‹ La princesse des UrsinsChapitre 86 sur 278 · ET LE DUC D'AI^BÉ · texte numérisé non relu

ET LE DUC D'AI^BÉ

sait la reine, par toutes sortes de gens \ on comprendra que Philippe V aimât mieux confier ces précieuses clefs aux nouveaux capitaines des gardes : changeant fréquemment, et soumis, eux et leurs subordonnés, à la rigueur plus prompte des lois militaires, ils lui offraient plus de garanties de sécurité.

La mort de Villafranca était une bonne occasion pour ce changement. Mais il fallait trouver un seigneur qui voulût prendre ses fonctions avec ce démembrement d'attributions, et consentir à n'élre qu'un majordome au petit pied, tenu même en défiance^et peut-être honni par ceux de sa caste. Chamillard, dans la lettre assez acerbe du 6 juillet, écrite à madame des Ursins au sujet des réclamations d'Orry, proposait pour cette dignité du palais le duc d'Albe , ambassadeur de Philippe V en France, et dont on n'a pas oublié les démonstrations officielles envers cette dame, alors qu'elle était encore disgraciée. Chamillard, dans son aigreur maladroite, et comme s'ii était rindiscret écho des plaintes de ce seigneur, ne trouvait pas d'autre moyen de le recommander à la princesse des Ursins que de dire qu'iT avait fallu un homme comme le duc d'Albe pour se soumettre à tout ce qu'on avait exige de lui à Paris. « Je défierais au roi, disait-il, ff avec sa puissance, de faire faire à un Français, son am- « bassadeur à Madrid, le même personnage que l'on fit « faire à celui-ci en France. Il est pourtant des plus grands « seigneurs, ajoutait-il avec la même rudesse de ton, et c toujours également affectionné, sans avoir jamais de- « mandé ni d* entrer dans le Despacho, ni de se tenir setd avec ff le roi, et il me semble qu'il est de l'intérêt des deux rob « de récompenser et de s'attacher ceux qui font bien *. »>

' Mém. de KoaUles, t. H, p. 317, Letlre de la roine d'Espagne à Louis XIV. — ' DépAl de la guerre, t. IV, 1705, 6 juUlel, M. de Chamillard à la princesse des Ursins, n* 1886.

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A coup sàr, une lettre aussi sèche, et qui trahissait tant de mauvaise humeur, était faite plutôt pour dessenir le duc d'Aibe, si par hasard il désirait être majordome, que pour le recommander. ChamiUard ne se doutait pas, à Tépoque où il récrivait, qu'en Espagne le roi et la reine iraient eux-mêmes recevoir leur camerera mayor à deux lieues de Madrid, avec l'ambassadeur français, avec le général en chef français, et bien d'autres seigneurs, d aussi haut rang que pouvait l'être le duc d'Albe. II ne savait pas non plus, ou peut-être cet air si peu gracieux venait-il de ce qu'il le savait trop et qu'il l'approuvait, que le duc d'Albe n'avait aidé que foiblement et à contre-cœur au retour de la princesse des Ursins. C*est le marquis de Saint-Philippe qui nous l'apprend, et il ôte ainsi beaucoup de leur mérite aux démonstrations antérieures de cet ambassadeur, en nous faisant supposer qu'il y avait plus de soumission que de spontanéité '. Si le marquis de Saint Philippe était parfaitement instruit de cette particularité, on pense bien que la princesse des Ursins ne l'ignorait pas. Aussi ne se souciait-elle pas trop de désigner à Philippe Y le duc d'Albe pour l'emploi vacant de majordome mayor de la maison du roi. Mais diverses considérations influèrent sur son esprit : d'abord le duc d'Albe, malgré sa nomination, devait rester ambassadeur en France ; en second lieu, il était fortement protégé par les Noailles et par ChamiUard, qui se trouveraient offensés, si on lui refusait cette nouvelle dignité; enfin il consentait à tous les retranchements opérés dans les attributions du grand maître, et aux privilèges des nouveaux gardes. Elle le fit donc nommer en remplacement du marquis de Villafranca : elle pensa qu'après tout la parenté récente du duc d'Albe avec la famille de Noailles le

1 Mém, de SaitU-Philippe, 1. 1, p. 300.

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retiendrait dans son camp, et tout semble montrer qu'elle n'eut pas à regretter le choix d*un seigneur, continuellement absent, toujours suppléé par les majordomes ordinaires, et placé sous de hautes et favorables influences ^ I^ princesse des Ursins chercha de nouveau et d'une autre manière à faire plaisir aux Noailles. La maréchale n'avait plus alors de tilles à marier : la princesse des Ursins Ten félicite, à cette époque, dans une de ses lettres. Mais elle avait des parents, elle avait des nièces, encore demoiselles, auxquelles elle s'intéressait, et de ce nombre était mademoiselle deBournonvillc, fille d'un de ses frères, et qui venait de perdre son père. La princesse des Ursins en parla au duc d'Avré, gentilhomme belge de la famille de Croî, grand d'Espagne et capitaine des gardes wallonnes à pied. Le duc d'Avré avait vu mademoiselle de Bournonville à Paris, et elle ne lui déplaisait pas. Mais elle n'avait hérité de son père que 31 5,000 francs, et il en voulait un peu plus. Dans cette vue, il s'adressa à la princesse des Ursins, il la pria de demander à la maréchale de Noailles, s'il ne serait pas possible qu'elle eût davantage, et il lui en indiqua uu moyen. Il n'était pas rare de voir Louis XIV doter les filles nobles ou ajouter à leur dot, pour leur ménager un établissement avantageux et convenable à leur rang. 11 avait enrichi de ses munificences mademoiselle d'Aubigné, nièce de madame de Maintenon, laquelle avait épousé le comte d'Ayen, fils aîné de la maréchale de Noailles. Les Noailles étaient devenus, par ce mariage, alliés de madame de Maintenon et de Louis XIV lui-même. On pouvait donc penser que ce roi, si magnifique d'ailleurs envers la noblesse par bonté naturelle et par calcul, accorderait peut-être une gratification à mademoiselle de Bournonville, à la nièce de madame de

* Mém. de yoaiHes, I. HT. p. 506

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Noailles, qui était elle-même belle-mère de la nièce de madame de Maintenon. C'est de cela que le duc d'Avré, en homme avisé, dit un mot à madame des Ursins : par elle, il fit part de son désir et de son expédient à la maréchale de Noailles; par elle, il engagea celle-ci à demander, sous forme de grâce de cour, que le roi fil don à mademoiselle de Boumon ville de 40,000 écus, et, pour provoquer de sa pari la plus grande diligence, il ajouta qu'il allait écrire à la duchesse d'Avré, sa mère. Cela signifiait qu'il était décidé à cette union, si l'on obtenait de Louis XIV cette faveur. Par obligeance ppur les uns el pour les autres, la princesse des Ursins parla de cette affaire à la reine d'Espagne, et, celle-ci lui ayant dit qu'elle serait bien aise d'avoir auprès d'elle une demoiselle tenant de si près à la Camille de Noailles, elle communiqua immédiatement cette réponse flatteuse à la maréchale, qui, à son tour, en fit part à madame de Maintenon. Grâce à ces habiles moyens, tout ce qu'on poursuivait réussit à souhait, et madame des Ursins eut le plaisir d'avoir contenté pleinement les Noailles, et obligé à Madrid im seigneur important ' .

* Recueil de M. GetTroy, Ui" lettre, à la maréchale de Noailles, 1705, el Mém. 4e Saint-Simon, t. IV.

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