. Dans tous les cas, elle préférait toujours ce qui se rapprochait des mœurs françaises, des habitudes de la cour de Versailles et de son pays, à la

manière d*agir des autres nations. Par là elle restait française dans les États étrangers. C'était parfois un défaut, et elle en porta souvent la peine, comme alissi beaucoup eurent à en souffrir, surtout en Espagne, où l'étiquette était tout, parce qu'elle était, aux yeux d'une aristocratie ombrageuse, l'image même du droit. Mais, à Rome, dans une position qui n'était pas aussi officielle et aussi publique que celle qu'elle eut à Madrid, la princesse des Ursins pouvait, sans autant d'inconvénient, se livrer à cette originalité de son caractère, principalement lorsqu'elle avait afTaire à un Français. Préférant donc la coutume française, qui permet à une famille, dans ces premiers moments de douleur ou de deuil, de s'isoler et de ne pas se montrer, la princesse des Ursins fit répondre au cardinal de Bouillon qu'elle ne pouvait se rendre à ses désirs. Le cardinal de Bouillon insista, et parla même d'un ton impérieux. Alors, le bruit en courut du moins, la princesse des Ursins lui fil servir à diner, mais à lui seul, et, dit-on, dans l'antichambre de son appartement'. Dés ce moment,, la rupture fut complète et sans remède. C'est un affront que le cardinal de Bouillon ne lui pardonna point.

Mais la princesse des Uij^ins était un jouteur habile et ferme ; la plume était chez elle une arme terrible. Elle en usa, comme il le lit lui-même : elle soutint que son adversaire était plutôt Autrichien que Français ; elle en convainquit le maréchal de Noailles, dont le suffrage était d'un si grand poids, et, vet^s la fin de juillet 161)8, elle parvint à faire remplacer le cardinal de Bouillon, à Uome, par le prince de Monaco. C'était un Italien, comme Tétaient les représentants des autres États de la péninsule; c'était même un prince régnant, et, à ce titre, ayant en

' Jfbr. mertte dt la cour de Madrid., ann. 1608.

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