‹ La princesse des UrsinsChapitre 92 sur 278 · TRAHIS(»( DES GRANDS · texte numérisé non relu

TRAHIS(»( DES GRANDS

tiques du roi, à Burgos, dans la vieille patrie du Cid, dans une contrée presque aussi montagneuse que la Navarre, aussi facile à défendre, et dont les souvenirs étaient plus propres à rallier à sa cause tout ce qui portait un cœur vraiment c-astillan. C'est sur la Castille en effet, mais seulement, hâtons-nous. de le dire, sur les classes inférieui^, sur le peuple de cet héroïque pays, que reposaient plus que jamais, en dehors des secours de la France, les dernières ressources de Philippe Y et son dernier espoir. La plupart des grands, en un tel moment, s'appliquèrent à justifier par leur trahison les soupçons de la princesse des Ursins, au lieii de leur donner un éclatant démenti par leur Inébranlable fidélité.

: A peine le roi fut-il parti qu'ils écrivirent secrètement du marquis das Minas, général portugais, pour lui dire de venir, au plus tôt, avec le général anglais Galloway et iivec le comte de la Corzana, ancien compagnon de l'Amirante, et de s'emparer de Madrid. Plusieurs même fie ceux qui suivirent le roi, plus perfides que les autres, m firent autant. Les letti*es furent nombreuses et toutes ^l^nées; Varchiduc les communiqua à toutes les puis- ^nces alliées, et, pour qu'on ne puisse douter de leur réalité, le niarquis de Saint-Philippe, en rapportant un X^it si grave, déclare qu'il a eu la copie de ces lettres jCrimiaelles entre s&s mains, et qu'il en nommerait les jiuteurs, si plusieurs d'entre eux n'étaient encore vivants ^ si un respect bienveillant pour les grandes familles 4e l'Espftgne n'imposait cette, réticence à sa plume*. Certains seigneurs, entre autres le comte de Galvez, frère du duc de l'infafkitado, dépassant les bornes de .cette démonstration occulte, allèrent à la rencontre des ennemûs pour les introduire eux-mêmes dans Madrid .

^ lififm. 4e SqhU'PhiUppe, t. H. p. 42, 43, 63. -^ * Whi., p. 45.

.Quand ils y eurent fait, tous ensemble, leur entrée triomphale, le comte de las Amayuelas reconnut l'archiduc sous le nom de Charles III ; le comte d'Oropeza, et son gendre, le tomte de Haro, en firent de même. Mais Tarchiduc .n'était pas là : le comte de Lemos, son épouse dona Cathelina de Sylva^ sœur du duc de l'Infantado, et ce capricieux Benavides, patriarche des Indes, qu on n a pas sans doute oublié, coururent du côté de Barcelone pour presser son arrivée. Ils ne furent pas heureux; ils renconti*èrcnl plus tôt un corps de cavalerie de Philippe V, qui les arrêta en diemip. On fit prisonniers aussi deux autres pré- .lats» Benoit Sala^, évéque de Barcelone, et don Balthazar de Mendoza, ancien grand inquisiteur, qu'on avait, après sa démission, remplacé par Rocaberti, et qui s*en allait, déguisé, présenter ses hommages au roi Charles III ^ Le duc de rinfantado n imita point sa famille; mais il fut fortement soupçonné, car il semblait que, connaissant le dessein de son frère, il aurait dû, comme chef de la famille, employer au besoin la menace pour Ty faire renoncer. On soupçonna également le duc de Médina-Cœli, qui ne se rendit à Burgos qu*à petites journées^ ce qui faisait dire au comte de la Corzana, son ancien ami, qu'il ne se fressaii pas, parce qu'il attetulait Varcldduc *.

Introduire les ennemis dans les villes secondaires de lEspagne, quand on leur avait ouvert les portes mêmes de la capitale, devait paraître un crime bien ordinaire. Carthagène leur fut livrée par le comte de Santa-Cruz, don Louis-Manuel-Fernand de Cordoue. Ce même seigneur avait déjà laissé les Maures, alliés des Portugais, reprendre Oran, au grand mécontentement d'un de ses frères, archidiacre de Cordoue, qui aussitôt avait arrr.ché des registres de baptême la feuille où était inscrit le nom du

* ^«'«. de Sainl'PMÎippe, p. 55, 56, 64 — « Wid., l. U, p. 46.

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