‹ La princesse des UrsinsChapitre 87 sur 278 · DE OIBBALTAR ET DE BARCELONE · texte numérisé non relu

DE OIBBALTAR ET DE BARCELONE

Ces petites négociations matrimoniales de madame des. Ursins n'étaient que des passe-temps dans sa vie politique, toute remplie par des affaires autrement sérieuses. Celles de la guerre, entre autres, loccupaient au plus haut degré, et nous la verrons souvent, dans ses lettres ou dans ses actes mënies, faire le munitionnaire ou le général, travailler à l* armement et à la subsistance des troupes, ou indiquer avec bonheur l'ordre des sièges, la marche duoe expédition. Gibraltar venait d'être pris par les Anglais, qui aussitôt n'avaient voulu sur les remparts de la place d'autre étendard que le leur, trahissant vite Fintèntion de la garder pour eux seuls, et de se rendre ainsi maîtres du détroit. Le maréchal de Tessé avait essayé d'en faire lever le siège ; mais la marine française était bien moins considérable que celle des ennemis; en outre, le combat glorieusement indécis du comte de Toulouse devant Malaga ruina presque entièrement la flotte française de la Méditerranée : Tessé fut donc obligé de quitter Gibraltar. Sur quel autre point se porta-t^il? Il se dirigea vers rintérieur, vers une entreprise qui ne réclamât que le concours moins chanceux des forces de terre Les Por* tugais et les Anglais, toujours dans TEstramadure. étaient

236 1.A PRir^CESSE DES URSI.NS

revenus à la charge contre Badajoz. 11 fallait à tout prix les éloigner de cette place, qui était la clef de la Castille du côté du Portugal, et de laquelle dépendait le sert même de la capitale de TEspagne. C'est là que se rendit Tessé, et, plus heureux dans une lutte plus égale, il dégagea cette ville et força à la retraite des troupes, numériquement plus fortes que les siennes.

Mais ce n'était pas le seul endroit attaqué par les alliés. Barcelone, cette riche et séditieuse capitale de la Catalogne, était assiégée, dans le même temps, par Tarchiduc. Le nouveau vice-roi, don François Velasco, la défendait avec intelligence et intrépidité, cl le prince de Sterclaês, brave capitaine, le secondait au dehors à la tête des gardes wallones. 11 n'y avait qu'une chose à regretter : la flotte de la Méditerranée n'existait plus, l'on ne pouvait faire par mer une diversion favorable, et, d'un autre côté, les troupes de terre elles-mêmes étaient insuffisantes : «Vite, fi que l'on construise d'autres vaisseaux dans les ports « français de la Méditerranée, écrivit en France madame « des Ursins, et qu'on nous envoie, avec de bons secours « par le Roussillon, un autre général, qui vienne aider a le prince de Sterclaês ! » Pour intéresser davantage Chamillard au sort de l'Espagne, elle lui demanda un de ses parents, Lafeuillade, qui venait de vaincre en Italie et assiégeait Turin. Au fond du cœur, et quoiqu'elle dît à Chamillard qu'elle ne demandait pas ce général pour lui faire plaisir, elle préférait le duc de Berwick ; mais il fallait des troupes, et elle ne savait comment gagner Chamillard, qui se mettait toujours en furie au seul nom d'Espagne et d'Espagnol. « Laissez-moi croire, ajoutait- « elle, en le flattant avec art lui et le maréchal son « parent, que, lorsqu'il n'y aura plus de gloire à acqué- « rir en Italie, par la prise de Turin, qui finira tout, mon « ami M. le duc de liafcuilladc ne nous méprisera peut-

. i:t i.r siège de Barcelone. 237

«( être pas autant que vous le faites. J'avoue que l'Espagne « n'est pas un paradis; il s*enfaut même beaucoup. Mais « envoyez-nous beaucoup de gens comme lui, qui puissent « apprendre à nos grands en quoi consiste la véritable « gloire, et vous verrez si, avec peu de temps, nos affaires « ne vous feront pas plus d'envie que de pitié ^ »

Le 20 septembre un événement heureux sur>int : ce fut la mort du prince George de Darmstadt, ancien viceroi de Catalogne, très-aimé des Catalans et très-bon général. Il fut tué à l'attaque d'un des forts de Barcelone, le fort Montjoui. Le 24 du même mois, dès qu'on en eut la nouvelle, la princesse des Ursins reprit la plume, et, cette fois, c'est au roi de France lui-même qu'elle écrivit, pour le supplier d'envoyer des troupes en Catalogne par le Roussillon '. Enfin, le 9 octobre suivant, profitant de la prière qu on lui avait faite de recommander à Cha4 millard le frère de M. de Flamarins, oflicier français : « Allons, lui dit-elle encore, faites un effort ! Le roi d'Es- " pagne brûle d'aller en Catalogne; mais comment faire? « H est au désespoir de n'avoir point encore d'armée '. » Les gardes wallonnes du prince de Sterclaês, quelque valeureux qu'il fût lui-même , n'en étaient pas une, et le reste des troupes espagnoles se trouvait avec Tessé.

Le secours fut promis. Mais, hélas l le jour même où elle traçait sur le papier cette dernière supplique à Chamillard, don Velasco avait capitulé à Barcelone. « Ah I éciî- « vit-elle aussitôt à la maréchale de Noailles, si seulement « on avait envoyé deux ou trois mille hommes de troupes ^ parle Roussillon, nous serions aussi bien à cette heure « que nous sommes mail II n'a pas tenu à moi que cela

' Wpôl de la guerre, I. V de l'année 1705, 3 septembi-e, XI* lellre. Mn- (Ume dc« Ursins à Chimillard. n* 1887. Nous .irons joint ces lettres k Chamilbrd à celles que contient le précieux Recueil de M. GelTroy. — * Ibid,^ ^i «eptcmbre, HI' leUrc, madame des Ursins au roi. — ^ Ibid. CXGVU' lettre. Vadamc de« Ursins à Gliamillard, 9 octobre 1705.

« ait eu lieu. J'ai écrit assez. Le ix)i part néanmoins <c pour la Catalogne : il faut bien qu'il aille par sa pré- « sence soutenir la lidélité du peuple, » du peuple, dit* elle, et non des grands de ce pays, qui presque tous avaient trahi ^ Puis, malgré ses soucis, trouvant assez de liberté d'esprit pour peindre en deux mots à la maréchale la source ordinaire des travers de l'espèce humaine, et pour l'égayer à son sujet : « Vous m'avei, « ajoute-t-elle, écrit une longue lettre sur les procédés c( de plusieurs. Ayant causé, tout le jour, politique avec a le maréchal de Tessé, je ne puis que vous dire aujour- « d'hui mon étonnement de savoir jusqu'où va la folie des « hommes. La vanité, l'amour et l'intérêt ne laissent •« guère de cervelles saines, et il est bien fâdieux, pour « les personnes qui en ont une aussi bonne que la vôtre, « d'avoir à constater les effets de celles qui ne lui ressemée blent pas. Pour moi, madame, si vous entendez dire <( que la tête m'ait tourné, ne vous en étonnez pas, je « vous prie, et ne m'en plaignez pas : les fous sont, ce « me semble, très-heureux, et il est impossible qu'à la « vie que je mène ce bonheur ne m'arrive bientôt *. »

Outre ses tourments ordinaires, elle avait alors en effet un souci particulier des plus grands, des plus absorbants. Fiers de leur double* conquête, les alliés néanmoins parlaient d'un arrangement : ils voulaient laisser l'Italie et les lies a voisinantes à Philippe V, mais à la condition qu'il ferait le sacrifice de l'Espagne et des Indes en faveur de Tarchiduc. Pour surcroît de malheur, le public, en France, toujours prompt à se décourager, surtout dans une lutte où le vulgaire ne voyait en cause que la grandeur de la maison de Bourbon, était assez disposé à y adhérer. On disait même que le duc de Bourgogne, frère du roi d'Espagne

« Mém. de Samt-Philippe, t. I, p. .729. ^ * Recueil de M Geffroy, U* lettre, 1705, après la priée de Barcelone.

et non encore Dauphin, était de cet avis ^ La princesse des Ursins, qui déjà, avant son retour, avait songé à envoyer Philippe V en Catalogne à la tête de ses quelques troupes, n'y était, on le conçoit, que plus portée en ce moment : ce n'était pas seulement pour soutenir le zélé de ceux des sujets qui restaient fidèles, c'était aussi pour tenter un grand coup, pour profiter de l'hiver, de la pénurie où, disait-on, se trouvait Tarclûduc, de l'éloignement de toute flotte ennemie et de tout secours^ des diflicultes de la navigation à cette saison, enfin d'un certain retour des habitants vers des sentiments meilleurs, et tâcher de reprendre Barcelone. Elle pensait que, si Philippe V se raffermissait en Espagne, on abandonnerait le traité proposé, et que, d'autre part, il achèverait plus aisément, par ce triomphe, l'abaissement salutaire des grands.

Mais Chamillard se montrait toujours très-fatigué de la guerre d'Espagne; il semblait vouloir se venger de ce qu'on avait renvoyé madame des Ursins à Madrid sans trop le consulter. Elle avait donc à craindre que ce ministre, d'accord avec le public découragé et avec le duc de Bourgogne un peu jaloux, ne se prêtât pas à ses vues aussi promptement que les avaient embrassées ses maîtres. Que fit-elle pour faire entrer aussi la persuasion dans son esprit? D'abord elle ne supposa jamais que personne, autour de Louis XIV, pût avoir l'idée de présenter comme acceptable un pareil traité, et, raisonnant dans Thypothëse de la continuation de la guerre, elle déclara que Philippe Y était décidé à partir pour la Catalogne, afin de voir si Ton ne pouvait pas recouvrer Barcelone ; que, dans tous les cas, on se battrait pendant l'hiver; que, si l'on n'était que sur la défensive, sans moyen d'attaquer, h coup sûr les populations se révolteraient de tous côtés

< Mém, de Samt-Philippe, l. II, p. 29.

240 OPPOSITION ROUTANTE.

et passeraient à Tarchiduc ou aux rebelles, ce qui était la même chose: et qu'enfin, si Von n'était en mesure d'écraser Tarchiduc avant le mois d'avril , on serait inévitablement écrasé soi-même. Elle lit plus encore : après avoir ainsi essayé d'ébranler le ministre français par ses trop justes prévisions, elle lui fit part de certains traits de libéralité, propres à le rassurer sur la question (î'argent. Elle lui dit qu'on aurait de l'argent pour l'entretien des troupes; qu'il y avait lieu du moins de Tespérer; qucle nonce Aquaviva, par une initiative qui pouvait être suivie et qui le fut en effet par beaucoup d'évêques, avait envoyé, la veille du jour où elle écrivait, toute sa vaisselle d'argent à la Monnaie, pour y être fondue au profit du roi*.

De son côté, le chevalier du Bourk, dont les lettres étaient fort appréciées de Chamillard, lui avait déjà appris que le duc d'Ossone et le comte de San-Estevan, dès la nouvelle de la prise de Barcelone, avaient fait offrir à PliiUppe V leur argenterie, leurs pierreries, et, au besoin, tous leurs revenus, pour faire face aux dépenses de la guerre * . Leur démarche n'avait pas eu d'imitateurs parmi les autres grands ; mais elle montrait que le roi d'Espagne pouvait compter sur quelqu'un dans ses États. puisque les moments de détresse étaient, pour certains de ses principaux sujets et pour certaines classes, des moments de généreux élan.

Mais les lettres ne devaient pas produire autant de fruit que la parole d'un envoyé. Philippe V le comprit, et il dépêcha à Louis XIV le fils du comte d'Aguilar. Il le chargea d'exposer la situation du pays, et la nécessité d'un prompt secours, si l'on voulait renfermer l'archiduc dans la cité

' Dépôt de U guerre, t. VI, de Tannée 1705. n* 1888, XGIV* lettre. 90 norembre. Madame des Ursins à Chamillard. -»^ Ibid., CCLXr lettre, t ^« 25 octobre 17U5. Clieralier du Bourk à Chamillard, n* 1887.

DE MONTELLAKO. Ml

conquise, ayant que ce prince fût secouru lui-même. Pour appuyer la mission de ce jeune seigneur auprès d*une cour qu'il, ne connaissait pas encore, et aussi par précaution pour elle-même, la princesse des Ursins lui adjoignit d'Aubigny. Elle ne savait trop ce que pourrait faire, seul à Versailles ou à Paris, le fils d'un grand d'Espagne. D'Aubigny serait là pour épier ses pas, sous prétexte de les guider. Tout alla au mieux grâce à cela : la position de madame des Ursins ne fut pas ébranlée, et le secours fut promis dans le plus court délai possible. Louis XIV voulut même faire davantage : pour empêcher d'autres ports de mer de tomber au pouvoir des étrangers, il proposa au roi d'Espagne, à titre de service et sans préjudice des secours promis, de prendre sous la garde exclusive des troupes françaises, mieux exercées et plus sûres, les ports de Saint-Sébastien, de Santander, de San-Lucar, du Passage, et généralement toute la côte de Guipuscoa. Ainsi Philippe V pourrait grossir son armée des garnisons espagnoles qu'on retirerait de ces diverses localités, et la route de France en Espagne, par Bayonne, deviendrait plus assurée pour le transit des renforts qui auraient à passer par là. Cette dernière raison fut même cause qu'Âmelot eut ordre de présenter au Despacho la proposition de Louis XIV, sous forme d'une demande expresse.

Ce qui en arriva, à Madrid, dépassa de beaucoup ce à quoi l'on devait s'attendre : cette demande souleva une opposition terrible, et Montellano, en cette occasion, éclata le premier. Dabord, dit le marquis de Saint-Philippe, on accueillit cette idée du roi de France avec le silence d'une indignation concentrée ; mais, le duc de Montellano, qui, depuis quelque temps, ainsi que nous l'avons dit, affectait beaucoup de complaisance pour les volontés de la cour, ayant repoussé cette proposition au nom de l'honneur, de la sûreté même du pays, il y eut un tumulte affreux dans

:U2 OPPOSmOM ÉGUTANTË

le conseil privé. Amelot lui répondit ; le roi, venanC après, dédara que, les souverains de France et d'Espagne étant < aussi unis qu'ils Tétaient par toutes sortes de liens, il n'y - avait aucune distinction à faire entre les Espagnols et ks Français, elquon ne devait pas se formaliser ou s'alarmer, quand les circonstances nécessitaient remploi de ceux-ci de préférence à ceux-là. Le comte de Frigiliana parut se ranger dé son avis ; mais les autres membres du Bespacho^ enhardis par Tappui et riniliative de Monlellano, ne s'y rendirent pas, et l'altercation devint si vive entre eux et Amelot, que Philippe V se crut obligé de sor- ' tir, pour ne pas en être témoin. Lui absent, les animosités nationales ou particulières débordèrent à Taise. Amelot toutefois sut se défendre, et, dans l'irritation du débat, : il alla jusqu'à dire « qu'il ne fallait s'en rapporter qu'aui . « Français de la conservation de la monarchie espagnole, ' « ce qui Tentraina à mêler dans ses discours quelques ' « termes de mépris pour les Espagnols, que le marquis de « Mancéra, entre autres, souffrit avec une impatience '« marquée, sans oser pourtant rien répliquer \ »

Le marquis de Saint-Philippe, qui nous donne Tanalyse de cette séance orageuse, n'entre, comme on voit, dans aucun détail ; mais il est évident qu'il dut y être fortement question de la conduite suspecte des grands, de toutes les trahisons que les plus considérables d'entre eux avaient commises, et de la déûance qu'elles autorisaient. Certes, sous ce rapport, Amelot avait cent fois raison contre Mancéra, contre Montellano et les leurs. N^'avait-on pas vu, tout récemment, pour ne parler que des troupes ellesmêmes, la plus grande partie de la garnison de Barcelone déserter et se joindre aux rebelles ou aux Anglais ', I^ ^onel Nabot livrer Oliva, dans le royaume de Valence,

« Mém. de Samt-Phil^n^, 1. 1, p. 362, 365. ~ * Ibid., p. 341.

: SE MO:fTELUN0. ^

et, dans la nirifime contrée, RFas-Ferrar, commandant de Monroî, se mettre à la tête des partisans de rarebiduc * î £t combien d'autres cas de ce genre les membres du OespacAo n'allaient pas avoir à enregistrer! Les ordres furent donc expédiés aux ports désignés, pour qu'on y cédât la place à des garnisons françaises, et Ton profita de cette occasion pour faire dans le personnel du Despaeho les réformes qu'avait demandées le maréchal de Tessé, et que souhaitait la princesse des Ursins. Il se composait alors des ducs àe Montellano, de Nédina-Sidonia et de Monfalto, du marquis de Mancérâ, du comte de Frigiliana et du comte de Monterei. Le marquis de Saint-Philippe BOUS dit, à cette époque, « que madame des Ursins pousn sait à la persécution contre eux et en général contre les fr Espagnols^, d En ôtant de cette observation sa forme passionnée, hostile, exagérée, il reste qu'elle conseillait en ce moment ou approuvait les mesures de rigueur contre ceux qui ne rêvaient que l'omnipotence aristocratique, ^t.qui sacrifiaient à ce but le pouvoir du roi, parfois même ses droits légitimes à la couronne, et les intérêts réels de leur pays. Selon une dépêche d'Orry à Chamillard, le duc de MontaUo et le comte de Monterei furent remerciés cx>aime membres du Despaeho ' ; suivant le marquis de Saint-Philippe, qui leur fait prendre un parti plus convenable à leur dignité, ils virent venir l'orage, et s'empressèrent de donner leur démission, que le gouvernement n'eut qu'à accepter*. Le duc de Montalto renonça aussi à ^a présidence du conseil d'Aragon. Dans le Despaeho^ ils rfurent remplacés par Ronquillo et par un zélé partisan de la princesse des Ursins, le duc de Veraguas. La dignité de président du conseil d'Aragon fut offerte au comte de

« Mém. de Saint-Philippe, p. 351, 354.— « Ibid , 1. 1, p. 364. — » Dépôt de la Guerre» 1705, Orry à Chamillard, 5 décembre, n* 1888. — * Mém. de Saini'Phiivîpe, t. T, p. 36B.

244 U PRINCESSE DBS UBSINS

Frigiliana, qui ne craignit pas de se parer des dépouilles d*un de ses collègues, et, par cet acte peu délicat, se lia davantage au pouvoir. L'instant était propice pour frapper aussi le duc de Montellano ; la princesse des Ursins le voulait ; mais elle ne put jamais persuader à la reine de consentir à son exclusion. Il continua d'assister au Derpacho^ et, avec lui, fut maintenu le vieux marquis deMan» céra, qu'on jugea également à propos de ménager. Pourquoi aurait-on exclu tous les opposants? Avec Ronquilio, Veraguas, Frigiliana, renforcés d*Amelot et toujours sûrs de l'appui du roi, on avait la majorité dans ce conseil. On pouvait donc s'en tenir là, ou du moins attendre.

Orry, dans la dépèche que nous avons citée un peu plus haut, annonçait à Chamillard que ces réformes dans le Despaclio permettraient au cabinet de Madrid de procurer plus facilement au maréchal de Tessé les moyens de faire la guerre. Ce général reconnaissait que ce pawre Orry, comme il se plaisait à l'appeler, s'y faisait au delà du possible \ et ce témoignage était de nature à stimuler aussi le zèle du ministre français, qui avait dans ses trop vastes attributions, comme Orry lui-même, les finances et la guerre. Car, à vouloir reprendre Barcelone, il fallait l'essayer avant que l'archiduc pût recevoir des secours, et, pour cela, une diversion, quelque faible qu'elle fât, du comte de Toulouse sur mer et le prompt départ de nouvelles troupes françaises étaient indispensables. Avec elles, Philippe V, qui brûlait de partir pour la Catalogne, n'y serait pas longtemps sans avoir sous ses ordres une armée convenable. Mais Chamillard ne se prêtait à cette campagne qu'avec répugnance, persuadé qu'en hiver elle était impossible. Cette idée prit de telles racines dans son esprit que la princesse des Ursins se vit forcée de lui

* Mém. du maréchal de Noailkê, p. 3ii, t. UI.

écrire qu'elle voyait bien qu'il raisonnait sans avoir des informations exactes sur TEspagne et sur Télat de la Catalogne en particulier ; qu'il était pourtant bien vrai que Thiver ne suspendrait pas les hostilités ; que Tarchiduc manquait de tout dans Barcelone; que même la population, comme Taffirme aussi le marquis de Saint- PhiUppe, se détachait de lui \ et que, les renforts qu'il attendait par les ports du duc de Savoie ou par le détroit de Gibraltar pouvant être interceptés, dans une certaine mesure, par le comte de Toulouse, ou étant encore fort éloignés, le moment était propice pour tenter un grand coup. Elle ajouta que 15,000 hommes suffisaient, et que la présence seule du roi dans ces contrées retiendrait dans le devoir les royaumes de Valence et de Murcie, fortement travaillés par les agents étrangers ; mais que, pour laisser Tessé dans TEstramadure ou pour l'y remplacer, il fallait un autre général français, Lafeuillade, qu'elle avait déjà demandé, ou, dit-elle alors, Berwick.

Dans une autre lettre, pour lui donner une meilleure idée des forces mêmes de l'Espagne, elle lui apprit que M. de Châtillon, officier supérieur français, remontait parfaitement la cavalerie espagnole, et elle sollicita une récompense pour lui, ce qui imprimait à cette nouvelle un plus grand caractère de vérité*. Le chevalier du Bourk, de son côté, 9vec l'autorité d'un correspondant salarié et intéressé à ne rapporter que des faits exacts, confirmait tous les renseignements de madame des Ursins. Il annonçait en même temps que les ennemis ne pourraient plus à l'avenir connaître aussi bien les plans de campagne des

« Mff/n. de Saint-Pmiippe, t. HI, p. 23. — « Dépôt de la guerre, t. VI, mvèe 1705, 4 et 20 décembre. CLXXXIU- et CGXIl- lettres, et t. I de Tannée 1706, 1" jantier. Madame des Ursins & Chamillard. — N. B. On pourra ▼oir toute cette correspondance inédite de madame des Ursins atec Chamillard, puis atec Voysin, dans le Recueil de M. Geflroy, à qui nous l'avoni communiquée.

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