SCÈNE V
GALAXSOxX, seul, puis LE PRINCE.
GALANSON, seul.
Grande dame! Très-grande dame! On dira ce qu'on vou- (Ira, ces femmes-là sont d'une race à part, mais ça leur coûte cher, quelquefois.
LE PRINCE
Je vous demande pardon, cher monsieur, je vous ai. fait attendre...
GALANSON.
J'attendais en si bonne et si haute compagnie.
LE PniNCE.
La princesse était avec vous ?
GALANSON.
Oui, mon [irince. Ah! vous avez une femme exceptionnelle!
Et elle est partie en m'entendant rentrer.
16 LA TRTNCl'SSE GEORGKS.
GALANSON.
Elle est allée rejoindre sa mère...
LE PRINCE
Madame de Périgny est ici?
G A LANSOX.
Oui. Vous ne le saviez pas, mon prince?
LE PRINCE
Non, je suis, à la campagne depuis hier au soir. Quel visage avait la princesse?
GALANSON.
Celui qu'elle a toujours eu, mon prince, heureusement, le visage d'une noble dame qui a épousé par amour un des plus nobles gentilshommes de son pays, et qui porte dignemerft et royalement le nom qu'elle a reçu de son époux. Aussi le monde fait-il pour elle ce qu'il ne fait que pour bien peu de femmes! Il la respecte! il l'envie et il l'aime; et quand on a dit : la princesse Georges pense ainsi, c'est comme si tous mes confrères et moi y avions passé ; car au lieu de ra[)peler cérémonieusement la princesse de Birac, lorsqu'on parle d'elle, on l'appelle la princesse Georges, tout court, et cette familiarité est un hommage de plus. Ce petit nom d'homme, le vôtre, met comme une aigrette à son titre. Cet assemblage donne tout de suite l'idée de ce que la princesse est en effet : une personne qui à toutes les grâces et à toutes les vertus de son sexe, joint toule la bravoure et toule la fermeté du nôtre, ce qui est rare, entre nous.
Vous avez pu exécuter?...
GALANSON.
Vos ordres? Oui, mon prince. Du reste, rien n'était plus facile. La fortune de la princesse Georges, votre fortune enfin, s'élève à quatre millions, en rentes et en valeurs de premier ordre. Il vous fallait deux millions tout de suite. J'ai vendu pour votre compte. Voici vos bordereaux, mon prince, et le
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récépissé de la banque, où j'ai déposé celte grosse somme que vous pourrez prendre quand bon vous semblera, et pour Uuiuelle sans doute vous avez un placement meilleur encore.
LE PItIXCE, d'un air imlilTiient.
Vous n'avez rien dit à la princesse?
GALAXSON.
Non, puisque vous m'avez recommandé de n'en rien dire h personne; cependant...
LE l' RINCE, un peu inquiet.
Cependant?...
GALANSOX.
Cependant, la somme était si importante que sans lui dire de quoi il s'agissait, puisque je l'ignore, et pour mettre ma responsabilité et surtout ma conscience à l'abri (car votre ordre et votre reçu garantissent ma responsabilité], par acquit de conscience, je me suis fait répéter par madame la princesse ce qu'elle a tenu à consigner dans son contrat, que vous êtes maître absolu de son bien. Grande dame, mon prince, et grand cœur, n'est-ce pas?
LE PRINCE
Oui. (Regardant le papier que lui a remis Galanson.) Oij faut-il signer? GALANSON.
Ici et ici. .Maintenant, mon prince, si vous avez besoin de renseignements sur l'afl'aire dans laquelle vous allez mettre ce capital important, disposez de moi. Je suis le notaire de la famille de la princesse depuis vingt ans, et ce serait la première fois que cette fortune ferait l'école buissonnière. C'est moi qui ai guidé ses premiers pas, et je me regarderais comme coupable s'il lui arrivait mallieur, môme sans qu'il y eût de ma faute. Je suis vraiment attaché à ces quatre millions. Songez que c'est Je père de la princesse qui m'a prêté les fonds nécessaires pour acheter à Orléans l'étude de M" Bagneux. Ça ne s'oublie pas ces choses- là.
LE PRINCE
Soyez sans crainte, maître Galanson, vous reverrez vos
enfants adoptifs. Et d'ailleurs, il doit me revenir un jour certainement trois ou quatre millions de ma tante, et si j'ai perdu quelque chose je pourrai le restituer. Ce n'est donc qu'un emprunt que je fais à la communauté. ;ii lui remet les papiers, te
valet de chambre Victor entre.)
GALANSON, en serrant les papiers dans son portefeuille — à part.
Tu réalises deux millions sans rien dire à ta fen me et sans rien expliquer à ton notaire, j'aurai l'œil sur toi, mon prince, et gare à la drôlesse, car il doit y en avoir une, qui veut manger les confitures et nous laisser le pain.
LE PRINCE, à Victor qui est entré d'un air mystérieux.
Qu'y a-t-il ?
VICTOR
Monseigneur... ^
GALANSON.
Mon prince, j'ai l'honneur de prendre congé de vous.
LE PRI.NCE.
Au revoir, maître Galanson, au revoir, (ii raccompagne un peu.)
GALANSON, en sortant et regardant le valet de chambre.
Avec un billet de mille francs on lui fera dire tout ce qu'on voudra à celui-ci. Ce sera de l'argent bien placé, (ii son.)