‹ La princesse Lamballe et Madame de PolignacChapitre 2 sur 16 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La cour après le départ de la famille Polignac. — La journée des dupes. — Lesofficiers du régiment de Flandre et les gardes-du-corps du roi. — Attroupemens au Palais-Royal. — Un orateur populaire. — Deux actes du drame révolutionnaire. — Le marquis de Favras. — Haillons et habits brodés. — Episodes. — De Versailles à l'Uùtel-de- Ville. — Les Tuileries. — Exil du duc d'Orléans. — Le capitaine de la garde constitutionnelle.

Quelques jours après le départ de la duchesse de Polignac, madame la marquise de Tourzel fut nommée gouvernante des enfans de France; ceîte charge, que la marquise hriguait secrètement depuis la retraite de la princesse

de Guemenée , lui avait été accordée sur les pressantes sollicitations de la princesse de Lamballe, qui servait chaudement ses amis. Marie-Antoinette, en consentant au désir que lui exprimait la princesse, flt disparaître jusqu'à la dernière trace du mécontentement qui s'était emparé de lame de madame de Lamballe en voyant la faveur croissante de sa rivale, qu'elle n'appelait jamais que la duchesse du Bonheur. L'exil, qui faisait cesser la faveur si enviée des ennemis de la favorite, l'exil qu'elle s'était imposé, d'après l'ordre du roi, la fit presque regretter, et la princesse de Lamballe, que son extrême jeunesse rendait incapable de sérieuses réflexions, ne fut pas la dernière à convenir qu'elle avait été injuste envers la duchesse, qu'un peu moins de ûertr et plus d'affabilité eussent rendue parfaite; mais sa haute et subite fortune l'avait

ébloui ; les illusions ne se dissipèrent que sur la terre étrangère, et alors, il n'était plus temps de revenir sur le passé; le nom de Polignac était proscrit, abhorré par les constitutionnels, et eux seuls avaient la toute-puissance.

Ce fut une douce consolation pour Marie-Antoinette, que ce concert unanime de louanges et de regrets auquel l'exil involontaire de la duchesse de Polignac donnait lieu; chacun énumérait complaisamraent des actes de bonté ignorés sans doute de la duchesse elle-même, qui se trouvait ainsi gratifiée de belles actions; on racontait d'elle des traits de bienfaisance, des reparties qui attestaient son amitié pour la reine; la princesse de Lamballe , que la nomination de la marquise de Tourzel rapprochait de Marie- Antoinette, la princesse se vengea généreusement des dédains de la favorite , en

s'unissant à ses admirateurs et en faisant elle-même l'éloge du caractère de la duchesse.

Cette abnégation d'une haine, que Marie-Antoinette soupçonnait devoir être profonde, valut à la princesse de Lamballe de nombreuses marques d'affection.

La reine, en perdant une amie , une conlidente qui lui était chère , retrouvait une amie aussi dévouée et qui ne cherchait pas à lui faire regretter d'avoir donné sa conOance à une rivale quelle ne devait voir que d'un œil jaloux. Du départ do madame de Polignac date la vive amitié que Marie-Antoinette ressentit pour la princesse de Lamballe; sa jeunesse, ses goûts futiles étaient sans doute des obstacles aux épanchemens de la reine, qui , en présence des événemens menaçans dont létal était troublé, avait abdiqué ces plaisirs frivoles, ces jouissances de co-

quetterie qui lui méritèrent plus tard de sanglans reproches; plus de toilettes brillantes, de coiffures bizarres où brillaient l'or, les pierreries, les diamans : de simples robes de mousseline blanche , un chapeau'de paille qui venait s'attacher sous le menton composaient alors la parure de Marie- Antoinette.

Le jeu avait été banni de ses salons; le volcan qui grondait auprès du château , l'Assemblée qui portait un regard impitoyable sur toutes les parties de l'administration, et qui y découvrait des vers rongeurs, des sangsues humaines ayant visage d'homme et ame de démon, l'Assemblée, enfin, était l'unique sujet des conversations de Marie-Antoinette ; on lui rapportait fidèlement, à l'issue de chaque séance, ce qui s'y était discuté, les décrets qu'on se proposait d'offrir à la sanction du roi. On peut juger de sa douleur lorsqu'on lui

apprit que la noblesse elle-même, lame de la monarchie, l'espoir du roi, que la noblesse, dans un moment d'égarement, de dépit peut-être, s'était immolée à l'esprit de républicanisme qui envahissait tout. Dîmes, corvées, redevances, servitudes personnelles et réelles, droits de chasse et de pêche, tout cela fut aboli par ceux-là mêmes qui en proUlaient depuis un temps immémorial; et le clergé, si avide de biens et de domination, le clergé s'était joint à la noblesse, en offrant le denier de la veuve, le casuel, 1 une de ses plus riches prérogatives ! il y renonçait, ne voulant pas, disaient ses commettans, rester en arrière, des nobles sacrifices que chacun faisait à l'état.

Les représentai de la bourgeoisie gagnèrent, en quelques heures, ce que six cents années de combats et d'opposition au régime féodal n'avaient pu arracher à

ceux qui en étaient possesseurs; ils obtinrent même, des deux castes qui avaient les écrivains en horreur, ils obtinrent la liberté illimitée de la presse , et le décret portait que nul ne pourrait être poursuivi pour opinion écrite et publiée !

Les libelles et les pamphlets tombèrent comme grêle. La cour ne fut pas%riénagée. Non contens d'indiquer au roi la manière de gouverner son royaume , les libellistes lui donnaient aussi des conseils pour maintenir les prétentions de la reine et la réduire au rôle de spectatrice. Les dilapidations du ministre Calonne lui étaient amèrement reprochées, et, comme on peut le présumer, la famille Polignac était accusée d'avoir puissamment contribué au déficit que le genevois Necker avait dénoncé à l'Assemblée.

Ces attaques furent méprisées. Le roi avait donné l'ordre au comte de Saint-

Pricst de faire venir à Versailles le régim ut de Flandre , aGn de remplacer les gardes- françaises qui avaient déserté pour servir la cause constitutionnelle. L'arrivée de ce régiment, sur la fidélité duquel on fondait de grandes espérances, fut l'occasion de scènes tumultueuses. Les gardesdu-corps donnèrentun repas auquel ils invitèrent tous les officiers, sous-officiers et bon nombre de soldats de ce régiment. Le banquet eut lieu dans la salle de spectacle du château de Versailles, et quand toutes les tètes étaient échauffées par de nombreuses libations, le roi, la reine et le dauphin parurent dans la salle et firent le tour des tables, tandis que la musique du régiment jouait les airs :

O Richard ! ù mon roi !

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