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Cet hiver-là fat triste pour tout le^monde. Uû.^^w de cour empêchait les bals : re^taieiU les concerts et ' . les raouts, distractions essentiellement maussade^ ' quand on les prend à haute dose. Marthe se barrica* dait dans son orgueil; sa santé 4éclifiaii ti^blement ; Michel tâchait d'oublier^ -«- et le prince d^vmait mé* « * lancolique. * v : . *' ,
Son souci, à lui, étiit 4*un^ espète toute pai^icci* lière. Un maquignon, avec lequel il avait fait plus d*une affaire, s'était soifdainement trouvé en grand besoin d'arg^it : la vente d'un haras «uperbe était annoncée, et ledit maquiguon, voulaat faire v^e affaire d'or, s'était adressé au prince, *
— Prêtez-moi dix mille roubles, Votr(? Altesse, lui avait-il dit. . -
A ce mot, Oghérof, qui donnait à tout venant, mais qui n'était pas plus prêteur que la fourmi, avaît pris un visage si sévère que le maquignon s'était hâté d'ajouter :
— Voici le marché que je vous propose, Votre Altesse : j'ai six chevaux de race qu'on m'a beaucoup
demandés, mais dont je ne veux pas me défaire en faveur du premier venu. Prenez-les en garantie, ils valent deux fois ce que je vous demande. Venez les voir plutôt! Gardez-les dans votre écurie, servez-vousen, faites-en tout ce que vous voudrez; jusqu'à ce que |e revienne, et je vous rapporte votre argent au bout de deux mois^ Itvéc uii poulain, de deux.ahs pour les intérêts.
• -*- J'ai des" chevaux. Qu'est-ce que tu veux que je fasse .des tiens ? reparte Oghérof ébranlé.
— 'Vendez les vôtres, 'je vous en fournirai bien
d'aussi bons! Vetie^ toujours voir mes six bétes, et, si
vous les trouvez vilaines, mettez que je n'aie rien dit.
. Le comte CîaroQtihe me lé^ prendra à de meTUeures
conditions, *mais f 'aimerais mieux voiA le^ donner,
Iparce que vou^ êtes si bon connaisseur...
Le prince alla, voiries animaux qui étaient vraiment superbes, marchanda mïX peu, et, le soir même, huit^mille^roubles quittaient son portefeuille en même temps ifue les six chevaux* s'installaient dans ses écuries. ♦ * '
Htals tout ne se .trouva pas avantageux dans ce marjché. Le plus vie^^ lies six chevaux n'avait pas quatre ans. La première fois qu'on attela la paire de trot- . teurs, ils sortirent si brusquement de la porte co- , chère, que le timon de la calèche entra dans une voiture qui passait paisiblement, roulant un vieux sénateur vers sa chaise curule* La voiture fut endommagée, le sénateur aussi, — et Oghérof, après avoir
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] fait réparer la Vpitûcfi* à $es ffais^ fut,encore obligé de faire une douzaine de visités ap malade, qui ne le vit pas une fois sans lui reprooher la turbulence de son attelage.
La seconde fois qu*on tes fit sortir, ces aimables bétes prirent le mors aux dents et allèrent briser un réverbère sur la place d*Isaac. La calècbe, par contrecoup, fut réduite en miettes, si bien que le prince trouva plus économique d^en acheter une autre que de faire réparer celle-là.
Les sorties suivantes furent agrémentées d*incSdents si nombreux et si variés, que Marthe déclara à son mari sa résolution d'aller à pied plutôt qu6 de se servir de ces admirables animaux. Oghérof fut réduit à acheter pour sa femme une faire de vieuj^ chevaux de réforme. ' • *
Les quatre autres ohevaux n^eurent pas pluâ de chance. L*un d'eux, un cheval de selle, se mit à boiter sans cause appréciable. Le quatrième ruait si fort, que les cochers renoncèrent à le conduirer. Les dèuxderniers ne voulurent jamais se laisser atlêler eu^mble.
— Et si tu savais comme ils mangeiit! disait Oghérof à Michel, qu'il avait rencontrÀ à la Perspective. Jamais je n'ai vu des chevaux manger comme ^a I Ils* deviennent féroces, à ne rien fairtf, et j'ai engagé deux palefreniers de plus pour les promener à la main, sans quoi ils casseraient tout. i
-— Et ton maquignon?
— Voilà cinq mois qu'il est parti, et je n*ai pas de
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ses noavelles. Je craint bien d'iivoir iait au mauvais calcul, ajouta l^ prince soucieux , — car je n'ai pas le droit de les vendre, et ils me coûtent gros comme eux d'entretien ! Mauvaise affaire I * — Elle ne me paraît pas bien bonne, en effet, dit Micbel, qui ne put s*empécher de sourire*
— Non. Mais cela ne m*étonne pas, continua le prince : je n'ai jamais eu de chance, moi.
La veille, à Theure ordinaire de sa visite, Oghérof avait trouvé un diplomate inconnu dans le salon de la diva brune qui recevait pour lors ses hommages, . et le diplomate, au lieu de prendre congé, s'était trouvé retenu par la diva, tandis qu'Oghérof avait dâ lui céder la place. Là-dessus, querelle et rupture. Non^ le prince n'avait véritablement pas de chance. ^ Viens dîner avec nous, dit-il à Michel d'un air pii0U](, sans lui révéler toutefois sa principale mésaventure.
.Ce n'était pas à Michel ^u'on pouvait raconter ces choses-là; -— il n*y entendait rien, d'abord !
— > Non^ merci, répondit Avérief, je dîne chez ma tante.
^' — Mais iu le Sais donc exprès^ de dîner chez ta : tante, toutes les fois que je t'invite !
— Non, je ne le fais pas exprès, dit Michel riant malgré lui; mais, tu l'as dit, mon pauvre ami, tu n'as pas de chance.
Et vraiment, cette année-là, l'hiver ne fut pas gai pour Oghérof
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Lé privtient^% viirt pOQrttnt, m bout de ce long hiver attristé* Martfie Qe prit point soq plaisir accoutumé à voir les feuilles se dérouler sur les branches noires ; elle ne se souciait plus guère de la nature.
A la voir si blanche. et si qiorose, quelques-uns Pavaient crue pctftrinftire f 9e charitables conseils mirent la mort dans Tâme à M. Hilaguine, qui consulta trois médecins, épuisa leur patience à tous les trois, et finit par déclarer à Marthe qu'il ne la quitterait plus avant son complet rétablissement.
Un voyage à l'étranger fut conseillé, accepté, organisé en quelques jours.
Oghérof laissa partir sa femme avec une grandeur d'âme qui cachait complètement la douleur du sacrifice. Et de fait, il n'avait pas besoin de la présence de Marthe pendant l'été, puisqu'il était an camp, occupé des manœuvres... et de la troupe russe engagée au théâtre de Krasnoé-Sélo.
La seule personne qui fît quelque résistance fut Nastia. Ce voyage, dont elle avait parlé pendant toute son enfance, lui faisait maintenant l'effet d'un cauchemar ; sa bonne humeur avait disparu ; elle grognait à tout propos contre les malles, contre les robes, contre les chemins de fer et les hôtels, — le tout en expectative, — comme si elle eut connu par une expérience de vingt ans les mécomptes de la vie de voyage.
^ On serait si bien aux Iles, disait-elle, ou à Tsarskoé-Sélo, dit-elle un jour.
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Pauline la regarda fixement et sourit d*un air fin.
— Quelle dt^le d'idée f murmura* Marthe, passive et indolente coinmjB elle* Tétait* depuis quelque temps.
— Enfin, gronda M. Milaguine sorti des bornes de sa patience moutonnière, on dirait que tu n'aimes pas ta sœur, que tu lui regrettes ce voyage dont elle a besoin pour guérir. Qu'ont-ils donc de si attrayant les environs de Pétersbourg, que tu les préfères à la vie de Marthe?
Nastia se jeta dans les bras de la princesse en pleurant si fort, qu'on eut toutes les peines du monde à l'apaiser.
Avant de partir, elle eut l'art de se faire inviter à passer un dimanche à Tsarskoé-Sélo, chez madame Avérief, qui s'attach^iit de plus en plus à elle. Cette grande fillette de quinzoHtns l'amusait : son babil et les taquineries qu'elfe ne cessait d'échanger avec , Serge Avérief fajèunissaient la grande maison sévère. ' * •
En revenaill, le soir, contre sa coutume elle fut sérieuse et muette; ses yeux brillaient comme des diamants pendant qu'elle attendait le train sur la plateforme...
• M. Milaguine, qui était venu la chercher, causait avec Michel dans la demi-obscurité. Nastia passa son bras sous celui de Serge, qui les avait accompagnés.
— Quatre mois, murmura-t-elle, c'est long !
— Bah! reprit-il, les manœuvres, mon uniforme.
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les présentations et texercice, — car je serai officier quand vous reviendrez , mademoiselle!...
Elle. le regarda en souriant, les yeux pétillants de joie et d'orgueil. i
— Et pour vous le Tyrol, les cbamois, les broderies suisses et les petites montres. >
— Fi, le méchant! interrompit-elle en lui frappant le bras du manche de son ombrelle.
Le train s'arrêta devant eux.
— Adieu, monsieur, dit Serge à M. Milaguine, bou voyage... Au revoir, Anasta^ie Pavlovna, dit-il cérémonieusement à Nastia.
Celle-ci lui répondit d'un signe de tête, et ne 'dit plus rien jusqu'à Pétersbourg.
Les quatre voyageurs, — Pauline Hopfer était du voyage, — remplirent consoiencieusement leur devoir pendant les quatre mois d'été : Marthe absorba d'incalculables quantités d^eaux niinérales, fit d'interminables promenades à pied y toujours indolente,— toujours pâle , — et ne retrouva vn peu de vie qu'en Suisse. L'air des montagnes lui fouettait le sang.
Elle resta un mois à Genève. Elle aussi , elle eut la tentation du Mont-Blanc. Elle passa aussi des heures à le regarder.
Elle voulut aller à Chamounix; — ses désirs étaient des ordres. Quand elle y fut, et qu'elle vit le Mont- Blanc en face, elle eut peur, — peur de Ténorme masse blanche; elle eut le vertige du goufire et du glacier sans les avoir abordés, et elle retourna à Genève,