‹ La princesse Mathilde, sa vie et ses amisChapitre 8 sur 22 · Nieukerke · texte numérisé non relu

Nieukerke

garder pour soi un billet de cet ordre et de le plier discrètement? Que fait ce majestueux dignitaire dont toute la surface resplendit des témoignages d’estime de toutes les puissances de l’Europe? Il lit à haute voix — comme s’il était seul avec lui-même, pris par une distraction bien naturelle — ce billet qui révèle la vie la plus intime de la Princesse. Et devant qui? Devant l’homme qu’il sait le plus avide de nouveautés, de propos et de secrets....

Comme par négligence il en livre tous les détails, ainsi qu’il laisserait tomber à ses pieds les reliefs d’un repas pour son chien. Mais attendons.... Peccadilles que ceci, à côté de ce qui va suivre : Cette indiscrétion grossière qui dévoile la vanité d’un homme, bassement glorieux d’une conquête, n’est que le prélude d’un fait minuscule qui révèle mieux encore.

Le Surintendant s’arrête au milieu de sa lecture. Il interrompt ce certificat de confident et d’amant qu’il vient de se donner. Il sonne, demande à son secrétaire de faire monter dans son cabinet une belle jeune fille, copiste à la galerie du Louvre qui, naturellement, est son obligée en plusieurs choses. Il tient, devant Viel-Castel, à montrer qu’il a ses faveurs — en supplément des autres — et qu’il est le maître de cette innocence. Qu’il trahit enfin. N’est-il pas assez beau pour avoir ce droit?

Le comte de Viel-Castel a raconté à beaucoup de monde cette scène avec la netteté d’un procès-verbal d’huissier. Il a bien vu. En ce seul trait il a découvert le manège de ce séducteur. Il n’a pas pour lui la fantaisie pathétique d’un Don Juan, mais seulement la pesante puissance d’un fonctionnaire, « ami de la patronne , » et qui commande, à plusieurs services, des demoiselles subordonnées.

Ce trait est conté sobrement par le « monstre. » Il ne s’en indigne pas. Il constate. C’est assez pour édifier les plus aveugles sur le plastron de cet homme constellé.

« Que faut-il de plus pour plaindre la Princesse, » dit un autre témoin de cette vie privée, « que de voir arriver chez elle cette lourde artillerie ? C’est payer bien cher une erreur du passé. De loin déjà l’on voit qu’il1 se pose en bénéficiaire principal, en associé du logis. Encore un peu, traînant ses babouches rouges et drapé dans une robe de chambre turque,

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