ACTE TROISIKME
colle femme ces doux millions dont elle a laiiL envie, elle les acceptera, soyez tranquille, c'est tout ce qu'elle veut de vous; nous l'aurons payée royalement, nous serons quittes avec elle, et laissez-la a ses autres amours!
LE PRINCE
A ses autres amours!
SÉ VEHINE.
Croyez-vous donc que vous êtes le premier, croyez-vous donc que vous êtes le seul ?
LE PRINCE, très-sincère.
Dites un nom, donnez une preuve, et je ne la revois de ma vie, je le jure.
SÉVERINE
Le premier venu vous rcnseijinera aussi bien que moi.
LE PRINCE
Si vous aviez pu avoir une preuve contre elle, votre colère me l'eut dt^à jetée au visage. Un nom! un nom! un nom!...
SÉVERINE
Vous êtes donc jaloux '?
LE PRINCE
Eli bien, oui, c'est de la folie, c'est de l'ivresse, tout ce que vous voudrez, mais je ne puis plus vivre ainsi; je me contrains depuis six mois, il faut que j'éclate à la On. (Tirant un
portefeuille de sa poche et le jetant sur la table.) Voilà Ce que je VOUS
dois, madame! Ce qu'il en manque vous sera rendu, soyez sans crainte. Votre notaire y pourvoira. Suis-je libre maintenant? Où sont les contrats humains qui peuvent lier un homme comme moi?
SÉVERINE
Voilà donc ce qu'une pareille femme peut faire d'un gentilhomme! Le voilà qui rugit et qui écume, comme une bête sauvage, et qui maudit et qui insulte l'amour le plus pur, le plus dévoué qui fut jamais! Pourquoi ne me frappez-vous pas, pen-
danl que vous y êtes? Ah ! je crois que la mesure est comble. Le mari de cette femme est parti ce soir. Elle est libre ! elle est seule, vous n'avez pas de temps à perdre ; allez la retrouver, vous êtes mort pour moi. — Allez.
LE PRINCE
J y vais, (u court vers la porte. EUe y arrive avant lui.) SÉVERINE.
Hé bien, non, tu n'iras pas.
LE PRINCE, voulant passer.
Hé, madame!
SÉVERINE
Tu n'iras pas. N'obéis pas à ta passion qui t'aveugle en ce moment, attends un peu; ne sors pas d'ici. Je t'en conjure! Demain tu partiras, je ne dirai rien, je te le promets, mais pas ce soir, pas cette nuit!...
LE PRINCE
Adieu, madame.
SÉVERINE
Tu ne sais pas tout. Je vais tout te dire. Non, je me croyais plus forte que je ne suis. Je ne suis qu'une femme décidément. Non, je t'aime toujours, je le sens. Ce n'est pas ta faute si tu en aimes une autre qui ne t'aime pas. Je t'aime bien, moi, malgré tout. Quelle puissance que l'amour ! on ne peut pas résister, n'est-ce pas? Cela vous entraîne; on ne sait pas où l'on va; on aime. Tu est jaloux, tu me comprendras; moi aussi, je suis jalouse, et alors...
LE PRINCE
Et alors?...
SÉVERINE
Ce que j'ai fait est horrible : je le comprends maintenant; j'ai cbas?é cette femme d'ici.