TESSÉ ET PHILIPPE V DEVANT BARCELONE, 1706. W
cia pourtant Chamillard, et le roi se tint prêt à partir ^ Les grands, surtout le duc de Médina-Cœli, s'étaient constamment opposés au dessein de ce prince ; pareils aujc seigneurs français avant le siège de la Rochelle, ils sem-« blaient en redouter le succès, et ils avaient cherché à convertir à leur opinion don François Ronquillo, Thomme te plus important du moment. « Hier, écrivait le chevalier du « Bourk à Chamillard, à la date du 23 décembre 1705, « le duc de Médina-Cœli a été chez Ronquiilo, pour lui « prouver que le voyage du roi était une folie. » Quand ce voyage fut irrévocablement décidé, ils tournèrent leurs batteries d'un autre côté ; ils voulurent qu'on établit au-: près de la reine, proclamée régente, un nouveau Despachoy auquel Âmelot ne serait point admis. Us seraient ainsi devenus les maîtres du gouvernement ; ils auraient peut-être réussi à éloigner du palais ces nouveaux gar* * des, suppôts de la tyrannie, et ils auraient eu l'œil sur les opérations de la guerre, au sujet de laquelle on suspectait toujours leurs avis *. La princesse des Ursins ne voulut pas de cet embarras, au milieu d*une crise où le chef de l'Etat avait besoin de la plus grande liberté d'action. Elle proposa et fit adopter le plan suivant : « Amelot res- < terait à Madrid pour suivre les affaires au Despacho or- « dinaire ; on rendrait compte de tout au roi, et on attefi-* « dmt sa décision sur ce qu'il y aurait d'important'. » Contrairement aux désirs perfides des grands, et particu-> lièrement du duc de Médina-Cœli, tout le pouvoir allait être concentré, en l'absence du roi, dans les mains de la reine, sous le contrôle nominal d'un Despacho, dont la majorité était d'avance disposée à acquiescer à tout : plus de consultes, de gêne, de longueur; plus d'intervention
' Dépôt de la guerre. Leltre de madame des Ursins à ChamOlard, 4 mars iTOe, GLV* leure, L I.-- * IMd. Lettre du cheTalier du Bouri(, 23 décembre na\ CCCVm- icurc. l. VI.- ^ Hem. de Naailks, t. UI, p. 317, 3ia
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souveraine de la part de ceux qui voulaient le roi sans armée, parce qu'ils le voulaient sans pouvoir; partout la la promptitude et la fermeté nécessaires d*un seul à la place des lenteurs périlleuses de plusieurs.
La reine montra, dans une occasion solennelle, qu'elle était tout à fait dans les idées de la princesse des Ursins. Les renforts français étaient enGn arrivés en Catalogne; Tessé avait été remplacé par Berwick dans TEstramadure; le siège de Barcelone avait commencé, quoiqu'un peu tard, et, le 23 avril 1 706, après dix-sept jours de tranchées, le fort de Montjoui était tombé au pouvoir de Philippe V, ainsi que le Fort-Neuf. C'étaient les principales défenses de la place; le^ habitants de Barcelone étaient consternés*. Mais il fallait de nouvelles troupes, moins pour l'assaut général de la ville que pour empêcher les rebelles de la Ca- ' talogne, commandés par le traître Cifuentes, d*y venir bloquer le roi, si l'assaut réussissait : telle était l'ophiiondu maréchal de Tessé. Aussitôt, le 25 avril, dès la nouvelle de la prise importante de ces deux forts, nous dit madame des Ursins dans une lettre à Chamillard, la reine proposa, dans le Despacho^ un armement général de la Castille. c Madame, s'écria le marquis de Mancéra, c'est une chose « dont la décision appartient aux Conseils. » — « Aux Con- « seils ! répondit vivement la reine, il faut agir mainte- «r nant, et non consulter*. » La seule concession qu'elle fit aux partisans acharnés des Conseils fut d'en convoquer les membres divers, et c'est en leur présence qu'elle pi^ dama l'armement général. Sous ses yeux, tous y adhérèrent avec les marques du plus sincère enthousiasme. Mais sait-on ce qu'en pensait le chevalier du Bourk, cet observateur anglais, au coup d'ceil si fin, au flegme moqueur parfois, mais toujours judicieux dans ses railleries?
* Mém, 4e Smni-PhiUppe, t. H.p. 18. — * Dépôt de la guerre, 1 1 de l'innée 1706, CCLXXXVII* leUre, 25 avril. Madame des Urtins à Chamillard.