‹ La Princesse MaleineChapitre 14 sur 35 · UNE SALLE D'APPARAT DANS LE CHATEAU · texte numérisé non relu

UNE SALLE D'APPARAT DANS LE CHATEAU

On découvre le Roi, la reine Anne, Hjalmar,

Uglyane, Angus, des dames d'honneur, des seigneurs, etc.

On danse. Musique.

ANNE

ENEZ, ici, Monseigneur ; vous me semblez transfiguré ce soir.

HJALMAR.

Ma fiancée n'est-elle pas près de moi ?

ANNE

Laissez-moi mettre un peu la main sur votre cœur. Oh ! il bat déjà des ailes comme s'il voulait voler vers je ne sais quel ciel !

HJALMAR.

C'est votre main qui le retient, Madame.

ANNE

Je ne comprends pas... je ne comprends pas. Vous m'expliquerez cela plus tard.

Au Roi.

Vous êtes triste, Seigneur ; à quoi songezvous?

Moi ? — Je ne suis pas triste, mais je deviens très vieux...

ANNE

Voyons, ne dites pas cela un soir de fête ! Admirez plutôt votre fils ; n'est-il pas admirable ainsi en pourpoint de soie noire et violette ? et n'ai-je pas choisi un bel époux pour ma fille ?

HJALMAR.

Madame, je m'en vais retrouver Angus. Il jettera de Teau sur le feu, tandis que vous n'y versez que de l'huile...

ANNE

Mais ne nous revenez pas tout transi de la pluie de ses sages paroles...

HJALiMAR.

Elles tomberont en plein soleil !

ANGUS

Hjalmar ! Hjalmar !

HJALMAR.

Oh ! je sais ce que vous allez dire ; mais il n'est pas question de ce que vous croyez.

ANGUS

Je ne vous reconnais plus ; — mais que vous est-il donc arrivé hier soir ?

Hier soir? — Oh, il est arrivé d'étranges choses hier soir ! — Mais j'aime mieux ne pas en parler à présent. Allez une nuit dans le bois du parc, près du jet d'eau ; et vous remarquerez que c'est à certains moments seulement, et lorsqu'on les regarde, que les choses se tiennent tranquilles comme des enfants sages et ne semblent pas étranges et bizarres ; mais dès qu'on leur tourne le dos, elles vous font des grimaces et vous jouent de mauvais tours.

AXGUS.

Je ne comprends pas.

HJALMAR.

Moi non plus; mais j'aime mieux être au milieu des hommes ; fussent-ils tous contre moi.

AXGUS.

Quoi ?

HJALMAR.

Ne vous éloignez pas.

ANGUS

Pourquoi ?

HJALMAR.

Je ne sais pas encore.

ANNE

Avez-vous bientôt fini, Monseigneur? On n'abandonne pas ainsi sa fiancée !

J'accours, Madame.

A Uglyane.

Angus vient de me raconter une étrange aventure, Uglyane.

ge « LA PRINCESSE MALEINE

UGLYANE.

Vraiment ?...

HJALMAR.

Oui. — Il s'agit d'une jeune fille ; une pauvre jeune fille qui a perdu tous les biens qu'elle avait...

UGLYANE.

Oh!

HJALMAR.

Et elle veut l'épouser malgré tout. Elle l'attend au jardin tous les soirs ; elle le poursuit au clair de lune ; il n'a plus un instant de repos.

UGLYANE.

Que va-t-il faire ?

HJALMAR.

Il n'en sait rien. Je lui ai dit de faire lever les ponts-levis et de mettre un homme d'armes à chaque porte, afin quelle ne puisse plus entrer; il ne veut pas...

UGLYANE.

Pourquoi ?

HJALMAR.

Je n'en sais rien. — Oh ! ma chère Uglyane !

ANGUS, A Hjalmar.

Ne grelottez-vous pas en entrant dans les grottes de glace du mariage ?

HJALMAR.

Nous en ferons des grottes de flammes !

LE ROI, très haut.

Je ne vois pas du tout danser d'ici.

ANNE

Mais vous êtes à trois pas des danseurs, Monseigneur.

LE ROI

Je croyais en être très loin.

ANGUS, A Hjalmar.

Avez-vous remarqué comme votre père a lair pâle et fatigué depuis quelque temps ?

HJALMAR.

Oui, oui...

98 LA PRINCESSE MALEJNE *—

Il vieillit étrangement.

LE ROI, très haut.

Je crois que la mort commence à frapper à ma porte !

Ils tressaillent tous. — Silence.

La musique cesse subitement et on entend frapper à une porte.

ANNE

On frappe à la petite porte !

HJALMAR.

Entrez !

La porte s'entr'ouvre et on aperçoit,

dans l'entre-bâillement, la princesse Maleine

en longs vêtements blancs de fiancée.

ANNE

Qui est-ce qui entre ?

HJALMAR.

ANNE

Qui?

HJALMAR.

LE ROI

Fermez la porte.

TOUS

Fermez la porte !

HJALMAR.

Pourquoi fermer la porte ?

Le Roi tombe.

ANGUS

Au secours ! le roi se trouve mal !

HJALMAR.

Mon père ! — Aidez-moi !...

UNE DAME D'HONNEUR

Allez chercher un prêtre !

UN SEIGNEUR

Ouvrez les fenêtres !

ANGUS

Écartez-vous ! Écartez-vous !

HJALMAR.

Appelez un médecin ! Portons-le sur son lit ! Aidez-moi !

Il y a une étrange tempête au-dessus du château.

Ils sortent tous.

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