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viveurs gris de champagne et y venant s’encanailler, comme ils le disent, des provinciaux crédules et naïfs qui, en voyant une débardeuse plus que décolletée, grelottant sous son costume presque primitif et venue au bal pour avoir un souper et une pièce de cinq francs afin d’avoir de quoi s’acheter un dîner le lendemain, des provinciaux dis-je, qui voient des princesses déguisées dans ces êtres abjects et dignes de pitié — mais le mépris ne serait pas de saison à Paris, où chacun vit pour soi, et ne partage ni les plaisirs ni les douleurs des autres. Vous y vîtes aussi des comparses payés par Mr.
Philippe à tant par heure pour s’amuser ou plutôt pour amuser les autres, de ces loustics et danseuses qu’il payait pour frayer une voie à la joie, pour mettre en train la boutique, afin que la musique de Strauss fisse son effet, et que le champagne coulât à flot.
Avez-vôus connu le sieur Philippe ?
Non??
Eh bien, vous ne le connaîtrez plus.
— Ht
Car il est mort et enterré, comme dit la chanson de Malbrouc.
Mais dès que le roi meurt, le peuple crie :
Vive le roi!
Les dynasties disparaissent pour faire place aux autres.
Monsieur Philippe était l’entrepreneur des bals de l'Opéra.
La princesse Mathilde le connaissait trèsbien et a voué quelques larmes à sa mémoire.
Elle a le cœur si excellent, la bonne princesse !
Nous connaissons du reste aussi des grandes dames qui aiment k s’encanailler.
On s’amuse du moins.
Et plus on est de fous, plus on rit.
Le rideau se lève donc dans la pièce de Mrs. de Goncourt et on est en plein bal masqué de l’Opéra.
Mais nous ne sommes qu’au prologue,
écrit par un autre habitué de l’hôtel, rue de Courcelles :
Mr. Théophile Gautier, père!!!!
Critique, dans quel guêpier es-tu allé te fourrer?!
Mais que ne fait-on pas pour plaire à la bonne princesse.
Elle est si aimable, et ses épaules sont si rondes.
Mademoiselle Poésie raconte donc en vers très-médiocres et pour la plupart dignes de Ronsard, que Molière vit en bigamie avec Thalie et Terpsichore et qu’on ne doit donc pas s’étonner à voir ce pêle-mêle de paillasses, débardeurs, postillons et chauves-souris * d’amour aux ailes de satin.
Mais le chœur des masques crie à la Poésie :
Tu nous embêtes! Va-t’en te faire pendre ailleurs.
Et la Poésie très-peu poétique s’enfuit tout effarée, pour se masquer probablement en débardeur.
Vous pouvez penser que de telles choses, débitées sur une scène, qui jusqu’alors avait été la gardienne des bonnes traditions, sinon des bonnes mœurs, vous pouvez penser, dis-je, que de telles choses soulevèrent un commencement dorage.
Je raconte la représentation, plus tard je dirai quelques mots de la lecture que nous eûmes à subir.
Maintenant retournons à nos moutons, c’est-à-dire à la pièce.
Un jeune homme fait la connaissance d'un beau masque, locution usitée, même si le masque est aussi laid qu’un chimpanzée ; arrive un autre monsieur qui se permet certains mots assez usités à ces sortes de bals. Le jeune ‘homme le provoque, c’est pour l’effet, le masque fuit, et le rideau tombe sur un brouhaha général, je dirais même sur une scène digne de la Courtille.
Au second acte nous voyons le jeune homme, qui porte le nom de Paul de Bréville — ma foi, qui ne se nomme pas de B^éville — c’est un nom si facile à trouver?
— Paul de Bréville, blessé à la suite de son duel, se trouve donc dans la délicieuse villa, appartenant à un ex-ouvrier, nommé Maréchal. Cette villa, l’économe propriétaire l’a achetée du fruit de ses épargnes — car il était excellent ouvrier et gagnait cinq francs par jour, il est de plus encombré d’une petite bagatelle d’à-peu-près deux millions, qu’il s’est aussi épargnée par son travail, et d’une femme et d’une fille.
Le lecteur devine que la femme de l’économe ouvrier est le masque, pour lequel Paul de Bréville s’est battu. Mais afin qu'il n’en soit pas un seul moment un doute madame Maréchal le lui raconte elle-même, et invite Paul de Bréville d’être l’ami de la maison, mais lui, il ne veut pas être l'ami de madame Maréchal, il veut en être l’amant. 'Il tombe donc à genoux devant madame Maréchal et lui déclare son amour, qui est accepté car les ex-ouvrières ont le cœur tendre.
L’excellent jeune homme oubliait qu’il aimait la fille de madame Maréchal ou, plutôt, il ne savait pas que celle qu’il aimait en était la fille.
Au troisième acte nous le voyons philosophiquement mener de front ses deux amours.
Il connaissait probablement le proverbe allemand qui dit que :
,, Celui qui veut avoir la fille doit plaire à la mère.“
Les deux millions du père Maréchal lui donnaient probablement dans l’œil.
Mais un traître de l’Ambigu paraît et crie h l’oreille du brave ouvrier :
Maréchal, l’affaire marche mal, ton ami de Bréville veut te faire, tu sais quoi.
Et il fait de ses deux mains un geste audessus de sa tète.
Mais je croyais que c’est ma fille qu’il asticote, dit le brave ouvrier h cinq francs par jour, maintenant deux fois millionnaire.
C’est ta femme, lui dit le traître d’une voix de rogomme.
L’ouvrier pâlit sous la couche de fard qui couvre son visage.
Tu as raison, dit-il au traître, la pièce marche très-mal, hâtons-en le dénouement, et il s'arme jusqu’aux dents.
Mademoiselle Henriette voyant apparaître le destin sous la forme de son père armé de cinq revolvers, veut sauver à tout prix son amant et sa mère.
Mais comment le faire?
Une demoiselle parisienne n’est jamais au bout de ses inventions.
Henriette est vite décidée.
Pour la sauver, elle jette sa mère par la fenêtre.
Puis elle cache le double amant je ne sais où.
Sous sa crinoline peut-être?
Et attend d’un pied ferme son père, sachant probablement que ses revolvers 'ne sont chargés qu’à poudre.
* L’ouvrier force d’un coup de pied la porte
de carton, et ne voyant . personne, il croit avoir la berlue et tire à l’aventure...
Madèmoiselle Henriette tombe, le rideau tombe, et
la pièce tombe au milieu d'un scandale général.
Il se passa plus de dix minutes avant que l'acteur M. Got put, comine c’est l’usage, nommer les auteurs.
Vous auriez dû entendre le bruit et les sifflets lorsqu’il nomma les frères de Concourt.
Et cela malgré que la cour assistait au grand complet à cette représentation.
Dans la loge impériale on voyait, outre l’empereur, l'impératrice, aussi la princesse Mathilde et les autres membres de la famille impériale : on pouvait aussi voir le comte Walewski, le maréchal Vaillant, les ministres au grand complet, des sénateurs, etc., en un mot tout cet attirail décoré et chamarré qui entoure la cour comme les satellites entourent le soleil. .
On aurait pu dire que la chute de la pièce était une espèce de démonstration.
Que ces démonstrations se répètent au profit de l’art dramatique, car au point où il est maintenant en France il est impossible à un père de donner ù ses enfants la distraction du théâtre.
La scène doit être l’école des mœurs.
Mais la jeunesse que peut-elle apprendre des pièces comme : les Filles de marbre, la Dame aux camélias, le Péché d’une femme, Henriette Maréchal?
C’est ce que nous avions dit à la princesse Mathilde.
Mais elle ne voulait pas nous entendre.
Au contraire, elle a remué terre et cieux pour faire représenter Henriette Maréchal au théâtre français.
Elle et toute la cour ont assisté à la représentation.
Et la chûte de la pièce a été presque une défaite de l’impérialisme.
La princesse s’amuse
Vive la joie ! Après nous le déluge !
C'est la devise de la princesse et elle n’y va pas de main-morte.
Elle est la digne fille du feu roi Jérôme, espèce de roi d’Yvetot, excepté qu’il se couchait tard et se levait encore plus lard.
Pendant sa courte royauté à Cassel, il avait l’habitude, en se couchant, de dire à sa cour qui, comme celle de la princesse était d’une composition assez saugrenue :
« Loustic aujourd’hui, loustic demain, toujours loustic. »
En se couchant la princesse aussi ne rêve que plaisirs.
En se levant le matin, sa première pensée est, comment s’amuser aujourd’hui.
# Jamais ou rarement un sombre nuage
passe sur ce front si uni et si blanc, que les soucis nont jamais ridé.
Assise enveloppée de son peignoir et confiant ses rares cheveux h son friseur, elle est entourée de ses intimes qui doivent l’amuser en lui contant la chronique scandaleuse de la ville, de la cour surtout.
Comment elle rie à gorge déployée quand on lui raconte quelque anecdote à double sens concernant sa cousine Eugénie!
Ses habitués le savent et après l’impératrice vient la belle-sœur de la princesse, Sainte-Clotilde comme elle est nommée, par dérision par les uns, par vénération par les autres.
Mais la vie exemplaire de l’épouse du prince Plon-Plon ne prête pas de sujet aux mauvaises langues.
Car c’est tout au plus sa piété dont on peut se moquer, mais ce sujet est si stérile et si usé.
La princesse aime aussi quand on lui parle de quelque secret de cœur de l’empereur; mais il faut convenir que son rire a*
alors de l’aigreur, qui ressemble îi de la jalousie. ,
La princesse connaît à fond la chronique scandaleuse de la ville, peut vous nommer le dernier amant de la princesse M., sait ' dans quelle rue se trouve la maison des rendez-vous mystérieux de la jeune épouse du maréchal V. lorsqu’elle sort le matin sous prétexte de charité, elle vous dira pourquoi la comtesse P. portait dans ses cheveux un camélia blanc au dernier bal.
La toilette terminée, les habitués se retirent upur faire place aux visites des dames, liées rvec la princesse.
Elle aime surtout à voir les dames russes, qui abondent à Paris depuis la mort de l’empereur Nicolas.
C’est sa société favorite, car vous savez qu’une dame russe, même si elle appartient au plus grand monde, vise à imiter la dame du demi-monde.
Allez à Bade, à Hombourg, à Wicsbade, à un bain quelconque et distinguez-moi une comtesse russe — la dame russe expatriée
est toujours comtesse ou princesse — d’une lorette parisienne !
La ressemblance est frappante.
La conversation de la princesse avec ses visiteuses n’est que la continuation de celle avec ses habitués.
Elle roule aussi sur la chronique scandaleuse.
Ainsi s'est passé le matin, et l’heure de faire un tour au bois est arrivée.
L’élégant coupé de la princesse attelé de deux chevaux magnifiques pur sang l’attend au perron. ^
A demi-couchée dans son équipage, ressemblant plutôt à une femme entretenue qu’à une princesse, elle lorgne les promeneurs, quelle passe en brûlant le pavé, salue ses connaissances d’un petit salut amical, ses intimes souvent d’un mot énergique qui serait une offense, si, chez elle il n’était un signe amical.
Puis, vient le dîner, puis le théâtre, les soirées, les parties fines.
Que sais-je?
C’est ainsi que la princesse passe ses journées, fidèle à la devise de son père :
Loustic aujourd’hui, loustic demain» toujours loustic.
Mais cette vie de plaisirs monotones et journaliers a quelquefois des petits intermezzos piquants, nous en raconterons un, pour donner une idée des autres.
Une escapade.
Je m’ennuie, chère comtesse, disait la princesse un .jour à une dame russe qui était venue la voir, proposez quelque chose pour nous amuser, vous ôtes si riche en inventions.
Pour ce matin?
Non pour ce soir, les soirées d'hiver sont si longues et on ne sait pas comment trouver leur bout.
La comtesse proposa ceci, cela ...
Mais tout fut rejeté par la princesse, qui voulait avoir une nuit folle, c’était son expression.
Tout-à-coup elle interrompit madame de Sa... qui était en train de dérouler devant elle un nouveau plan de campagne joyeuse, et s’écria :
Foin du plaisir concerté d’avance, nous voulons en improviser, tron du diable !
Venez, chère comtesse, dîner avec moi, et puis nous verrons ce qu’il y a à faire.
On dîna en petit comité.
Il y avait outre la princesse, encore madame de Sa...; la jeune duchesse de V. qui profita de sa lune de miel pour faire une petite excursion à Bade en compagnie de son cousin, un athlétique capitaine des cuirassiers de la garde, laissant son mari se consoler de son absence avec un petit raton de l’opéra; et la piquante petite femme de l’ambasseur de...
La princesse s’était proposée de composer une partie carrée.
Ayant fait inviter à la hâte quatre messieurs quelle savait pouvoir amuser.
C’étaient le baron de R., un jeune Alsacien, portant avec grâce son uniforme de lieutenant des guides, le romancier F. qui cause avec tant d’esprit, et excelle surtout dans les anecdotes â double sens, et Mr. G.
qui cause mieux qu'il ne peint.
Pour faire le quatrième on avait invité Mr. Ernest G.
Mais il était introuvable ce jour-là.
Car mademoiselle V. des Délassements Comiques avait pour le moment du goût pour lui.
Vive Dieu ! On rit au dîner !!
Mais on rit!
Puis la princesse proposa de faire incognito une petite tournée de bals publics.
Proposition votée aux acclamations et acceptée unanimement.
Vers deux heures de la nuit on vint au Café Anglais.
Vous savez que ce café a le privilège de n’être pas fermé pendant la nuit entière.
Privilège bien agréable pour le public qui transforme souvent la nuit en jour, mais non pas inventé au profit des garçons que souvent vous prenez pour des somnambules quand ils vous servent.
La société était très-gaie quand elle vint au café.
Elle était même un peu en ribote, dit-on.
On servit un souper fin dans un cabinet particulier.
Le champagne coula à larges flots.
Tout-à-coup on entendit un bruit terrible.
Les dames en étaient venues aux mains.
Car il yen avaient quatre et trois cavaliers seulement^
La jalousie et puis le champagne avaient monté les têtes, et, les têtes montées, souvent les mains tapent dessus.
Les garçons accoururent pour mettre le holà.
Puis vint le propriétaire.
Je ne me rappelle plus qui c’était alors.
Mais les 'noms n’y font rien.
Propriétaire et garçons furent rossés par les dames, tandis que les messieurs pouffaient de rire.
La police fut requise.
Elle fut mise à la porte de même que le propriétaire et les garçons.
Alors on alla réveiller le commissaire de police.
Quand il vint ceint de sa ceinture tricolore, tout était tranquille dans le cabinet particulier, on n’y entendait que des ronflements sonores, caries messieurs et les dames dormaient.
Les uns sur les canapés d’autres sur des "chaises et sur le carreau.
La princesse était étendue de son long au pied du canapé sur lequel le baron de R.
reposait majestueusement ayant les deux pieds sur la table et trempant ses deux épérons dans une saladière pleine de compote d’abricots.
Tous ronflaient h mettre en fuite une
compagnie de zou-zous.
Mais les habits et les robes des dames gardaient encore les traces d’une lutte acharnée.
Le commissaire de police voulut instrumenter.
Mais, ayant reconnu la princesse, il se hâta de se retirer enjoignant au propriétaire la plus grande discrétion.
Je ne sais pas si celui-ci la garda, mais le fait est que le lendemain tout Paris parla des quatre dames et des trois cavaliers.
Pourquoi aussi madame Démidoff n’avaitelle pas pensé à prendre avec elle un quatrième cavalier, elle en a toujours tant à sa disposition.
Lafontaine a eu tort de dire dans sa fable :
Deux coqs vivaient en paix, etc.
Non. quatre poules vivaient en paix —
Mais un coq manqua
Et voilà la guerre allumée.
La princesse devint probablement plus prudente depuis et fit ses invitations d’avance .
Mais une petite batterie entre dames a aussi du piquant.
1 ne gaudriole
Vive la gaudriole!
J’en raffole.
Et la princesse Mathilde aussi.
Un soir Mr. H., le peintre du Mont-de- Piété reçut de la princesse un petit billet.
Elle lui écrivait :
Venez, je vous attends.
Les habitués de la princesse ne s’étonnent de rien.
Ils obéissent aveuglément à ses caprices.
Mr. H. accourut donc pour prendre les ordres de la princesse qu'il trouva vêtue comme une petite bourgeoise de la rue Montorgueil.
Elle l’attendait depuis longtemps.
Animal, lui dit-elle, en lui donnant un
petit coup sur la joue, vous me faites attendre ! Mais attendre !
Mr. H. voulut s’excuser, mais la princesse ne voulut pas écouter ses excuses.
Bah ! dit-elle en saisissant son bras, contez-moi cela une autre fois, maintenant allons nous promener.
Et elle l’entraîna avec elle.
C’était un Mardi-gras.
Dans les rues grouillaient des masses compactes.
Quand le Parisien s’amuse, il lui faut crier.
Si ce n’est pas : ohé, Lambert! C’est quelque autre chose.
Vous, qui avez été à Paris, connaissez aussi bien que moi la physionomie que prend la capitale du monde un jour de fête ; alors tout est sur pied, le petit rentier même, avide de plaisir à bon marché, oublie pour quelques heures sa demie tasse et sa partie ae domino et va flâner.
Ce soir là les flots des masques roulaient vers le Faubourg St. Antoine.
Car le bruit s'était répandu qu’Orsini et Pierri, les deux fanatiques dont le crime avait mis Paris, le monde entier en émoi, devaient le lendemain matin payer de leur vie la mort de tant de victimes innocentes.
Il faisait mauvais temps.
Une pluie froide et fine semblait s’être concertée avec une bise froide et tranchante comme une lame d’acier pour troubler la joie des paillasses et des débardeurs qui grelottaient dans leurs costumes de toile k matelas.
Us seraient peut-être retournés chez eux pour mettre leurs habits bourgeois.
Mais, hélas!
Beaucoup d’entre eux les avaient portés au Mont de Piété pour pouvoir s’amuser.
Et quand les Parisiens veulent s’amuser ils s’amusent mieux et plus qu’aucun autre peuple du monde.
La princesse et son cavalier suivirent le le flot qui les porta au faubourg St. Antoine.
Ici tous les cabarets étaient pleins de masques.
On dansait, on hurlait et s’enivrait de vin bleu et de cris.
Madame Démidoff entra dans une de ces bastringues.
On ne me connaît pas ici, dit-elle au jeune peintre. Je veux m’encanailler.
Elle dansa comme une folle, dansa avec des ouvriers, des crocheteurs, que sais-je avec qui ?
Bientôt elle fut séparée de son cavalier qui fut bousculé, frappé et mis k la porte à cause de son habit bourgeois.
La princesse n’avait pas prévu cet incident, elle avait oublié de dire à son cavalier de se déguiser, comme elle s’était déguisée.
Elle voulut le suivre, mais une grosse et forte main, habituée de manier du fer, — cette main appartenait à un charron — la retint, en serrant son bras.
Ohé, la belle, lui dit une voix avinée, tu resteras ici, on ne quitte pas si vite ses amis.
Et la princesse resta, ear elle aime les aventures.
Elle était venue pour s’encanailler, et s'encanailla, comme le firent cette nuit tant de dames du grand monde, qui se mêlèrent k la foule affublées des robes de leurs femmes de chambre et cuisinières, pour voir guillotiner Orsini et Pierri.
Un jour couleur de plomb commençait à poindre lorsqu'une citadine ramena la princesse chez elle.
Au lieu de souper en tète à tête avec le peintre, elle avait soupé en cabinet particulier avec un jeune ouvrier qui avait su lui plaire.
Elle lui a acheté un fond d’ébénisterie et il a maintenant un magasin très-achalandé, grâce à la protection de la princesse.
Comme elle rit de bon cœur en racontant cette anecdote ! !
On dit que l’aventure a tant été de son goût, que semblable au calif Haroun al Rachid des Mille et une nuits, elle se môle souvent déguisée parmi le peuple.
Un souvenir de jeunesse.
La princesse n’est pas comme son frère.
Elle n’a pas oublié ses amours de jeunesse — Mr. de Nieuwekerke en est la preuve vivante.
Mais lui n’est pas le seul.
Etant à Stoutgard, sous la tutelle de la vieille chanoinesse, elle avait aimé un jeune officier, le comte de Stein... comme nous l'avons raconté au début de ce petit ouvrage.
Le comte Stein... avait fui en Amérique pour échapper à ses créanciers.
Au Nouveau Monde il n’avait pas fait de bonnes affaires.
Il se rappelait trop souvent qu’il était noble allemand pour jamais devenir bon républicain américain.
Un jour la nostalgie le prit.
Il pouvait sans danger retourner dans sa patrie.
D’après la loi, il y avait prescription des dettes.
On avait aussi oublié le comte depuis longtemps.
Ses créanciers s étaient dit :
Que voulons-nous faire de lui? Le mettre en prison pour dettes? Mais il n’est pas ici et môme s'il v était nous ne le ferions pas, car nous aurions encore à le nourrir.
, Quand le comte de Stein... retourna à Stoutgard, personne ne le reconnut.
Il est vrai que son passe-port portait un nom américain et qu’il évitait son ancienne société.
Son premier soin fut de s’enquérir de mademoiselle de Montfort.
On haussa les épaules, lorsqu’il nomma ce nom.
Bah ! dit-on. Mademoiselle de Montfort a épousé un homme de rien, un demi-bour-
geois, qui n’avait pas le moindre ruban h sa boutonnière, pas le moindre titre à mettre devant son nom, si ce n’est le titre de prince qu’il s’est acheté en Italie et que son empereur ne veut pas reconnaître.
Le comte de Stein... rougit, car la vie en Amérique n’avait pas effacé de son esprit le souvenir de la princesse. 11 rougit parce que son orgueil aristocratique était froissé à la pensée qu’une femme autrefois aimée de lui, dont les ancêtres avaient pris Jérusalem, combattant sous la bannière de Frédéric Barberousse, ait pu s'abaisser au point, d’épouser un homme qui n’avait ni quartiers ni ancêtres.
Où son mari vit-il? demanda-t-il à voix basse et timide, il craignait de trahir son émotion.
Qu’en savons-nous? Nous avons bien le temps de nous occuper de cette sorte de gens!
Allez demander son adresse à l’ambassadeur russe, si vous voulez la savoir.
Comment, l’ambassadeur russe?
Mais êtes-vous un revenant de l’autre monde pour ne pas savoir que Mr. Démidoff est un Russe!
Mademoiselle de Montfort s’appelle donc maintenant madame Démidoff?
Que vous êtes drôle ! Elle sé fâcherait rouge si vous la nommiez ainsi.
Le comte de Stein... crut qu’on se moquait de lui, mais il tenait à savoir où était mademoiselle de Montfort et continua donc ses questions.
Je ne vous comprends pas, dit-il. Vous venez de me dire quelle a épousé un Mr. Démidoff, et maintenant vous m’assurez qu’elle se fâcherait si je la nommais ainsi. Mais elle doit en tout cas avoir un nom quelconque?
Comment se nomme-t-elle donc?
Vous voulez savoir son nom, répondit-on en souriant dédaigneusement. N’avez-vous jamais entendu parler de la princesse Mathilde.
Princesse Mathilde... de quoi? demanda le comte.
De quoi? continua-t-on en souriant avec
dédain. Savons-nous quel nom lui donner?
Nommez-la princesse Mathilde tout simplement, ou bien si vous le voulez princesse Mathilde Bonaparte...
Impossible ! Ce serait donc . . . s’écria Mr. de Stein...
Cette princesse Mathilde qui fait les honneurs de la cour de son cousin, le parvenu qui se fait nommer empereur des Français.
On était aux premiers mois de l’empire et vous savez que les Allemands n’étaient pas grands partisans du nouvel empereur.
C’est changé maintenant, car l’esprit de défiance avec laquelle on suivait les premiers pas de l’empereur a disparu devant l'évidence.
L’agitation factice s’est calmée.
Les Allemands ne craignent plus pour leur Rhin, mais voient en Napoléon le fidèle allié du peuple, la plus forte digue contre les tendances réactionnaires qui animent maintenant leurs princes.
Le comte de Stein... se tut, car maintenant il savait ce qu’il avait voulu savoir. '
Il mûrissait en silence un plan et une espérance.
La princesse Mathilde qui avait tant de pouvoir sur l’esprit de l’empereur des Français était donc cette jeune fille qu’il ‘avait aimée et qui l’avait aimé.
Deux jours après la conversation que nous venons de raconter, il était à Paris.
Il voulait essayer de se frayer un chemin ; ce qui ne lui avait pas réussi eu Amérique.
Paris a porté du bonheur à tant de personnes que lui aussi peut-être y trouverait une position quelconque.
Il ne pouvait aussi pas rester à Stoutgard, où il ne trouverait aucun emploi scus le nom qu'il avait pris en Amérique et où le nom et le titre qui lui appartenaient avaient ôté souillés par sa fuite.
Le comte de Stein... avait été en Californie, mais en était revenu aussi gueux qu'il y était allé.
Son retour en Europe et son voyage à Pa-
ris avaient presque épuisé le peu de ressources qui lui restaient.
Il avait donc sa bourse vide après un séjour de quelques jours à Paris.
L'espoir que le hasard le jetterait à la rencontre de la princesse Mathilde avait été trompeur.
Il se décida donc de venir en aide au hasard, et alla trouver la princesse.
Les années qui s’étaient écoulées depuis l’amour de la jeunesse, je pourrais môme dire depuis l'enfance de la princesse, avaient bien changé les anciens amants.
Les rudes travaux de Californie avaient hàlé le teint, les soucis avaient ridé le front du brillant officier, son dos était voûté, sa taille avait perdu sa grâce militaire.
La princesse aussi n’était plus cette frêle et charmante demoiselle d’autrefois, sa taille avait pris les formes arrondies de la maturité.
Les anciens amants ne se reconnurent donc pas.
Mais la princesse tressaillit en entendant le timbre de la voix du comte qui s’était fait annoncer sous son nom américain.
Lorsqu’il se nomma, elle lui tendit amicalement la main, le fit asseoir à côté d’elle et causa longuement avec lui.
Il dut lui raconter sa vie, ses aventures, les circonstances dans lesquelles il se trou- ‘ vait.
Le comte lui raconta tout, ses malheurs et ses espérances.
La princesse resta pensive pendant quelques instants, puis elle dit :
Revenez dans quelques jours, je. pense que je pourrai faire quelque chose pour vous , puis elle prit dans son secrétaire deux billets de mille francs qu’elle offrit au comte.
Elle était plus généreuse que son frère qui n’avait eu que cinq napoléons pour une pauvre femme qui avait été un de ses premiers amours.
Le comte refusant d’accepter d’elle de l’ar-
gent, elle dit avec la délicatesse que ne possèdent que les femmes :
Prenez toujours, ce n’est pas une aumône, c’est un prêt ; vous me le rendrez quand vous pourrez, et ce sera bientôt, car je pense que je vous trouverai quelque chose.
Mais revenez dans quelques jours, jusque là je travaillerai pour vous.
Adieu, ajouta-t-elle, en lui tendant la main.
Quand le comte revint, elle lui avait trouvé une place de directeur d'une manufacture de gaz, qui lui rapportait cinq mille francs par an. Maintenant il est employé supérieur d’un des principaux chemins de fer, marié à une gentille femme qui lui a apporté une dot de deux cent mille francs, et tout par les soins de la princesse.
Car elle aime à obliger.
La princesse Obtliiltl©.
Un jour l'empereur s était mis en tète de marier le gras prince.
Les rats de l'opéra et les dames d'un certain monde, que Dumas fils a baptisé du nom de demi-monde, pâlirent.
La rue Bréda, la place Saint-Georges, toutes les rues qui avoisinent l'église Notre- Dame de Lorette furent en émoi.
On voulait ravir à ces dames leur gros prince.
La brune Andalouse, aux longs cils voilant un regard de feu, courut chez son amie miss Ellah pour lui faire part du danger.
Vous pensez que ces dames aimaient le prince Plon-Plon?
Non, c’était lui qui les aimait.
Lui, d'ordinaire si avare, avait bourse ouverte pour elles.
Une campagne régulière fut organisée contre le mariage du prince, mariage qui avait son côté politique.
Mais l'empereur ou. plutôt l’impératrice tenait bon. •
Ils s’étaient mis en tète de marier leur cousin, dont la conduite commençait à devenir scandaleuse môme à une cour qui n'est pas trop prude quant à ce point.
Mais où Lui trouver une princesse?
Nous connaissons l’Odyssée matrimoniale du gros prince.
Nulle part on ne voulait de lui.
Ni sa figure, ni sa renommée n’avaient quelquechosc d’attrayant pour les princesses.
Enfin on trouva une pauvre jeune princesse qu’on sacrifia.
Tout cela est trop connu et nous nous sommes étendus là-dessus dans un autre petit ouvrage publié récemment pour n’en plus parler maintenant.
Vous pouvez vous imaginer quels furent les sentiments d’une jeune fille qui avait reçu une éducation presque claustrale lorsqu’elle entra au Palais-Royal et fit la connaissance d’une famille qui désormais devenait la sienne.
Elle pleura, et elle pleure maintenant encore.
Celle qui aurait dû être son guide dans sa nouvelle patrie avait un caractère diamétralement opposé au sien.
Aussi ne voit-on jamais la princesse Clothilde dans la rue de Courcelles.
Si la princesse Mathilde vient au Palais- Royal, ce n’est pas à cause de sa belle-sœur quelle y vient.
Un jour, il n’y avait que quelques semaines que la jeune femme était h Paris, elle vient au bras de son mari h une soirée que donnait sa belle-sœur.
Mais elle rougit en entendant les discours plus que libres qui se débitent ordinairement à ces soirées et qui sentent h dix pas le corps de garde.
Timide colombe, elle a aussitôt fui la société si contraire à celle quelle quittait dans sa patrie.
Elle l’a fuie pour n’ÿjamais plus retourner,
Elle visite de même les Tuileries aussi rarement que possible elle n’y vient que par obéissance à l’étiquette.
Quand on parle d'elle à la princesse Mathilde, celle-ci fait de la main un geste dédaigneux et dit :
Laissons la bégueule et allons nous amuser.
Quelquefois elle ajoute :
Voulez-vous croire qu’elle nourrit ellemême son enfant? A-t-oVi jamais vu une chose pareille?
On devient vieille.
La quarantaine passée, les années fuyent avec une rapidité inouïe
On ne le remarque pas, surtout quaqd les jours se ressemblent, comme c’est le cas chez la princesse.
Un beau jour ou plutôt un mauvais jour on remarque qu’on se fait vieux et on est tout étonné.
La princesse Mathilde vieillit aussi, et depuis quelques années à vue d'œil.
J’ai lu dans un ouvrage allemand que quarante ans sont lage critique de 1 homme et de la femme aussi.
Il y a des maladies qu’on pourrait nommer maladies de la quarantaine.
Vive Dieu! Est-ce vous, belle princesse,
que j’ai tant admirée lorsqu’on 1842 vous vîntes à Pétersbourg avec Mr. Démidoff?
Qu’avez-vous fait de votre bplle chevelure blonde.
Des années d'amours orageux l’ont fauchée, un gris traître se mêle au blond qui devient de jour en jour d’une couleur plus hasardée.
Votre teint est plus blanc maintenant.
Mais cette blancheur a quelque chose de factice, des veines d'un bleu tendre et mat n’en marbrent plus la surface, il y a du farineux et du velouté; on voudrait parier que les cosmétiques de Rowland et de Violet-Leduc ont passé par là.
L’incarnat pur et timide des joues a fait place à un rouge qui prend de plus en plus une teinte bleuâtre.
La taille ‘svelte et élancée a pris dés dimensions et une ampleur qui donnent à la princesse un faux air d’une bonne grosse maman venue de la province.
Il est vrai que les yeux ont du feu, mais
c’est un feu lascif et non pas celui dont brûlent les âmes pures.
Vous devepez vieille princesse.
Mais vos épaules sont toujours encore dignes du ciseau d'un grand sculpteur, mais vos traits ont encore gardé leur pureté antique.
Vous êtes toujours encore belle, chère princesse, mais vous devenez vieille.
Hélas , bientôt sonnera pour vous l’heure quand la femme doit renoncer à l’amour.
Ce sera une triste heure pour vous, et que vous restera-t-il alors?
Probablement, vous deviendrez dévote.
Car les extrêmes se touchent.
Aujourd’hui voltairienne, demain vous serez jésuite.
Et les pires jésuites sont ceux qui portent le cotillon.
Après avoir servi le diable on se jette dans les bras de Dieu.
Et l’église est toujours une distraction.
Vous deviendrez dévote, chère princesse, quoique vous en disiez maintenant.
Car, excuscz-moi cette comparaison, l’amour de Dieu ne vient ordinairement que quand le temps de l’amour humain est passé.
Pour ouvrir un salon d'esprit, comme feu madame Dudeffant ou la marquise de Créqui, il vous manque non pas l’esprit, mais bienlhabitude.
Et cette habitude ne vient pas quand on .
devient vieille.
Pour devenir une Ninon de l’Enclos, qui avait inspiré à son petit-fils un amour si fort qu’il se tua, il vous manque non-seulement le petit-fils, mais encore quelques autres qualités.
Ne nommez donc pas bégueule votre bellesœur, vous qui le deviendrez bientôt.
Peut-être l'abbé Coquercau vous convertira-t-il, dès qu'il sera cardinal ou pape.
Car il a le talent d’intrigue pour devenir ou l’un ou l’autre.
Ne frondez donc pas la tiare, ne riez pas des clefs de Saint-Pierre, il est probable que votre cousin, le fils de Lucien Bonaparte qui priait à la déesse Raison, ornera son front de l’une et portera les autres dans sa main.
Ou peut-être l’aumônier de la flotte serat-il pape, car il connaît le chemin d’Ancône.
Le bal Mabille, le Château des fleurs, feu le Prado vous connaissent, tandis que les églises sont pour vous une Amérique à découvrir.
Vous découvrirez cette Amérique ; et comme cela se voit chez toutes les converties, votre piété sera sans bornes.
Mais consolez-vous, il vous sera beaucoup pardonné.
Les mœurs sous l’empire.
Vive Dieu, s’amuse-t-on à Paris? !
Comme on s’y amuse !
Parbleu, partout, sur les boulevards comme dans les faubourgs, aux théâtres comme dans les églises.
Le luxe effréné qui traîne ses velours et ses dentelles dans la boue, et qui étale ses diamants avec insolence, était inconnue autrefois.
Vous me direz qu’on publiait autrefois des lois somptuaires.
Vous direz encore que le prétexte de la première révolution, de la grande, car les autres n’en étaient que des copies sans but ni portée, — que le prétexte de cette révolution était un petit déficit insignifiant.
Et que maintenant presque tous les États en ont d’immenses.
— fSi —
Bah ! Nous ne sommes plus au dix-huitième siècle qui portait des ganaches.
Nous sommes maintenant à la hauteur du dix-neuvième, le siècle des inventions par excellence.
Notre siècle a beaucoup inventé :
L’électricité,
Lgs télégraphes,
Les chemins de fer,
Les clysopompes,
Les crinolines,
L’élixir Raspail.
Mais la plus grande invention do notre siècle a été, sans contredit, non pas :
Le ballon Géant, de Nadar?
Ce humbug en soie fîccllée?
Non, Messieurs et Mesdames, non, la grande science :
La science des sciences.
L’économie politique.
C’est la pierre philosophale de nos temps.
Car elle nous épargne non-seulement la
peine et les alambics pour transformer de vils métaux en or, mais elle prouve aussi sûr que deux et deux font quatre :
La grande vérité!!
Que plus un état ou une ville ont de dettes, plus ils sont riches ! !
C'est-à-dire, en d autres mots, que :
Plus ils ont de déficit dans le budget, plus ils prospèrent.
On dit que les hôtes involontaires de Clichy avaient proclamé par acclamation cette grande découverte, mais ils se trompaient, les pauvres niais, car la vérité n’est lias pour eux, qui ont des centaines, des milliers, voire même des centaines de milliers de dettes; non elle est faite au profit des États et des villes qui en ont des centaines de millions.
Mr. Hausmann profite de cette invention pour embellir Paris en l’appauvrissant...
Vous vous écrirez peut-être à ce mot.
Mais la chose est bien simple.
Le luxe et la misère vont toujours de pair.
Côte à côte des riches lords nobles et cotonniers, vous voyez une majorité qui se meurt littéralement de faim.
1 Dieu soit loué, en France, où les fortunes sont mieux réparties, nous ne voyons pas encore ce spectacle triste et navrant, mais l’époque n’est pas éloignée que nous le verrons à Paris, si le règne du préfet-démolisseur continue encore quelque temps.
Dans les environs des Halles plus de 500 maisons seront rasées au moment quand cet opuscule paraîtra.
Maisons habitées par 10,000 familles ou environ.
40,000 personnes ! ! ! !
Si on compte une moyenne de 4 personnes par famille.
Et pourquoi démolit-on ces maisons??
Pour changer ce quartier industriel en quartier de luxe.
Et pour atteindre ce buton met 40,000personnes suf le pavé !
Mais c’est la population d'une ville entière !
Parbleu, Monsieur Hausmann n’y va pas de main morte.
Nomina sunt omina
dit un proverbe latin.
Hélas ! il n’est que trop vrai souvent.
Haus, veut dire, en allemand, maison, et mann, homme.
Et cet homme démolit le vieux Paris, pour occuper la populace qui s’y agglomère, attirée par l'appat du gain.
Dans cette tâche il est secondé par son digne cousin, le cidevant capitaine de dragons à Colmar, M. Boitelle.
Si nous voulions faire encore un mauvais calembourg, nous dirions :
Pourquoi la France boit-elle le calice pernicieux et énervant que ces deux cousins lui présentent?
Car l’embellissement (! ? !) de Paris ruine la France.
Le plus triste héritage que la première révolution, celle de 1789, nous ait . laissé est la centralisation.
La province est ruinée par Paris.
Mais Paris aussi devient pauvre.
Comment? direz-vous, en s’étonnant du luxe qui vous environne.
Mais la chose est très-simple.
En rasant par dizaines et centaines les maisons dont la construction a coûté des millions, et dont la reconstruction en coûtera encore plus, on ôte ces millions au commerce et à l’industrie, pour les enfouir dans la terre.
Ces millions qui circulaient dans 1 industrie, dans le commerce, sont pour longtemps perdus pour les industriels.
Mais en perdant une partie de ce qui faisait leur revenu, ces mêmes industriels sont forcés d’échanger leurs logements modestes contre des logements luxueux qui se payent non-seulement beaucoup plus cher, mais dans lesquels on a aussi besoin d’un ameublement de luxe, nouvelle dépense, nouvel argent perdu à l'industrie.
Dans un logement luxueux entre aussi une vie de luxe.
L’industriel ne trouve aucun équivalent pour cette vie de luxe, au contraire, la concurrence et d’autres causes très-palpables font que les affaires vont de jour en jour plus mal.
Les denrées aussi deviennent de jour en jour plus chères à Paris.
Et ce ne sont pas ces bàtises de luxe qui les feront descendre en prix.
Paris ne peut pas abaisser l'octroi qui pèse sur les vivres.
Au contraire, il doit inventer de nouveaux impôts pour satisfaire à scs besoins et combler le déficit qui ronge son. budget, car les intérêts seuls que la ville a à payer pour scs dettes absorbent la majeure partie de ses revenus.
Vous direz que l'industriel peut chercher un logement modeste, ou bien aux faubourgs ou dans les villes adjacentes dont les voies ferrées font des faubourgs.
Je ne vous contredis pas, car cela se voit h Londres. . 1
Mais pensez ce que coûte à l'industriel la
perte de temps quand il demeure loin du centre de ses affaires?
Et combien doit-il gagner, s’il doit payer 50,000 jusqu’à 100,000 francs de loyer pour son magasin?
A Paris tout le monde se ruine peu à peu, l’employé comme l’industriel.
Le luxe a été la ruine de Rome et de Constantinople, il le sera aussi de Paris.
Car Paris est ce qu’étaient autrefois Rome et Constantinople.
Nous aimons Paris et la France.
Un long séjour nous en a fait une seconde patrie.
C’est pourquoi le spectacle que nous avons sous nos yeux, nous afflige profondément.
Quels mœurs! Quelle littérature!
Que dit l’Europe, que dit le monde, en lisant des œuvres comme le Supplice d’une femme ou Henriette Maréchal.
QEuv res qui peignent ou qui ont la prétention de peindre les mœurs de la capitale.
OEuvres qui sentent leur cloaque à cent pas.
Et il y a des gens qui vont voir et applaudir ces avortons d’une cervelle malade ou gangrénée.
Dernièrement un censeur tirait son crayon rouge sur le petit dialogue suivant, dans un tout petit vaudeville :
Que faites-vous k Vichy? demandait un interlocuteur.
Je m’ennuie, répondait l’autre.
Gomment peut-on s’ennuyer dans une ville, où l’empereur va chaque année passer quelque temps? fut la remarque du très-spirituel censeur de l’art dramatique.
Connaissez-vous son nom ?
Moi je ne le connais pas, hélas ! car je l'aurais nommé pour transmettre le nom de cet àne bâté à la postérité.
Et ces messieurs permettent de représenter les Filles de marbre, et Henriette Maréchal.
Mais n’ont-ils ni des femmes, ni des filles, ni des fils?
Et s’ils n’en ont pas, ils ont du moins eu :