‹ La princesse Oghérof (volume 2)Chapitre 3 sur 6 · XX · texte numérisé non relu

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Cet hiver-là fut triste pour tout le'moiide. Utt.jJéoQ de cour empêchait les hais : re&taieivt Ie,s concert» et les raouts, distractions essentiellejnent maussades quand on les prend à haute dose. Marthe se harrica<** dait dans son orgueil; sa santé 4écliiiaii ti^blement; Michel tÂchait d'ouhlier, -«» et le prince di}]V9nait mé* lancolique. . • v ; . . *

Son souci» à lui, ëliit ^*unf espë<i€ toute 'par|ic«iliëre. Un maquignon, avec lequel il avait fait plus d*une affaire, s*était sotTdalnement trouvé en grand besoin d'argent : la vente d*un haras 9uperbe était annoncée, et ledit maquignon, voulaat faire vne affaire d*or, s'était adressé au prince, *

— Prétez-moi dix mille roubles, Votr<9 Altesse, tai avait-il dit. . "

A ce mot, Oghérof, qui donnait à teut venant, mais qui n*était pas plus préteur que la fourmi, avaît pris un visage si sévère que le maquignon s'était hâté d'ajouter :

— Voici le marché que je vous propose, Votre Altesse : j'ai six chevaux de race qu'on m'a beaucoup

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demandés, mais dont je ne veux pas me défaire en faveur du premier venu. Prenez-les en garantie, ils valent deux fois ce que je vous demande. Venez les voir plutôt! Gardez-les dans votre écurie, servez-vousen» faites-en tout ce que vous voudrez; jusqu*à ce que |e revienne, et je vous rapporte votre argent au bout de deux mois^ tivéc uii. poulain, de deux.ans pour les intérêts.

* ^-^ J'ai des' chevaux. Qu'est-ce que tu veux que je fasse .des tiens ? repartît Oghérof ébranlé.

— *Vendez les vôtres, * je vous en fournirai bien d'aussi bons! Vene$ toujours voir mes six bétes, et, si vous les trouvez vilaines, mettez que je n'aie rien dit.

, Le comte -Garoutihe me l&s prendra à de meTUeures

. Conditions, -mais J'aimerais mieux voift le^ donner, ^parce que v6u3 êtes si bon cennàisseur...

Le pi^nce alla, voiries animaux qui étaient vraiment superlies, marchanda iiir peu, et, le soir même, huitwille/oubles quittaient son portefeuille en même

- temps (|ue les six chevaux s'installaient dans ses écuries. • ■ ' '

MsA$ toiit ne se, trouva pas avantageux dans ce marjché. Le plus vie^ iles six chevaux n'avait pas quatre ans. \tdL premi'èrt fois qu'on attela la paire de trot-

, teurs, ils sortirent si brusquement de la porte co- , chère, que le timon de la calèche entra dans une voiture qui passait paisiblement, roulant un vieux sénateur vers sa chaise curule. La voiture fut endommagée, le sénateur aussi, — et Oghérof, après avoir

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fait réparer la Vpitùce^à $es ffais^ fut, encore obligé de faire une douzaine de visités ap malade, qui ne le vit pas une fois sans lui reprocher la turbulence de son attelage.

La seconde fois qu^on les fit sortir, ces aimables bêtes prirent le mors aux dents et allèrent briser un réverbère sur la place d^Isaac. La calèche, par contrecoup, fut réduite en miettes, si bien que le prince trouva plus économique d'en acheter une autre que de faire réparer celle-là.

Les sorties suivantes furent agrémentées d'inddents si nombreux et si variés, que Marthe déclara à son mari sa résolution d'aller à pied plutôt qu6 de se servir de ces admirables animaux. Oghérof fut réduit à acheter pour sa femme une faire de vieuf chevaux de réforme. ' * *

Les quatre autres ohevaux n^eurent pas pluâ dé chance. L*un d'eux, un cheval de selle, se mit à boiter sans cause appréciable. Le quatrième ruait si fort, que les cochers renoncèrent à le conduirer. Les deux derniers ne voulurent jamais se laisser atteler ensemble.

— Et si tu savais comme ils mangetitl disait Oghérof à Michel, qu'il avait rencontra à ta Perspective. Jamais je n'ai vu des chevaux manger comme ^a I Jl» deviennent féroces, à ne rien faire, et j'ai engagé deux palefreniers de plus pour les promener à la main, sans quoi ils casseraient tout. i

-— Et ton maquignon?

— Voilà cinq mois qu'il est parti, et je n'ai pas de

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ses nouvelles. Je craint bien d*jivoir iait un mauvais calcul, ajouta Ip prince soucieux , — car je n*ai pas le droit de les vendre, et ils me coûtent gros comme eux d*entretien ! Mauvaise affaire !

* — Elle ne me parait pas bien bonne, en effet, dit Michel, qui ne put s*empécber de sourire.

— Non. Mais cela ne m'étonne pas, continua le prince : je n'ai jamais eu de chance, moi.

La veille, à Theure ordinaire de sa visite, Oghérof avait trouvé un diplomate inconnu dans le salon de la diva brune qui recevait pour lors ses hommages, . et le diplomate, au lieu de prendre congé, s'était trouvé retenu par la diva, tandis qu'Oghérof avait dâ lui céder la place. Là-dessus, querelle et rupture.

NoQ^ le prince n'avait véritablement pas de chance.

y— Viens diner avec nous, dit-il à Michel d'un air pi&AiXi sans lui révéler toutefois sa principale mésa* venture.

.Ce n'était pas à Michel ^u'on pouvait raconter ces choses-là; •— il n*y entendait rien, d'abord I

— Non, merci, répondit Avérief, je dine chez ma tante.

?' — Mais tii le fais donc exprès» de dîner chez ta \ tante, toutes les fois que je t'invite !

— Non, je ne le fais pas exprès, dit Michel riant malgré lui ; mais, tu l'as dit, mon pauvre ami, tu n'as pas de chance.

Et vraiment, cette année-là, l'hiver ne fut pas gai pour Oghérof

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Lé ^riirtenfp« viirt poortent, «a bout de ce long biver attristé* Marffie ne prit point soq plaisir accoutumé à voir les fesilles se dérouler sur les brancbes noires ; elle ne se souciait plus guère de la nature.

A la voir si blincbe.ët si çiorose, quelques-uns l'avaient crue pdltrinatre f 3e cbaritables conseils mirent la mort dans Fâme à M. Hilaguine , qui consulta trois médecins, épuisa leur patience à tous les trois, et finit par déclarer à Martbe quMl ne la quitterait plus avant son complet rétablissement.

Un voyage à l'étranger fut conseillé, accepté, organisé en quelques jours.

Oghérof laissa partir sa femme avec une grandeur d*âme qui cachait complètement la douleur du sacri* fice. Et de fait, il n^avait pas besoin de la présence de Martbe pendant Tété, puisqu'il était au camp, occupé des manœuvres... et de la troupe russe engagée au tbéàtre de Krasnoé-Sélo.

La seule personne qui fit quelque résistance fut Nastia. Ce voyage, dont elle avait parlé pendant toute son enfance, lui faisait maintenant Teffet d'un eaucbemar; sa bonne bumeur avait disparu; elle grognait à tout propos contre les malles^ contre les robes, contre les cbemins de fer et les bôtels, — le tout en expectative, — comme si elle eût connu par une expérience de vingt ans les mécomptes de la vie de voyage.

— On serait si bien aux Iles, disait-elle, ou à Tsarskoé-Sélo, dit-elle un jour.

£A PàtNCésSft OGHÉROF. ^ . 171

Pauline la regarda fixeineut et soliril â*uD air fin.

— Quelle di'^e d*idëe! murmiira* Marthe» passive et indolente commiB elle' Tétait* depuis quelque temps.

— Enfin, gronda M. Milaguine soi^ des bornes de sa patience moutonnière, on dirait que tu n*aimes pas ta sœur, que tu lui regrettes ce voyage dont elle a besoin pour guérir. Qu'ont-ils donc de si attrayant les environs de Pétersbourg, que tx^ les préfères à la vie de Marthe?

Nastia se jeta dans les bras de la princesse en pleurant si fort, qu'on eut tontes les peines du monde à Tapaiser.

Avant de partir, elle eut Part de se faire inviter à passer un dimanche- à Tsarskoé-Sélo, chez madame Avérief, qui s'attachait da plus en plus à elle. Cette grande fillette de qqinzemns l'amusait : son babil et les taquineries qu'elle ne cessait d'échanger avec Serge Avérief rajeunissaient la grande maison sévère. * i •

En revenaill, le soir, contre sa coutume elle fut sérieuse et muette; ses yeux brillaient comme des diamants pendant qu'elle attendait le train sur la plateforme...

> M. Milaguine, qui était venu la chercher, causait avec Michel dans la demi-obscurité. Nastia passa son bras sous celui de Serge, qui les avait accompagnés.

— Quatre mois, murmura-t-elle, c'est long!

— Bah! reprit-il, les manœuvres, mon uniforme.

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les présentations et l'exercice, — car je serai ofBcier quand vons reviendrez , mademoiselle ! . . .

Elle.Ie regarda en souriant, les yeux pétillants de joie et d'orgueil. ,

— Et pour vous le Tyrol, les chamois, les broderies suisses et les petites montres. |

— Fi , le méchant ! interrompit-elle en lui frappant le bras du manche de son ombrelle.

Le train s*arrêta devant eux.

— Adieu, monsieur, dit Serge à M. Hilaguine, buu voyage... Au revoir, Anasta^ie Pavlovna, dit-il cérémonieusement à Nastia.

Celle-ci lui répondit d'un signe de iéie, et ne 'dit plus rien jusqu'à Pétersbourg.

Les quatre voyageurs, — Pauline Hopfer était du voyage, — remplirent consoiencieusement leur devoir pendant les quatre mots d'été : Marthe absorba d'incalculables quantités d^eaux minérales, fit d'interminables promenades à pied, toujours indolente,— toujours pâle , — et ne retrouva un peu de vie qu'en Suisse. L'air des montagnes lui fouettait le sang. ^

Elle resta un mois à Genève. Elle aussi , elle eut la tentation du Mont-Blanc. Elle passa aussi des heures à le regarder.

Elle voulut aller à Chamounix; — ses désirs étaient des ordres. Quand elle y fut, et qu'elle vit le Mont- Blanc en face, elle eut peur, — peur de l'énorme masse blanche; elle eut le vertige du gouffre et du glacier sans les avoir abordés, et elle retourna à Genève,

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