SCENE I UN APPARTEMENT DU CHATEAU
On découvre le Roi. — Entre le prince Hjalmar.
Hjalmar ?
HJALMAR.
ON père ?
LE ROI
HJALMAR.
J'aurais à vous parler, mon père.
LE ROI
De quoi voulez-vous me parler ?
HJALMAR.
Vous êtes malade, mon père ?
LE ROI
Oui ; je suis malade, et voyez comme je deviens vieux ! Presque tous mes cheveux sont tombés ; voyez comme mes mains tremblent ; et je crois que j'ai toutes les flammes de l'enfer dans la tête !
HJALMAR.
Mon père ! mon pauvre père ! Il faudrait vous éloigner; aller ailleurs, peut-être... je ne sais pas...
Je ne puis pas m'éloigner ! — Pourquoi êtesvous venu? J'attends quelqu'un.
HJALMAR.
J'avais à vous parler.
LE ROI
De quoi ?
HJALMAR.
De la princesse Maleine.
LE ROI
De quoi? — Je n'entends presque plus.
HJALMAR.
De la princesse Maleine. La princesse Maleine est revenue.
LE ROI
La princesse Maleine est revenue ?
HJALMAR.
Oui.
LE ROI
Mais elle est morte !
HJALMAR.
Elle est revenue.
Mais je l'ai vue morte !
HJALMAR.
Elle est revenue.
LE ROI
Où est-elle?
HJALMAR.
LE ROI
Ici, dans le château?
HJALMAR.
Oui.
LE ROI
Montrez-la ! Je veux la voir !
HJALMAR.
Pas encore. — Mon père, je ne peux plus épouser Uglyane.
LE ROI
Vous ne pouvez plus épouser Uglyane ?
HJALMAR.
Je n'ai jamais aimé que la princesse Maleine.
Ce n'est pas possible, Hjalmar ! . . . Hjalmar ! . . . Mais elle va s'en aller!...
HJALMAR.
Qui?
LE ROI
Anne !
HJALMAR.
Il faudrait Ty préparer peu à peu.
LE ROI
Moi? — l'y préparer? — Écoutez... je crois qu'elle monte l'escalier. Mon Dieu !... Mon Dieu! que va-t-il arriver ? — Hjalmar, attendez ! . . .
Il sort.
HJALMAR.
Mon père ! mon pauvre père ! — Elle le fera mourir avant la fin du mois !
Rentre le Roi.
LE ROI
Ne lui dites rien aujourd'hui !
Il sort.
HJALMAR.
Mon Dieu ! mon Dieu ! — Je crois que je l'entends dans l'oratoire. — Elle va venir ici. — Depuis quelques jours elle me suit comme mon ombre.
Entre la reine Anne.
Bonsoir, Madame.
ANNE
Ah ! c'est vous, Hjalmar. — Je ne m'attendais pas...
HJALMAR.
J'avais à vous parler, Madame.
ANNE
Vous n'aviez jamais rien à me dire... Sommesnous seuls ?
HJALMAR.
Oui, Madame.
ANNE
Alors venez ici. Asseyez-vous ici.
HJALMAR.
Ce n'est qu'un mot, Madame. — Avez-vous entendu parler de la princesse Maleine ?
ANNE
De la princesse Maleine ?
HJALMAR.
Oui, Madame.
ANNE
Oui, Hjalmar ; mais elle est morte.
On dit qu'elle vit peut-être.
ANNE
Mais c'est le roi lui-même qui l'a tuée.
HJALMAR.
On dit qu'elle vit peut-être.
ANNE
Tant mieux pour elle.
HJALMAR.
Vous la verrez peut-être.
ANNE
Ah ! ah î ah ! dans l'autre monde alors ?
HJALMAR.
Ah!...
— Il sort. — ANNE.
OÙ allez-vous, Seigneur ? et pourquoi fuyQzvous ? — Mais pourquoi fuyez-vous ?
Elle sort.