CHAPITRE IV
Caïautcamie on gonvernemeni ialérimaire.
CAIMÂCAMIE OU GOUVERNEMENT INTERIMAIRE.
La destitution du Hospodar Ghyka, quoique prévue et attendue par tous ceux qui, s'occupant des affaires des Principautés, en remarquaient la marche malheureuse, étonna cependant le pays. Alors seulement on •s'aperçut, que si quelques abus s'étaient glissés dans son administration , il n'y avait personne qui pût les attribuer au chef même de l'État, mais bien à ces mêmes hommes qui le renversaient et qu'il avait eu la
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faiblesse de laisser impunis; que quelles qu^eussent été d'ailleurs ses fautes et ses erreurs, il n'avait point exercé de vengeances, ni compromis par ses mœurs la tranquillité des familles; qu'il était enfin et sans conteste, le moins mauvais Hospodar que la Yalachie aurait pu se donner, relativement aux autres boyards qui allaient s'acharner sur son héritage. Nous remarquerons d'ailleurs ici, à propos du firman de sa destitution, gue les deux hautes Cours, en ne faisant point constater juridiquemeftt lesabus relatés dans l'Adresse, et en ne faisant point châtier le Hospodar qui les aurait commis, ou ses ministres et les hauts fonctionnaires en place sous son administration qui auraient été ses complices, en étendantenfin sur eux tousune généreuse clémence, ont donné lieu d'espérer à l'administration qui lui succédait qu'elle serait de même couverte, en cas de chute, par cette même clémence généreuse^
L'Assemblée extraordinaire qui allait élire le nouveau Hospodar avait à se* prononcer sur trente-sept candidats, réunissant les qualités voulues par le Règlement Organique. Nous ne nous attacherons point ici à détailler les passions que fit naître cette concurrence nombreuse. Dans tous les pays, et en pareille occurrence, la moralité des moyens est plus ou* moins douteuse. Mais ce que nous devons remarquer, c'est que les trois autorités, le Gouvernement Provisoire, le Métropolitain et le Consulat, qui avaient à se
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concerter, afin que les dispositions du Règlement Organique fussent strictement observées, soit dans la formation des listes d'électeurs de candidats, soit pour le mode du vote, ont abandonné le terrain légal, et adopté des mesures arbitraires qui ont puissamment contribué au résultat de l'élection. Nous n'ignorons point que ces mesures ont reçu depuis la sanction du ministère Impérial, auquel certainement M. Daschkoff aura présenté la chose sous un jour légal; mais il n'en reste pas moins prouvé que l'élection, malgré le vœu du ministère Impérial et les ordres positifs de l'empereur, a été entachée de vices de forme graves, qui la rendent nulle aux yeux du pays. En effet, comment expliquer l'exclusion, comme électeurs et candidats, de trois boyards qui réunissaient toutes les qualités voulues par la loi, et l'admission au contraire, aux mêmes titres, de deux autres boyards qui n'avaient pointées qualités? ' Pourquoi modifier le mode établi par le Règlement Organique, au sujet du vote, sousle vain prétexte qu'en suivant ce mode légale l'Assemblée électorale siégerait une couple d'heures de plus ou de moins ? et pour quel motif permettre que les députés s'écartent de la prescription impérative de la loi, qui les astreint à un silence complet au moment du vote,
< Les deux frères Nicolas et Constantin Soutzo, ainsi que M. Kimpiniano, ont été exclus ; Mltf. Villara et Bibesko ont été admis.
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et leur défend de se mêler entr'eux, de lier des conversations, et de quitter même les places qui leur sont assignées» si ce n'est pour aller déposer leur vote, et y retourner, jusqu'au terme du scrutin ? On n'est pas à savoir que les plus légères infractions ont des conséquences graves en matières électorales. Mais ici ce ne sont plus de légères infractions; ce sont les bases principales, sur lesquelles se fonde la loi pour présumer la libre expression du vœu des électeurs, qui ont été détruites. Les sages observations du Métropolitain ne furent point écoutées, parce que le Consulat agissait uniquement sous l'influence de MM. Villara et Bibesko qui insinuaient les mesures les plus propres à faire réussir leurs projets.
L'instruction du cabinet Impérial qui recommandait la candidature des deux frères, MM. Stirbey et Bibesko, et qui invitait ces deux boyards à ne se point combattre l'un l'autre afin de rendre plus sûre l'élection de l'un des deux, parvint enfin au Consulat vers les derniers jours qui précédèrent la réunion de l'Assemblée électorale. Cette instruction très-courte n'était point impérative ; elle ne donnait aucun droit à M. Daschkoff de forcer le vote des électeurs, de menacer l'évéque de Bouzéo, et de faire entendre au Métropolitain qu'il lui donnerait l'ordre écrit de voter dans ce sens. C'était simplement une recommandation surprise au ministère Impérial par les intrigues inces-
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santés des deux frères, qui depuis longtemps visaient à renverser le Hospodar Ghyka, et circonvenaient la haute société de Saint-Pétersbourg, en déplorant les malheurs supposés de leur patrie, et en protestant de leur dévouement à la Russie. Ce dévouement, dans la pensée du ministère Impérial, n'a jamais signifié autre chose que promesse de bien gouverner le pays et de contribuer à sa prospérité, unique intérêt de l'Empereur dans les Principautés, et seul service que laRussie attende des boyards valaques qu'elle a voulu cî^^' ser et rendre à la grande société européenne. Si cabinet Impérial avait pu savoir, alors qu'il se décidaità adresser cette instruction, que ce dévouement desdeux frères serait bientôt traduit en ruine complète des réformes, et en réintroduction des abus monstrueux qui avaient naguère éveillé sa pitié, et lui avaient fait acheter partant de sacrifices le droit deles faire cesser, il se serait bien gardé de remettre au Consulat cette arme dangereuse, qui a d'ailleurs servi au moins recômmandable des deux frères, malgré la parité de situation qu'elle leur faisait. Quoiqu'il en fût, et malgré les efforts du Consulat, il n'y avait pas encore certitude de réussite. Un avis avait bien été ouvert, mais il était si odieux qu'on hésitait à l'adopter. On finit par s'y rendre: c'était de faire enrégimenter par M. Villara tous ceux qui, parmi les électeurs, lui avaient servi à diverses époques d'instruments pour
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ses malversations, et de peser de tout son poids avec cette masse de votes contre tous les candidats autres que M. Blbesko, en promettant à cette nouvelle espèce de janissaires civils la curée des emplois publics, si celui-ci parvenait au Hospodarat, promesse trop bien tenue dans la suite, et qui a misla Yalachie à ladiscrétion de cette bande notre qu^on avait pu croire à jamais terrassée et vaincue par les réformes et la ferme administration du comte Kisseleff. M. Daschkoff, en permettant l'emploi de cet odieux moyen, en avait-il prévules conséquences? C'était une véritable réaction qu'il préparait contre les travaux admirables de TÂdministration Provisoire. Le parti de la rapine et de la corruption s'entendantavecle Consulat, pour prendre sa revanche contre les traités qui l'avaient anéanti, pour se créer luimême son gouvernement, et élever ses chefsreconnus sur le pavois, c'était là une monstruosité incroyable ! Si le ministère Impérial eût été bien informé, son opinion si favorable sur le compte de M. Bibesko se serait singulièrement modifiée, du moment que celuici, pour escalader le pouvoir, se faisait pousser par M. Yillara et ses recrues. En effet, sous des dénomina- * tions différentes, le parti des anciens Yalaques, et le parti qui se fait appeler patriote ne font qu'un. Lorsqu'il suit M. Yillara, il prend la première qualification; lorsqu'il se laisse guider par M. Bibesko, il s'emparede la seconde. Mais les hommes sont toujours les mêmes, eties
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vœuxsont idenUqaes. Remettre les choses sur Fancien pied, vivre dedésordre etde pillage, repousser la protection russe, sous prétexte d'indépendance, mais en réalité pour récupérer, ce que TÂdresse au Hospo* dar Ghyka n'avait pas assez dissimulé, l'héritage de ses pères; dépouiller Téglise et les monastères grecs; abattre Tinfluence de la majorité de la haute noblesse qui, éclairée par Texpérience et par la sagesse deTÂdministration Provisoire, se groupe autour des institutions et des traités qui les garantissent; exiler du pays, en confisquant leurs biens, tousiesdescendantsdesouches étrangères : tels sont quelques-uns des rêves de ce parti à double enseigne qui, sous la protection du Consulat, repousse la protection de l'Empereur, et règne aujourd'hui par ses chefs en Valachie.