‹ La princesse Lamballe et Madame de PolignacChapitre 7 sur 16 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les créanciers d'un grand orateur. — Eloquence élastique.— Il est quelquefois dangereux de payer ses dettes ■ — Départ de Mesdames, tantes du roi. — Un petit pamphlet. — Un appui se brise. — La duchesse de Polignac à Vienne. — Lettre du roi interceptée. — Préparatifs publics pour un voyage secret. — Varennes. — M. Sauce, — Une colique. — Départ précipité.

Le comte de Mirabeau était harcelé , depuisl'ouverture des États-Généraux, par ses nombreux créanciers, auxquels il faisait promettre de temps à autre des sommes qui n'arrivaient point. Les créanciers, las d'attendre, murmurèrent hautement, quel-

- 1H que--uns même consultèrent aYOcatfl el procureurs, afin que ceux-ci leur indiquassent les moyens de se faire payer de leur noble débiteur. L'influence que .Mirabeau exerçait s'étendit jusque dans la magistrature de baut et de bas étage , et les créanciers ne retirèrent de leurs consultations que le triste espoir de n'être point payés, si la fantaisie en prenait à leur débiteur.

Les choses en étaient là lorsque le comte de Mirabeau lit convoquer à son liùtcl tous ceux auxquels il devait; l'affluence fut grande, et la surprise que chacun éprouva, en se voyant entièrement soldé, donna à cette convocation toutes les allures d'un événement; le soir on s'abordait au théâtre et dans les cafés en se disant :

— Eh bien, vous savez la nouvelle du jour? Mirabeau a payé ses délies.

Le lendemain, quelques esprits de tra-

vers, de ces gens, qui tiennent à expliquer par A et par B toutes les actions de la vie, s'avisèrent de demander où Mirabeau avait trouvé de l'argent pour satisfaire ses créanciers. Laquestion était impertinente, aussi demeura-t-elle d'abord sans réponse; mais la malignité publique était éveillée, et les sommes considérables que Mirabeau dépensait, son train fastueux, ses pertes au jeu, qu'on citait en les augmentant souvent de la moitié, tous ces bruits , envenimés par la médisance, firent soupçonner des projets contre-révolutionnaires de la part du tribun du peuple. Les uns l'accusaient de correspondre avec le ministre anglais Pitt , et d'en recevoir de l'argent; d'autres pensaientque la cour n'était point étrangère aux folles dépenses de Mirabeau, et qu'elle ne se montrait libérale envers lui qu'a la condition qu'il la servirait dans l'Assemblée.

I/imprudente conduite; du député, qui se vanta à quelques amis, plus indiscrets que dévoués, qu'il joindrait au titre de grand orateur, celui de restaurateur de la monarchie, ses discours à la tribune et dans les cercles qu'il fréquentait, achevèrent de convaincre ceux qui se refusaient à le croire assez vil pour s'être \ endu.

Le premier service que Mirabeau rendit à la cour fut de faire consentir l'Assemblée nationale au voyage que Mesdames I , tantes du roi, se proposaient de faire à Home \ l'Assemblée accorda cette permission, et la reine se félicita de ce premier

(I) Mesdames Adélaïde BtVictoire, tilles de Loin- \\ , quittèrent Versailles quelques mois après l'avènement de Louis XVI au irùne de leur père. Marie -Antoinette laill lit donner le château de Bellerae avec un revenu de quatre millions. Elles ne venaient jamais à la cour: les bals, les fétescl les spectacles qui s'y succédaient • terruptiou les en Après les journées d'octo-

bre, elles voulurent venir habiter les i uileries , mai* le roi n'y consentit pas

succès , car le départ de Mesdames était un essai qu'on voulait faire sur l'esprit de la population parisienne qui, en cette occasion , ne se montra pas aussi bénévole que ses représentans.

Comme on craignait quelque mouvement lors de leur départ, Alexandre Bertliier (1), qui avait remplacé le comte d'Estaing dans le commandement supérieur de la garde nationale de Versailles, fut chargé par la municipalité de protéger les princesses, au cas où l'on tenterait de s'opposer à leur voyage. Ce qu'on avait prévu arriva : une multitude d'hommes et de femmes se portèrent au château de Bellevue en vociférant des menaces.

Berthier Ot fermer les grilles, et ranger ses troupes en bataille dans la cour; mais

(I, Alexandre Berthier général sous 1 empire, puis prince de Neufchàtel etdeWagrara ; unedesilluitrations militaires du règne de Napoléon.

au moment où la première voiture allait partir, il s'éleva, parmi la garde nationale, quelques voix qui blâmèrent la complaisance de l'Assemblée. Ces discours échauffèrent promptement les esprits; un sapeur tira son sabre, et coupa les traits de la voiture. Cette infraction à la discipline ne put être punie, etBerthier, en protégeant les palefreniers accourus pour remplacer l'attelage, fut menace de mort.

Sa fermeté et son sang-froid en imposèrent aux mutins, et .Mesdames et leur suite purent se mettre en route. In détachement de chasseurs accompagna les voitures, qui étaient au nombre de dix! LesprincessesemmenaientHNcc elle- 1 ngl personnes environ et une grande quantité d'effets précieux.

Le lendemain, on distribuait dans Paris, avec une sorte de profusion , un petit

écrit aussi caustique que méchant, ayant pour titre : Grande Nouvelle a tropos de

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