‹ La Princesse MaleineChapitre 15 sur 35 · DEVANT LE CHATEAU · texte numérisé non relu

DEVANT LE CHATEAU

Entrent le Roi et la reine Anne.

LE ROI

Aïs on pourrait peut-être éloigner la petite ?

ANNE

Et la revoir le lendemain ? — ou bien faut-il attendre une mer de misères ? faut-il attendre que Hjalmar la rejoigne? — faut-il...

LE ROI

Mon Dieu ! mon Dieu ! que voulez-vous que je fasse ?

ANNE

Vous ferez ce que vous voudrez ; vous avez à choisir entre cette fille et moi.

LE ROI

On ne sait jamais ce qu'il pense...

Je sais qu'il ne l'aime pas. Il l'a crue morte. Avez-vous vu couler une larme sur ses joues ?

LE ROI

Elles ne coulent pas toujours sur les joues.

ANNE

Il ne se serait pas jeté dans les bras d'Uglyane.

LE ROI

Attendez quelques jours. — Il pourrait en mourir...

ANNE

Nous attendrons. — Il ne s'en apercevra pas.

LE ROI

Je n'ai pas d'autre enfant...

ANNE

Mais c'est pourquoi il faut le rendre heureux.

— Attention ! il arrive avec sa mendiante de cire ; il l'a promenée autour des marais, et Tair du soir l'a déjà rendue plus verte qu'une noyée de quatre semaines.

Entrent le prince Hjalmar et la princesse Maleine.

Bonsoir, Hjalmar. — Bonsoir, Maleine ! vous avez fait une belle promenade ?

Oui, Madame.

ANNE

Il vaut mieux cependant ne pas sortir le soir. Il faut que Maleine soit prudente. Elle me semble un peu pâle déjà. L'air des marais est très pernicieux.

MALEIXE.

On me l'a dit. Madame.

ANNE

Oh ! c'est un véritable poison.

HJALMAR.

Nous n'étions pas sortis de toute la journée; et le clair de lune nous a entraînés ; nous avons été voir les moulins à vent le long du canal.

ANNE

Il faut être prudente au commencement; j'ai été malade moi aussi.

LE ROI

Tout le monde est malade en venant ici...

HJALMAR.

Il y a beaucoup de malades au village.

LE ROI

Et beaucoup de morts au cimetière !

Voyons ! n'effraj'ez pas cette enfant !

Entre le Fou.

HJALMAR.

Maleine, le fou !

MALEINE

Oh!

ANNE

Vous ne l'aviez pas encore vu, Maleine? N'ayez pas peur, n'ayez pas peur ; il ne fait pas de mal. Il erre ainsi tous les soirs.

HJALMAR.

Il va, toutes les nuits, creuser des fosses dans les vergers.

MALEINE

Pourquoi ?

HJALMAR.

On ne sait pas.

MALEINE

Est-ce moi qu'il montre du doigt ?

HJALMAR.

Oui, n'y fais pas attention.

MALEINE

Il fait le signe de la croix !

Page 1