CHAPITRE V
Hdspodarat Bibesko.
HOSPODARAT BIBESKO.
M. Bibesko est le premier Hospodar qui, depuis le traité de Caïnardji, soit arrivé au trône parle parti des anciens Yalaques, et au nom de ce même parti. Que de funestesobligations ne lui imposait point cette triste origine! Nous allons voir s'il y manqua.
Les hospodars grecs, pour la plupart hommes de talent et possédant des connaissances variées, se servaient ordinairement du parti des anciens Valaques,
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comme d'instrument aux abus qu'ils voulaient eom« mettre; mais ne tenant point leur autorité de ce parti, ils savaient le brider à volonté , lorsqu'il se livrait par trop effrontément à ses instincts grossiers. Les réformes vinrent enfin l'abattre complètement. Alors , sous les auspices du comte Kisseleff , la société nouvelle s'organisa sous le titre de parti russe ou de la légalité. Cette nouvelle société, soutenant le gouvernement du Hospodar Gbyka, lorsqu'il suivait les institutions, et lui faisant une opposition modérée, mais ferme, Icn^u'il essayait d'en dévier, fut vaincue sur le champ de bataille de l'élection du nouveau Hospodar, par l'influence excessive du Consulat. Cependant la position n'était pas tenable. M. Bibesko, qui s'était fait agréer à Pétersbourg en se déclarant du parti de la légalité ou des réformes, gagnait néanmoins son trône dans le pays à l'aide du parti des anciens Valaques ou des abus. La contradiction était trop palpable : à la première occasion, la v^té dévoilée pouvait renverser en un moment tout l'échafaudage de cette jonglerie. C'est pour prolonger l'illusion du cabinet Impérial, et se donner comme un homme supérieur, qui a des vues et des idées gouvernementales, qu'il créa alors un tiers parli, qui n'est qu'une édition expurgata du parti patriote, le parti de la jeune Valachie, si préconisé dans le temps par M. Dascbkoff, parti par l'assistance duquel on laisserait bien loin les utiles
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travaux de rAdministrationProvisoire,eton perfectionnerait la Valachie en la pressurant un peu, jusqu'à en faire une merveille. En faisant sonner le mot d'mdépendance absolue aux oreilles de cette portion de la jeunesse qui fait son tour d'Europe pour gagner ses éperons de dandy et de lion, et nullement pour s'instruire sérieusement, le Hospodar Bibesko s'entoura d'un essaim de soi-disant lettrés, inintelligents, puéT jrils et vains, qui ne peuvent comprendre que les droits accordés aux Principautés par les traités sont dûs uniquement à la protection russe, qui croient que leur mince pays pèse de son propre poids dans la balance européenne, et qu'au besoin tous les cabinets se prendraient aux cheveux pour une décision quelconque que les puissances voisines adopteraient en commun à leur égard. Ils ont entendu parler de Capitulations avec la Porte; mais où se trouvent ces Capitulations , ce qu'elles contiennent et ce qu'elles prouvent, ils l'ignorent. Leur position géographique ne leur dit rien; oculos habent et non videbunt. La nullité de leurs moyens ne les effraie point ; leur ignorance, leurs mœurs efféminées , leur corruption ne leur est pas une honte. Au lieu de chercher à ac; quérir un degré d'instruction et de virilité qui, par par la suite, leur permettrait d'entrer en égaux dans le sein des sociétés civilisées qui les entourent, ils s'imaginent bénévolement que, pour arriver à une indépen-
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danceabsolue, illeur suffira de transfigurer leur langue, d'en proscrire les caractères slaves et d'y substituer récriture romaine, qu'elle se prête ou non à la prononciation des mots, et de faire enfin les plus absurdes dissertations sur la probabilité de leur descendance des criminels que Rome envoyait en exil au-delà du Danube, sous la garde des légions chargées de surveiller cette frontière barbare. De cette portion de la jeunesse, fut formé le parti de la jeune Yalachie. Le Hospodar, en se mettant à sa tète, s'imagina devoir adapter sa conduite extérieure aux allures excentriques de ses nouveaux affiliés. Il débuta par faire élever un monument à la mémoire d'un ancien Hospodar, connu dans les légendes populaires sous le nom de Michel le Brave. Cette gloire de contrebande, enfouie dans les cent mille histoires de brigandage qui révèlent seules l'existence de ces peuples, Jusqu'à l'époque où l'illustre Catherine conçut le projet de les civiliser, parait l'avoir vivement impressionné lui-même. U se fit faire, pour son installation, des habits de cérémonie taillés d'après une mauvaise croûte qui a la prétention de représenter ce héros modèle^ tableau d'ailleurs peint quelques siècles après la mort du grand honmie en question , et dû uniquement à la verve goguenarde de quelque moine barbouilleur du monastère de Tchernika. C'est avec ce costume que le Hospodar, qui recherche toutes les
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occasionsd'inspirer à la jeunesse des idées d'une nationalité incomprise, reçoit les jours de cérémonie, au milieu d'une noblesse dont la mise à la française et le ton dégagé contrastent singulièrement avec cette évocation fabuleusedes temps malheureux de laValachie* . En inspirant à une partie de la jeunesse des idées mortes et improductives, en régarant dans la recherche d'un passé auquel en vain on demanderait des gloires qu'il n'a jamais eues, le Hospodar la détache des institutions nouvelles ; elle ne suit plus les carrières honorables que les réformes lui ont ouvertes et se complaît à admirer le chef de l'État qui va pleurer sur le tombeau de son modèle favori, de ce Michel le Brave, donné en pâture à des imaginations malades qu'on prend plaisir à pervertir. Le fait est que Michel le Brave a aujourd'hui un monument magnifique en Valachie. C'est là que le Hospodar a versé des larmes sur cette gloire valaque ignorée de l'histoire, et il s'est trouvé des dupes pour applaudir aux sentiments patriotiques du chef de l'État Partant on crie contre lestrès-nombreuses et très-respectables familles d'origine étrangère; on les insulte; on suspend leurs droits politiques, aunom de cette nationalité incomprise ; et
> Il a même été jusqu'à se faire lithographier dans cette tenue fantastique. Excellente charge, et qui dépasse, à notre a\is, toutes celles que nous a laissées notre immortel Callot 1 » Sur papier de Chine, prix net 2 ducats. — Chez Walbaum. à Bukarest.
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il ne manque pas de badauds qui applaudissent avee • stupidité à ces actes odieux, qualifiés d^actions patriotiques. On était allé même jusqu'à vouloir présenter une pétition pour demander Textradition et la confiscation des biens de la majeure partie des boyards, au profit du parti des anciens Yalaques. Voilà où aboutit et aboutira toujours dans les Principautés toute administration abandonnée à elle-même. En appuyant les allégations du Hospodar contre la noblesse attachée aux réformes, et en permettant à des vœux de désordre de se produire au grand jour, M. Daschkoff se vit entraîné si loin qu'à peine pût41 arrêter cette étrange et ridicule pétition.
Oui , il faut une direction et un guide. Ceci est reconnu par tout ce qu'il y a d'honnête et de probe dans le pays; mais cette direction , hors laquelle tout périclite, a été dévolue par les traités à la Russie. Si l'on a donné quelque attention au commencement de cet écrit, on a pu voir ce que cette Puissance a fait pour ces provinces. En résumé, elles les a créées. Avec le droit que les traités lui ont donné, elle a encore le devoir que le créateur contracte vis-à-vis de la créature, le devoir moral de les conserver, de ne point les abandonner, de ne point se laisser rebuter par les dégoûts de son œuvre pénible, oui , mais non stérile ; de se défendre enfin du mépris qu'on veut lui inspirer pour un peuple qui ne demande qu'à prospérer sous sa
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.main généreuse. Cette direction remise aulx mains nobles et pures du comte Kisseleff, nous avons vu ce qu'elle a produit ; nous avons vu ces mêmes Yalaques, que leiirHospodar actuel accuseavec persistance, avec colère même, d'être tous, sans distinction, également vicieux et ingouvernables, marcher à grands pas dans la légalité et Tordre , et se maintenir à la hauteur des vues bienfaisantes de leur guide éclairé. Comment se fait-il donc que, sitôt cette direction évanouie , et le Consulat remis entre les mains d'hommes médiocres et passionnés , tout s'use, se flétrit et vieillit avant le temps, et que ces mêmeshommes, naguère si empressés à faire preuve d'un zèle louable, sont déclarés tous, sans exception, perfides, menteurset concussionnaires? Ou Dieu nous a privés des lumières de la raison, ou bien ces allégations doivent être fausses. Les hommes ne changentpoint, mais la direction qui doit les guider a en effet changé ; elle n'est plus guidée elle-même par des pensées de civilisation et de sagessse. La preuve matérielle en est dans l'Administration qu'elle a formée, et dans l'appui qu'elle donne à cette Administration.
Nous diviserons en trois époques le gouvernement du Hospodar Bibesko.
La première comprendra ses actes pendant que les formes extérieuresdu Règlement Organiqueont été observées, jusqu'à la suspension de l'Assemblée.
La seconde exposera ceux des trois années pendant
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lesquellesil a administrélesfinances, établi denouveaux impôts, modifié le code civil, rétabli la peine de mort, recensé la population, accordé des pensions, violé les droits des conseils municipaux , et renversé la loi sor les avancements, sans la participation de FAssemblée. La troisième enfin traitera des ordonnances qui ont aboli définitivement le Règlement Organique, et changé la forme du gouvernement par la destruction de la loi des élections.
Première époqne.
Aussitôt après son retour du voyage pour Pinvestiture à Gonstantinople, le nouveauHospodar forma son conseil , et indiqua clairement la marche quHl suivrait , par la nomination de M. Yillara à la place importante de ministre de la justice. Tous ceux qui, par leur inconduite, avaient contribué à discréditer l'administration précédente , conservèrent leurs fonctions , furent promus à des grades supérieurs, et tous les emplois devinrent la récompense du parti des anciens Yalaques ou patriotes. Après avoir ainsi pourvu à la réalisation des promesses faites à ce parti, il se fit payer sa liste civile du jour de Pélection, tandis que, de la confirmation seule, datait son droit. Il obligea la Vestiarie à lui payer une somme de 5,000 ducats pour
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frais de route à Constantinople, et un' loyer annuel de 1 ,500 ducats pour sa propre maison qu'il voulait continuer d'habiter , en réservant le palais princier où avait résidé le hospodar Ghyka, partie pour l'habitation de sa fille, partie pour la tenue des baise-mains à la turque , que le pays avait presqu'oubliés , et qu'il rétablit dans toute leur splendeur. Il sollicita de même et obtint de la cour Impériale une somme de 1 10,000 ducats pourdépensesd'investiture,en proposant de prendre cette somme à titre de prêt sur la caisse Centrale ou des monastères, et delà faire réintégrer dans cette caisse par annuités de 500,000 piastres payables par le trésor jusqu'à solde complète. Depuis lors 11 s'est passé cinq ans , et non-seulement aucune annuité n'a été remise , mais la Yestiarie a encore fait une nouvelle saignée à cette caisse qui est tout à fait épuisée. Sous 4'administration précédente , plusieurs comptables infidèles avaient été condamnés et soumis à restitution des deniers détournés à leur profit, et au détriment du trésor public: il fit cesser toute poursuite ultérieure contre ces personnes, et les replaça dans des situations qui leur donnaient toute facilité de se livrer à leur coupable industrie. Pendant cette année 1843 , il profita des dispositions pleines de déférence de l'Assemblée, et obtint l'acceptation de deux lois. La première, établit une augmentation du double sur les vins'et spiritueux, et un droit de 5 paras par tête
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(le cheval ou debœuf attelé à l'entrée des villes , ainsi que le monopole des jeux de cartes , au profit des municipalités; la seconde, impose aux paysans robligatîon de ti'availler six journées par an, pour la confection des grandes routes. On ignore si, pour ces deux lois, dont Tune établit de nouveaux impôts, et Tautre ramène le système si odieux des corvées, le gouvernement valaque a invoqué la permission des deux hautes Cours, ou si seulement le Consulat a demandé Tautorisation du ministère Impérial. Il est probable que non , parce qu'à Pétersbourg on ne se serait pas si aisément laissé aller à permettre qu'une des principales garanties réglementaires , celle qui abolit les corvées,. fût effacée, sous quelque prétexte que ce fût. On connaissait à cet égard la répugnance que témoignait le comte Kisseleff , lorsqu'on lui proposait de modifier, pour les plus minimes questions, les dis- positions une fois réglées par les lois. Il avait déclaré hautement le motif de sa répugnance. C'était qu'il préférait se sevrer du bien à faire, plutôt que de donner aux employés indigènes l'occasion de mésuser de ce bien en se livrant à des malversations. A ces causes, nous persistons à croire que le ministère Impérial n'a pas même été prévenu au sujet des deux lois précitées, dont la dernière surtout a ramené pour le pays les temps malheureux de la trop fameuse administration Karadja. Après avoir obtenu le vote de ces deux me-
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sures, le gouvernement présenta un projet pour modifier la loi civile sur le régime dotal. C'est sur cette proposition qu'il rencontra pour la première fois de la résistance. Le projet était si absurde, qu'il provoqua une répulsion générale. On n'ignorait point d'un autre côté que les déplorables démêlés du Hospodar avec sa femme et sa belle-mère, ainsi que sa résolution de divorcer et de garder en même temps leur fortune, étaient les seuls motifs qui le portaient à vouloir modifier une loi, sur laquelle vivaient tranquilles les intérêts des familles depuis un temps immémorial , loi d'ailleurs conforme aux principes qui régissent la matière. Cette résistance à laquelle il ne s'attendait point, l'exaspéra. Il ne pouvait, disait-il , concevoir ces pauvres députés, qui se croyaient plus savans que lui qui avait fait ses études à Paris, et s'imaginaient pouvoir avoir raison contre un hospodar qui avait la faculté de leur retirer leurs places, de leur faire perdre leurs procès , et de leur rendre la vie insupportable et pénible par mille vexations de tous les instants. Malgré son étonnement, le projet ne résista pas à la discussion et tomba. Pour obvier aux difficultés qu'il allait ren. contrer à di^ser des biens de sa femme, depuis le rejet de cette loi, il prit un parti qui donna à ses administrés la mesure du peu de cas qu'il fsraitdes plus vulgaires convenances , lorsque ses passions l'inciteraient à les franchir. Il fit déclarer, par les tribunaux, sa femme
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atteinte de folie incurable, et demanda formellement le divorce. Mais le malheur involontaire de cette excellente créature était-il une cause suffisante aux yeux de rÉglise?Et les préceptes du diviii Sauveur, ces préceptes d'anïbur et de mansuétude, qui , proclamés au milieu de la société la plus corrompue dont Thistoire nous ait légué l'exemple, avaient réussi à la régénérer, devaient-ils donc se courber devant un Hospodar de fraîche date , commençant par sa propre fanlillé la longue suite de ses attentats contre la religion et les lois de son pays î
Ces commencements derègne étaient peu rassurants. La seconde session de TAssemblée allait s'ouvrir, et Topinion publique cherchait une occasion de manifester sa désapprobiation. Aux sièges devenus vacants par la nominationdes ministres, furent élus des boyards appartenant à la plus haute noblesse, et dévoués au maintien des réformes. Cet avertissement ne profita cependant pas au Hospodar. Il demanda à augmenter la milice , et à imposer ainsi une nouvelle charge sur les paysans,déjà accablés par le rétablissement descorvées. Ce projet ne fut point accepté, et TAssemblée demanda de plus des explications aux ministres à propos d'une compagnie pour l'exploitationdes minesd'or etd'argent, compagnie à laquelle^es concessions qui lésaient le droit de propriétéàvaieiitétéaccordées, sans le consentement derAsscmblée, et au mépris des dispositibnsdu
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RèglementOrganique garantissant les intérêts que cette question soulève. LeHospodar perdit ou feignit de perdre toute patience, en remarquant cet esprit de fermeté qui s'annonçait comme devant opposer une respectueuse mais constante résistance à tout projet qui sortirait du cercle réglementaire* Il se livra dès lors à toute la violence de son caractère, et adressa à T Assemblée Pordre écrit de se renfermer désormais dans Fexamen du budget, vu qu'il la considère comme incapable de toute délibération sérieuse. L'insulte était directe, et de plus elle renfermait un abus de pouvoir inoui, le gouvernement n'ayant point le droit d'arrêter l'initiative de l'Assemblée à laquelle le Règlement Organique attribue, avec la garde des institutions, le devoir de signalera la sollicitude du chef de PÉtat les plaintes du peuple, et de surveiller les actes de l'administration. La réponse très-respectueuse mais très-digne de l'Assemblée porta l'exaspération du Hospodar à son comble^ Il demanda et obtint sa suspension par firman de la Porte.
Sur quels justes motifs se fondait donc le Consulat pour obtempérer à cette suspension , avant même le vote du budget? Quels étaient les troubles qtfil appréhendait? En quoi l'Assemblée avait-elle manqué à ses devoirs? Refuser son assentiment à une proposition qu'elle croyait et qui était en effet accablante pour le paysan , et inutile d'ailleurs au besoin du
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serviee; demander Tapplicationdes lois existantes sur l'exploitation des mines ; répondre aux insultes du Hospodar par une respectueuse justification , était-ce dépasser la limite de ses attributions? La constatation des faits, tels que nous les relatons, ne pouvait être difficile à M. Daschkoff qui se trouvait sur les lieux. II ne s'agissait point de telle ou telle manière de considérer les choses : les actes du Hospodar et de TAssemblée étant sur table , toute récrimination sur leurs motirs présumés était inadmissible. Ces actes parlaient par eux-mêmes : ils prouvaient l'impatience furieuse du Hospodarat contre le frein des institutions, comme la ferme intention de l'Assemblée de se renfermer respectueusement dans les devoirs que lui traçait le Règlement Organique. Dans cette occasion, M. Daschkoff ne pouvait se tromper. C'est à bon escient qu'il induisit en erreur le cabinet Impérial. Il représenta le Hospodar comme en butte aux intrigues des grands boyards qui, alléchés par la chute de Ghyka, visaient à renverser le nouveau gouvernement pour lui succéder , il se fit l'écho des absurdes calomnies, tendant à représenter l'Assemblée comme s'étant opposée aux concessions accordées à la compagnie des mines, uniquement parce que les individus qui formaient cette association commerciale étaient Russes; il exprima enfin l'opinion que le gouvernement était impossible lorsquesesproposilionslesplusulilcsétaienlrepoussées,
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par esprit de mutinerie et de rébellion. Le ministère Impérial donna malheureusement créance à ces allégations. Pouvait-il faire autrement? Un Hospodar nouveau avait été élu. Le Consulat assurait que c^était un homme qui réunissait de grands talents aux meilleures intentions; que les difficultés qu'il rencontrait n'étaient point dans le pays, mais à la surface, à cause des incessantes intrigues de quelques boyards, éternels ennemis de la stabilité et de Tordre. Il proposait d'ap* pu>'er le gouvernement, et de réprimer l'audace de ses ennemis. Nous avouons que la question, ainsi posée , ne pouvait recevoir une autre solution que celle qu'elle a eue. Mais cette solution même prouve, ce que nous avions toujours raison de dire, que les causes de la malheureuse situation des choses dans les Principautés dérivent exclusivement de la conduite du Consulat. Oui, nous ne pouvons assez le répéter : ou le cabinet Impérial est grossièrement trompé par ses agents en Valachie, ou les principes de bienfaisance qui l'ont constamment inspiré depuis le traité de Caïnardji ont reçu de notables altérations. Voyons un peu.
Protéger depuis un siècle les Principautés, négocier tcmjours en leur faveur et combattre souvent pour elles, les prendre enfln sous son patronage particulier, et puis tout à coup les abandonner, s'en dégoûter, y amonceler des ruines, briser à plaisir les lois et les institutions qu'on y avait introduites et qui commen-
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çaient leur prospérité; les déclarer indisciplinables et ingouvernables, et les livrer par la destruction de leurs privilèges anciens et nouveaux à Tarbitraire, à la violence et à la folie; assister et applaudir à ce spectacle par ses agents, telle est la série des faits qui incombent à la mission Protectrice de la Russie. Était-ce ainsi que Tentendait Catherine la Grande, et cet Alexandre l", dont la générosité proverbiale avait obscurci les grandes gloires contemporaines ? Est-ce ainsi que Pentend TEmpereur Nicolas, dont les magnifiques créations dans ses États attestent la hauteur de vues et l'excellence de cœur? Non, non, mille fois non ; rien n'est changé dans les principes de bienfaisance qui animent les sommités du pouvoir en Russie. Au ministère des affaires étrangères, c'est toujours ce même ministre éclairé et bienveillant, M. le comte de Nesselrode, qui depuis trente ans a mis son expérience consommée et sa fidélité à toute épreuve au service de ses maîtres ; et M. le comte Kisseleff est aussi toujours là auprès du trône pour plaider la cause des Principautés dont le bonheur a été son ouvrage, et qui lui a mérité d'augustes faveurs. Quelle est donc, quelle peut être la cause des faits trop fâcheux qui attristent tous les amis de l'influence russe dans les affaires du Levant, si ce n'est la malhabileté, les courtes vues et les passions des Consulats?
Unelv'îgislalion, pour êlre abandonnée, a commencé
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toujours par être au moins essayée; le Règlement Organique n^a point eu cet honneur* En 1838, on ne veut point user des dispositions de la loi fondamentale qui veulent la dissolution et rappel aux électeurs en cas de dissentiment grave avec TÂssembléç. On la suspend; pourquoi? parce que M. le baron Ruckman n'a pas bien compris, qu'il s'est laissé tromper ou emporter, ou qu'il a trop abondé dans les désirs du Hospodar. En 1844 , on ne songe point encore à revenir au Règlement Organique et d'en essayer au moins pour une fois. Non, le pli était pris ; on suspend de nouveau l'Assemblée, et cette fois-ci sans l'ombre d'un motif, et uniquement parce que le Consulat a voulu fermer les yeux et appuyer auprès du ministère Impérial les calomnieuses allégations du Hospodarat. Fait bien étrange que celui d'une Puissance aussi constamment induite par ses agents à des actes contraires à ses désirs et à ses principes ! Pour qu'à Pétersbourg on soit revenu de l'opinion que les réformes étaient nécessaires aux Principautés , on a dû croire que ces réformes ont été en effet mises à l'essai et démontrées impuissantes. Il n'en est rien; la machine est excellente, mais ceux qui sont chargés de la faire mouvoir, tantôt ne s'y entendent point, et tantôt n'en veulent point, et la dénigrent comme embarrassante et dangereuse. .
On s'effraye de penser quelle somme de calomnies a
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dû être employée pour faire changer d'opinion à regard d'une organisation si longtemps discutée, et {Kissée pour ainsi dire au crible des plus divers avis. Ces malheureuses provinces qui, après tant de siècles de misères, avaient vu pour un moment leurs plaies se cicatriser sous la protection généreuse d'un grand Empire, bientôt après retombent dans le gouffre de l'anarchie et de l'arbitraire. Spectacle funeste que nous offre l'oubli des principes. réglementaires! Siaumoins, sur les débris des lois qu'on avait établies, on réussissait à former un gouvernement qui, délivré de toute entrave légale, s'occupât à administrer avec justice ces peuples doux et paisibles, voués à l'agriculture et façonnés à l'obéissance, on aurait enco^ une excuse, et on pourrait revendiquer, surce terrain, la part d'un système qui a des partisans zélés dans le monde, le système de ce qu'on est convenu d'appeler le gouvernement paternel. Mais lorsqu'en détruisant les lois on ne fait qu'aij^menter le désordre, lorsqu'on substitue à une administration médiocre comme celle du Hos* podar Ghyka, une autorité orgueilleuse qui n'entend que la police orientale, qui conserve à la lettre tout ce qui se commettait d'abus, et qui les accroît même démesurément; lorsqu'on substiUie, disons-nous, une autorité sans frein qui , par l'injure , la violence et l'arbitraire , attaque et renverse dans sa course furieuse, mœurs titiditionnelles, usages, cou-
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tuniçs, lois anciennes, institutions récentes, religion, intérêts, tout ce qui a formé cette société , tout ce qui Ta maintenue, tout ce que les gouvernements divers et la conquête même ont respecté, est-on bien venu alors à dire aux Yalaques, à moins que d'être odieusement trompé, comme nous en avons la con* viclion : « Voilà les réformes qu'il vous faut, contentez-vous en, et applaudissez à ce meilleur des gouvernements possibles? »
Deuxième époque.
Un an et quelques mois s'étaient à peine écoulés depuis la destitution du Hospodor Ghyka, obtenue en satisfaction des principes exposésdansTAdressede l'Assemblée, que cette Assemblée tombait elle-même brisée par le nouveau gouvernement, pour avoir continué à défendre ces mêmes principes. On ne peut plus seretrouver dans ce chaos. Les institutions sont-elles tombées, de même que leur principal organe? le Consulat est-il autorisé, lorqu'il déclare quej'arbitrairepeut et doit seul gouverner la Valacfaie ? M Daschkoff communique au métropolitain une dépêche ministérielle qui exprime l'indignation de l'Empereur contre ce prélat, pour s'être misa la tête des mécontents. Voilà donc le parti Russe ou de la légalité officiellement désapprouvé! On n'en veut plus même comme élément
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secondaire , on le rejette comme subversif. Et subversif de quoi? des institutions? Mais c^est lui qui essaye encore de prendre timidement la défense de ces institutions violées de tous les côtés , subversif en cela seul sans doute que sa situation de vaincu lui fait une loi de la plainte, et qu'on est las d'écouter des plaintes. Il n'y aura plus ainsi de plaintes; la porte des plaintes légales est fermée par la suspension de TAssemblée. C'est ce que nous nommons en Fiance Vétat de siège.
Le Hospodar, délivré de tout contrôle, débuta par faire opérer le recensement de la population sans s'astreindre aux formes établies par le Règlement Organique, formes qui garantissent les contribuables des fraudes consistant à inscrire un seul et même nom sur les rôles de différentes communes obligées d'acquitter les impositions de ces êtres multiples, ou bien à prendre pour base les listes anciennes, en y conservant les noms des morts et des absents, dont les impositions sont également mises à la charge de ces mêmes communes. En outre l'impôt fut inégalement réparti : les villages appartenant à des propriétaires présumés opposants, supportèrent les dégrèvements opérés sur ceux des propriétaires favorisés. C'est le système des cotisations et des lands \
' Ancien mode de perception, en forme de catégories employé sous le prince KaraJja, et très-pernicieux au pays.
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relevé de sa proscription et de sa déchéance. On ne peut d'ailleurs calculer les malversations particulières des employés au recensement , lesquels, cette fois-ci, n'ayant à rendre compte qu'à leurs supérieurs tout aussi intéressés qu'eux-mêmes à couvrir les abus, ont dû se livrer à toute l'âpreté de leurs mauvais instincts, eu égard aux innombrables plaintes que ce recensement souleva dans le pays, plaintes qui, pour la ville de Bukarest, ont motivé te renouvellement des opérations : ce qui a encore donné lieu à de nouveaux abus, et prouvé surabondamment qu'il vaut mieux souffrir et se taire, que se plaindre pour se faire mieux écorcher.
Ainsi, au moyen de ce recensement fictif, le chiflfre du revenu direct put être maintenu malgré la diminution évidente de la population, et augmenté même de 215,509 ps., quoiqu'il y ait eu perle de 95,410 ps. sur le droit des patentes et des mazils. Quant au revenu indirect, il fut augmenté d'un nouveau droit arbitrairement établi sur les passeports, et dos sommes prises dans tes caisses communales des cultivateurs de la banlieue, malgré les dispositions impératives du Bèglement Organique qui ne permettent point à l'administration de toucher à ces caisses. Au moyen de ces mesures, toutes contraires aux lois, le revenu général atteignit le chiffre de 18,027,699 piastres.
Pour les dépenses, le Hospodar ne se borna point au
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budget de Tannée 1843, qui contenait d'ailleurs des sommes très considérables ordonnancées sans la participation de TAssemblée, Les appointements des employés civils furent arbitrairement portés à environ 6,000,000 ps. malgré la défense expresse consignée dans le Règlement Oi^anique,de les laisser jamais s'élever au delà delà somme de 4,500,000 ps. La milice, les loyers, les frais de route, les postes, les réparations des palais, la visite faite Tan passé au Sultan, à Routschuk, laquelle ne coûta pas le quart de la somme de 819,000 piastres, portée au budget , et une foule d'exigences journalières , toutes en contravention des lois existantes, égalèrent les dépenses aux revenus. Et non seulement la caisse de réserve y passa; mais encore la Vestiarie fut forcée de reporter les 500,000 ps. de dépenses annuelles pour les écoles, les hôpitaux, les enfons trouvés, et autres établissemens de cette nature, sur la caisse Centrale, et se trouva à plus forte raison dans l'impuissance de faire à cette m^me caisse aucune remise sur les annuités de 500,000 ps. qui avaient été fixées pour éteindre la dette de 2,800,000 ps. contractée par le Trésor en payement de l'indemnité accordée au Hospodar pour dépenses d'investiture : ce qui constate un déficit de 1,000,000 ps. annuellement, malgré l'elévatiofl du revenu. Nous terminerons d'ailleurs ces remarques, jiar l'observation que la Vestiarie, autorisée en cela
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par des offices hospodariaux, est redevenue ce qu'elle était avant le Règlement Organique, et a centralisé dans ses mains toutes les caisses spéciales enlevées aux administrateurs particuliers auxquels la loi les avait conflées, et réduites au rôle de succursales du Trésor. La comparaison du budget réglementaire sous TÂdministration Provisoire avec celui arrêté en 1846 par le Hospodar Bibesko, présente pour ce dernier une différence en plus de 6,245,759 ps. en dépenses annuelles. Et cependant les dépenses dites administratives, et des impôts d'une importance majeure , ne sont point compris dans ce budget, et forment une autre série d'opérations fiscales, indépendantes de la Vestiarie, et dirigées par un bureau installé ad hoc^ au ministère de l'intérieur. Ce bureau, conflé à un ancien comptable infldèle, dirige spécialement les travaux publics. Ces travaux se bornent à la création de deux jardins, au dessèchement d'une mare , à la pose des tuyaux pour les fontaines pour la distribution des eaux de la Dimbovitza dans la capitale , et à la construction d'un quai à Braïla et d'un pont sur la rivière de l'Olto. Les voies et moyens affectés à leur exécution sont un impôt sur les Niamours*, les corvées, la coupe des forêts des monastères, et la somme votée par rAssemblée pour élever une statue au comte Kisseleff.
■ Titre qui atteste qu'on est issu de noblesse.
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L'impôt des Niatnours était un droit perçu sur le renouvellement des titres à chaque nouvelle nomination de Hospodar. Aboli par le Règlement Organique: il fut rétabli par simple ordonnance du Hospodar Bibesco qui réleva à 60 ps. et ne le fit plus percevoir sur le titre qui comprenait parfois i et 5 noms réunis, mais par tète, ce qui Taccrut à proportion. Il est impossible de connaître exactement le rendement dé cet impôt, parceque, n'ayant point été voté par TAssemblée, ni assis sur un dénombrement connu, il échappe par là à toute règle de comptabilité. Le chiffre avoué par le département de Tintérieur est de 1,800,000 ps.; mais par cela seul qu'on ne se contente point de renouveller les titres , qu'on en crée de nouveaux en falsifiant le sceau des anciens Hospodars et les signatures des Vestiai-s de ces époques éloignées, on peut s'imaginer le déplorable désordre qui préside à la perception de cet impôt odieux, dont le ministère Impérial, avait formellement refusé le rétablissement sous l'administration précédente.
Les corvées dérivent de la loi votée par l'Assemblée sur la proposition du Hospodar, loi qui oblige les paysans à travailler avec leurs charriots et leurs bœufs, pendant six jours de l'année, pour la confection des grandes routes. Malgré la défense expresse que le Règlement Organique porte de jamais rétablir ce mode de travail si onéreux pour le cultivateur, et
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si discrédité par les abas auxquels il donnait lieu sous les administrations anti-réformistes, cependant TÂssemblée n'avait pas cru devoir refuser au gouvernement ce moyen instamment demandé pour cause d^utilité publique reconnue et indispensable , comme celle des grandes communications intérieures, lesquellesdevaientprofiterprîncipalement à Pagriculture et au commerce. Depuis cinq ans que cette loi est en cours d'application, aucune route n'a été sérieusement entreprise, si ce n'est une courte chaussée qui conduit à la maison de plaisance de la nouvelle princesse, chaussée, comme on peut bien le penser, où le commerce et l'agriculture n'ont rien à voir. Il est vrai que sur le cadre des améliorations annoncées figurent les grandes artères qui devraient lier la capitale avec Braïla, Georgeow, Crajowa, et la frontière d'Autriche; mais elles sont seulement sur le papier, et on ne répare pas même les voies élargies sous l'Administration Provisoire.
Les corvées n'ont point été ainsi appliquées jusqu'à ce moment au but d'utilité générale pour lequel elles ont été obtenues. Le gouvernement en employa une partie à la création du seul des deux jardins, planté en éventail des deux côtés de la chaussée qui conduit à la maison de plaisancedela princesse, au dessèchement de la mare de Tchesmidjiou située dans un des faubourgs, comme au transport des lourds conduits en fer
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et de la machine qui doivent amener les eaux da la rivière dans les fontaines de la capitale. Mais comme il restait encore chaque année un reliquat considérable de journées non employés, le Hospodar prit sur lui de le transformer en impôt personnel sur le pied de 9 piastres par tête; et il en appliqua le produit aux frais considérables de rétablissement des fontaines, qui lors du commencement de Tentreprise, avaient été présumés à 2,000,000 ps., mais qui ont depuis englouti 5,000,000 de piastres S
On ne peut d'ailleurs évaluer, comme pour le droit sur les Niamours, le rendement exact de ce nouvel impôt personnel, qui, également exigé en dehors des formes de comptabilité établies, et manié par le bureau spécial annexé au département de Tintérieur, se refusera toujours à toute appréciation réglée, d'autant plus que le contrôle général de TÉtat évite d'entrer dans l'examen des opérations relatives à son classement et à sa perception, sur le motif légal que le Règlement Organique a aboli d'une part les corvées, et prohibé d'un autre côté l'adoption et l'exécution de
> L'ingénieur que le gouvernement a fait venir pour la confection des fontaines, est un de nos compatriotes. Comme, dès son début, la Section le trouva, sur certains points, scrupuleui à Teicès et peu maniable, elle jugea prudent de ne pas Finitier aui mystères des bureaux ; et lui. voyant à qui il avait affaire, n'a jamais voulu s'occuper cbosc que de la partie technique de son œuvre.
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toute nouvelle mesure, sans la permission des deux hautes Cours. On sait seulement, par les plaintes incessantes des communes, que les paysans sont obligés à un travail double et triple de celui fixé par la loi des six jours, et que c'est précisément aux époques des labours, de la fenaison et de la coupe des blés, qu'ils sont forcés de quitter leurs champs, et qu'ils n'échappent parfois à ces violences odieuses que par des prestations d'argent.
La coupe des forêts des monastères et de l'hôpital de Saint-Pantaléon, n'a point été autorisée par une loi; elle est aussi exécutée par ordonnance hospoda* riale. C'est une violation directe du droit de propriété, et une perte immense pour l'État, qui aurait pu se faire dans l'avenir une importante ressource de cet immense capital gratuitement gaspillé. Le quai de Braïla qui a été fait deux fois, une inondation du Danube ayant d'abord emporté les jetées; les opérations d'attérissement à la mare de Tchesmidjiou, et les premiers travaux pour le pont de l'Olto qui est encore en devis, ont englouti une énorme quantité de bois. On ne pourrait évaluer en argent le dommage occasionné, parce qu'il se complique des malversa* tions que les employés de l'administration ne manquent point d'exercer, les coupes étant abandonnées, sans règle et sans précaution, à leur volonté arbitraire. Il ne faut pas croire d'ailleurs que le mal
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vienne des seules causes générales que nous avons signalées. La corvée et la coupe des forêts des monastères ne se font point seulement pour les travaux autorisés par ordonnances. Une fois la chose admise, toutes les convoitises ont pris réveil. Le Ho^podar se fait bfttir une habitation vraiment royale dans la terre de Baniassa appartenante sa nouvelle épouse, et tous les travaux indistinctement s'y exécutent au moyen des corvées. Les bois sont fournis par les forêts des monastères , et la chaux et les tuiles proviennent du reliquat des matériaux amassés pour la construction d'une caserne* que le Hospodar a fait bâtir avec Targent de la caisse d'épargne des recrues dépouillées ^ Cette caisse d'épargne est la même que l'Adresse de VAssemblée à Ghyka disait avoir été dilapidée par le chef d'alors de la milice, et qui cependant s'est trouvée assez riche pour suffire à la petite dépense d'une caserne, et à la dépense bien plus importante d'un palais colossal. 11 en est de même des constructions que le Hospodar fait élever, et des embellissements qu'il prodigue dans toutes ses terres. Ses parents* ses ministres, ses favoris et la plupart des personnes en place, tous prennent part à cette ample
* Les IIK) ps. que les villages payent pour chaque recrue de la milice forment une caisse qui doit subvenir aux frais d^établissement des libérés au terme de leur service. Cest cette caisse qui a défVayé, au préjudice dts libérés, tes bâtisses ici mentionnées.
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eurée ; et Ton ne peut atitrement caractériser, not» le répétons, ce qui se passe, qu'en le comparant à l'époque désastreuse de PAdmimstration Karadja.
Quant à la somme de 500,000 ps. votée par l'Assemblée pour âever une statue au comte Risseleff, c^est sur scm refus d'accepter cet honneur baml, dont sa gloire n^a que faire dans les Principautés^ et c'est sur sa pMposition d'affecter cette somme à l'établissement des fontaines dans la capitale, qu'elle a été jointe aux ressources précitées dans le but d'attirer les travaux*
On a pu voir, d'après ce qui a été dit, que les améliorations si pompeusement annoncées n'ont abouti qu'à un jardin presqu'inutile à la cajûtale par sa situation, et à un quai mesquinement exécuté à Braïta. Mais en attendant, plus de i 9, 000,000 ps« ont été gaspillés, et les nouveaux impôts qui les ont i»roduits ont occa^nné un dommage incalculable aux paysans, par le mode arbitraire de leur percei^n. Le Ck)nsulat a pu d'abord croire aux bonnes intentions du Hos|K>dar; mais se trouvant en présence mèote des faits, il n^a po continaerà se laisser tromper que par système arrêté. Autrement il se serait bien promptemait convaincu que des améliorations, quelque minces qu'elles «nent, ne seront jamais réalisées en ValacUe que par une administration aymtde Tendre et quelqu'intelligence, qualités que ncœ ne sachions point
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encore pouvoir être remplacées par la jactance et la rapacité, aussi loin qu'on les pousse.
La partie des redevances non-fixée par le Règlement Organique, cette question, source de tant de plaintes sous Ghyka qui s'usa à vouloir défendre les intérêts du paysan, fut résolue sous le Hospodar actuel en faveur du propriétaire, ou plutôt du fermier et des employés de l'administration. En vain , M. Stirbey avait essayé, dans les commencements, de quelques conditions de garantie pour le paysan. La défaveur dont ce boyard, à plus d'un titre recommandable , jouissait auprès du Consulat et du Hospodar son frère, a réagi sur le sort des paysans qui ont définitivement perduleur cause.On peut évaluer pourles4,000 villages qui couvrent la Valachie, à 16,000,000 ps. au moins les abus auxquels donnent lieu les arrangements forcés de fermier à paysan. Ces abus ont déjà pris les formes régulières d'un impôt. Ce n'est plus tel ou tel individu dans un village, qui, ayant besoin d'une plus grande portion de terre que celle accordée par la loi, se voit forcé de passer par les conditions les plus onéreuses que lui impose le fermier ; mais c'est tout le village, et les paysans même de troisième classe qui ne cultivent point la portion de terre accordée par la loi, qui sont obligés de payer pour un excédant de terre qu'ils ne demandent et ne prennent point. Et cela se fait ouvertement, au vu et au su des autorités, qui se
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font les exécuteurs empressés et salariés de ce nouvel impôt personnel.
La suspension deTÂssemblée, qui privait le pays de ses droits politiques , ne retomba point seulement sur les deux classes extrêmes de la noblesse et des paysans ; elle atteignit également la bourgeoisie. Les élections des municipalités ne se firent plus que par ordre de la police. A Bukarest, ce ne furent plus les boyards les plus considérés qui purent briguer Thonneur d'exercer les fonctions gratuites de président et de membres du conseil de ville ; ils furent tous mis au ban de la cité, comme ils avaient déjà été exclus de toute participation directe ou indirecte aux affaires générales. Il s'en suivit que les individus , préposés par ordre supérieur à exercer ces fonctions, ne purent ni ne surent défendre les intérêts qui sont censés leur avoir été confiés. Malgré la notable augmentation des revenus S due aux nouvelles taxations votées par PAssemblée en 1843 au profit des villes, le budget de la capitale est en déficit et ne se soutient que par des emprunts; et dans un temps fort prochain, il lui sera matériellement impossible de suffire aux charges que le Hospodar lui impose sans discernement. Ces charges extraordinaires sont : une somme annuelle de 63,000 ps. pour les deux jar-
* Cette augmentation est d'environ 300,000 piastres*
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dins; une subvention également amiudlie de 32,000 ps. pour le théâtre ; les frais de combustible et de curage pour la machine des eaux,(rais fixés à 80,000 ps., mais qui dépasseront la somme de 250,000 ps., d'après Testimation Ta plus modérée ; les feux d'artifices, distributions de comestibles, arcs de triomphe et illuminations féeriques, pour fêtes, mariages et couches du Hospodar, de la Hospodaresse et des Hosr podarillons mâles et femdies des différents lits de Son Altesse. La cherté progressive des premiers objets de consommation, comme, pain, viande, chandelle et savon, est venue d'ailleurs prouver, sôit que Vacr cusation pc»rtée contre l'administration Ghyka, de s'entendre avec les boulangers et les bouchers pour se faire un revenu de 1,000 piastres par jour, était fausse et calomnieuse , soit que l'administration ac* tudle se livre à ce même commerce honteux et sur une plus grande échelle. Tousles règlements spéciaux que l'Administration provisoire avait établis pour l'Assainissement des villes sont mis de côté. On ne balaye plus, on n'arrose plus, on ne répare plus les pavés : la saleté des rues est quelque chose d'inconcevable; il y autant d'inhumanité que peu d'amour-propre aies laisser danscetétat. Et le grand incendie, qui a dévoré dernièrement une notable partie de la capitale, a prouvé qu'aucune des précautions prescrites par les dispositions si prévoyantes du comte Kisseleff n'avait
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été mise à exécution depuis Tarrivée au pouvoir du gouvernement actuel. II ne s'est trouvé effeetivement dans aucune maison, ni cordes, ni crocs, ni haches, ni échelles; de sorte qu'il devenait matériellement impossible d'essayer de lutter même avec le sinistre. Le Hospodar assista passivement au désastre , et se fit donner le jour d'après, par la munldpalité complaisante de la capitale, des adresses de remerciment pour avoir sauvé la ville qui avait brûlé. M. Dascbkoff se faisait surtout remarquer par la chaleur de son enthousiasme. Il ne pouvait concevoir l'héroïsme du Hospodar, qui s'était exposé à la fumée, etqui avait retardé de deux heures son diner pendant ce jour néfaste.
Sous le prétexte d^approvisionner Bukarest, où le pain manque régulièrement, tandis que le pays regorge de céréales, les achats forcés ont été permis au profit de la municipalité qui s'entend ouvertement avec les administrateurs des districts qui prennent leurs blés aux j^ysans, et payent ce qu'ils veulent, maistoujours, dans leurs rapportsofflciels, au prix coûtant. On cite les plus proches parents du Hospodar, en exceptant toutefois M. Stirbey qui, n'ayant aucune influence, ne peut ni bien ni mal faire, comme participant à l'accaparement forcé des grains. Les sous^ administrateurs servent d'instrument à l'exercice de cette nouvelle industrie. Ouvertement protégés par
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tel personnage influent, ils forcent les paysans à livrer leurs produits, pour des prix d'imagination, souvent du tiers de leur valeur réelle. Si les paysans dépouillés se plaignent aux autorités supérieures, celles-ci se trouvent placées entre leurs devoirs et le danger de déplaire au personnage qui protège les prévaricateurs dénoncés. Il va sans dire qu'ils s'empressent d'éviter le danger, et que le paysan est éconduit. C'est le retour du Gapan, ou monopole Turc, non plus au profit de Gonstantinople, mais au profit des favoris. La spécialité du gouvernement actuel, c'est l'avidité qu'il témoigne en toute occasion pour la louange ofBeielle. Le salve imperator^ morituri te salutant est exploité dans tous les sens ; les brûlés, les afiamés, les volés , sont forcés de remercier ; les boyards dont les droits sont foulés aux pieds, l'église qu'on dépouille, etdonton ridiculise la missionspirituelle,le commerce dont on paralyse l'action, proclament la clairvoyance, l'humanité et la générosité du Hospodar. Bien peu de personnes s'abstiennent, parce que les emprisonnements préventifs, la mise au secret, le supplice des verges et l'exil , ne sont plus le résultat d'arrêts judiciaires, comme nousl'avons déjà dit, mais ordonnés et exécutés par la seule autorité hospodariale. Dans l'intérieur, on s'en indigne, mais jusqu'à ce moment on ne bouge pas; à l'extérieur, les adresses laudatives que le gouvernement se fait décerner forment capital;
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le journal salarié de Gonstantinople ne cesse d'imprimer les remerciments du peuple valaque à son Hospodar,et par contre les plus odieuses calomnies sur les boyards les plus honorables ; çà et là même on réussit à capter la crédulité de quelque feuille d'Allemagne, dont la bonne foi est mise en défaut par une pauvre gazette allemande qui s'imprime à Bukarest aux frais du Hospodar. Les Consuls des puissances étrangères assistent à ces scènes burlesques sans les comprendre, ou bien circonvenus de toute manière, et ne se bornant qu'à préserver leurs nationaux et les petits intérêts qu'ils se créent malheureusement dans le pays, ils se taisent , et rien ainsi ne transph*e au dehors de ce déplorable état de choses.
La seule pensée qui trouble le Hospodar, c'est que cette situationne parvienne à être connue du ministère russe et de l'Empereur ; ce serait sa perte inmiédiate. Aussi emploie-t-il tous les moyens imaginables pour égarer l'opinion en Europe, et ne se refuse-t-il point même les plus minces ressources à cet égard. On sait comment M. Doré de Nion , notre consul général actuel , fut circonvenu à son arrivée, l'an passé, par le Hospodar qui avait alors à racheter de graves torts vis-à-vis de la France qu'il déteste, quoiqu'il y envoie ses enfants faire, comme lui, leurs études. M. de Nion fut de sa part l'objet de mille attentions, prévenances et petits soins hypocrites. On s'occupa de lui chercher
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une maison, il désirait un jardin; on lui en créa un comme par enchantement, dessiné et planté par le jardinier Mayer. Aussi M. de Nion fut ébloui, fasciné, et ne tarit plus en éloges sur le mérite transcendant, le caractère et les grandes capacités du Hospodar.Cétait tout ce que celui-ci désirait, pour que M. de Nion fit à son gouvernement des rapports précisément contraires à ceux de son honorable et véridique prédécesseur, M. Billecocq, qui lui, diplomate exercé et se connaissant en hommes , avait toujours apprécié le Hospodar Bibesko à sa juste valeur. Mais on raconte que H*^ de Nion, se plaignait un jour de mourir de langueur et d^ennui* Interrogée sur la cause de son prétendu mal, ne répondit-elle point queM.Daschkoff avait remis à son noble époux la liste des seules personnes qui! était convenable à un agent de France de voir à Bukarest,et que, cette liste se bornant àk cour du Hospodar et aux quelques personnesquila fréquentent, etn'offirantd'ailleursaucune ressource de société, force lui était de dessécher dans Tisolement pour ne point déroger : admirable quiproquo, qui a fait croire à cette dame, aussi justement fière de sa nafesance que de la situation officielle de son époux, qu^elle voyait dans cette liste, où ne figurent que les noms de quelques intrigants parvenus, le livre d^or delanoblessevalaque,laquelle vit douloureusement à Técart, et, se trouve ainsi , par la puritaine exclu^on de
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M. Daschkoff, privée encore des visites et de Taiinable conversation de M'*' de Nion.
Pour les affairesduClergé, la suspension de rAssemblée n^a pas donné lieu à des abus de pouvoir moins audacieux. Le Règlement Organiquepréposaitle Métropolitain àla garde de la caisse Centrale,où se réunissent les revenus des monastères indigènes, des caisses particulières à chaque évéché vacant, des dépôts provenant paiement des vacances de monastères grecs ou d'héritages ecclésiastiques. TcMites ces différentes attributions de surveillance furait enlevées au chef de rÉglise, non-seulement en vue de s'emparer des réserves eonâdérables et des revenus courants des caisses spéciales du Oergé, mais aussi par profonde rancune contre ce prélat, qui seul, restant encore sur la tH*èche des institutions attaquées, luttait avec persévérance et s'attirait les sourdes antipathies du Consulat et du gouvernement qu'il protégeait. 11 y avait aus^ un autre motif qui envenimait la colère du Hôs podar : c'étaitle refus d'accorder pour lesdeux divorces les dispenses qui devaient rendre réalisable le mariage projeté. Hais ces deux divorces étaient impossibles. Naguère M. le Chancelier de l'Empire, dans une lettre au métropolitain, disait que l'Empereur Nicolas attribuait aulong veuvage du siège de la métropole, le relâchement des mœurs en Valachie, et que S. M. Impériak espérait en la sévérité et en la fermetédu nouvel
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archevêque pour mettre un frein à des scandales funestes à la religion et à la morale. Nonobstant cette auguste invitation, le Métropolitain trouvait encore, dans les devoirs impérieux de sa mission apostolique, une impossibilité dirimante qui lui faisait une loi de ne point permettre des actes qui, même dans les Principautés, n'avaient point de précédents, et qui répugnaient à sa conscience. A quel titre le Hospodar Bibesko donnant un si funeste et si incroyable exemple d'immoralité pouvait-il prétendre à l'indulgence de l'église , et lui demander de suspendre des règles immuables , afin de consacrer un double adultère par une union mal assortie qui, dès ici bas déjà, est devenue une amère punition pour ce couple violateur de toutes les lois divines et humaines? Et cependant le Consulat appuya l'appel du Hospodar au patriarche de Constantinople. Y a-t-il donc, sur les questions de religion et de morale, deux manières de voir, comme au sujet de la politique et des institutions? Dans cette affaire du mariage , la partialité trop évidente du Consulat ne nuisait plus seulement aux choses de ce monde ; elle s'attaquait à plus haut. De sorte que les résistances du métropolitain ne servirent qu'à montrer aux habitants du pays que leursi opinions religieuses n'étaient pas plus respectées que leurs droits politiques.
Les magnificences royales déployées pour les fêtes
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du mariage, les municipalités des villes se ruinant pour sufQre à des réjouissances imposées, le mépris affiché par le prince Stourdza de Moldavie, lequel devait servir de père assis, d'après le rit grec, et ne dissimulait point que cette corvée lui était imposée par M. Daschkoff; la corbeille de mariage coûtant enfin la somme énorme pour le pays de 3,840,000 piastres : tout ce luxe enfin mêlé à tant de bouffonnerie et de scandale, étonnait et indignait. De tous les sentiments que peut inspirer l'autorité publique , le mépris est le plus funeste; le Hospodar Bibesko venait de s'en couvrir à jamais. Il fallait cependant pourvoir à payer Ze^ prodigalités de son bonheur j comme il les appelait luimême. De cette époque date un plus grand désordre dans les finances. Le Consulat, dans sa joie d'avoir réussi à assurer le repos de l'intérieur du Hospodar, ne cessait de répéter que le gouvemementmarcherait dorénavant avec plus de régularité; etc'estcependantau milieu de cette joie et de ces assurances que toutes les ressourcesdu trésor étaient épuisées, et que les caisses spéciales du clergé étaient enlevées. On alla même plus loin. On attaqua les établissements particuliers : le vaste hôpital de Saint-Pantaléon , fondé et doté par la famille Ghyka, possédait une réserve d'à peu près 700,000 piastres; elle lui fiit arrachée. On en agit de même pour différentes autres fondations pieuses. On évalue à 4,530,000 piastresles sommes soustraitesjus-
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qu^à ce moment à la caisse Centrale, et à environ autant celles qui ont été détournées des évéchés, des vacances de monastères grecs, et des dépôts et héritages ecclésiastiques.
Pour couvrir en apparence ces dilapidations, le gouvernement, sans y être invité, annonce qu^il rebâtira quatre monastères dans les montagnes, ainsi que réglise de révéché d^Ardjech. Les dépensesinatiles qui montent à environ 5,000,000|nastres servent de paravent à cette ingérance illégale dans les affaires pécuniaires de réglise ; mais les deux tiers de ces dépenses sont fictives ; le détail en est confié à des comptables infidèles, et les abbés des monastères sont exclus de la surveillance des travaux.
Quant aux monastères grecs, nous ne touchermis point à cette question , qui doit être bien connue du ministère russe, à causes des incessantes réclamations que sa légation à Constantinople, reçoit de la part des communautés spoliées. Nous nous bornerons h remarquer que cette question est toute d'humanité , en ce sens que les longs malheurs et les misères des populations chrétiennes qui habitent la Turquie inspirent la plus vive sollicitude aux caUnets et aux peuples de FEurope , et que par cela même que les revem» des communautés grecques dans les Principautés servait à soulager ces populaticms, en y entretenant quelqoes écoles, des hôpitaux et autres établissements de ce
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genre, en bien petit nombre hélas ! pour de si grandes et de si longues infortunes, céder aux prétentions des gouvernements moldo-valaques qui veulent s'emparer de tout on partie des revenus de ces communautés , c'est aggraver le sort des populations chrétiennes, auxquelles tout le monde prend un si vif intérêt. S'il s'est glissé des abus dans la gestion des monastères grecs , il est d'abord de fait que ces abus sont dus à la rapacité des administrations indigènes, et lors même qu'ils proviendraient de la négligence et de l'incapacité des religieux , nous ne voyons point que ce soit une raison pour justiCer une spoliation. Ces abus d'ailleurs, il dépend de la Russie, dont l'Empereur est reconnu par les traités défenseur de la religion grecque dans le Levant, de les extirper, de manière à rendre les communautés religieuses compté* tement aptes au but d'humanité et de piété que se sont proposé leurs vénérables fondateurs. Les révolu* tionssecouvrentd'ordinaire du prétexte dubien public, pour excuser la perturbation de la propriété; lesgounemements moldo-valaques ne pourraient arguer du même motif pour conGsquer tout ou partie des revenus des monastères grecs , et cela à une époque ou l'Europe entière se soumet à toute sorte de sacrifices, pour aider au progrès et à l'iostruction des chrétiens du Levant. Estnil venu dans l'idée du gouvernement russe de prélever jamais un droit sur les donations
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importantes , faites par les Zossima , les Varvaqui et tant d'autres, à leurs coreligionnaires, sous le ridicule prétexte que ces hommes pieux avaient fait fortune en Russie? Le Hospodar Bibesko ne comprend Tindépendance de son pays, que dans la persécution des plus nobles intérêts, créés anciennement par la situation exceptionnelle des Principautés en Turquie. Etranger aux antécédents de la noblesse valaque , il n'a pas Fintelligence de Thonneur, légué aux boyards actuels par leurs ancêtres, pour la plupart Grecs , venant au secours de la religion dans son berceau, à Jérusalem, à Sinaï, au mont Athos , et aux ermitages de la Thébaïde.
Nous avons vu jusqu'ici quels ont été les résultats delasuspensiondeTAssemblée, pour les finances, Pintérieur et les cultes ; il nous reste à parler de la justice. C'est la branche du service qui a le plus souffert, et celle où les garanties réglementaires ont été le plus ouvertement violées. Le comte Risseleff avait rencontré de grandes difficultés; et malgré tous ses efforts, il n'avait point réussi à régulariser complètement cette partie du service public. Mais en homme supérieur, il sentit que le temps seul peut former des juges, des avocats et des notaires; et il se borna à veiller sur les tribunaux, et à inspirer une crainte salutaire aux prévaricateurs , en laissant au progrès naturel de l'instruction à faire le s.urplus. Si les gou-
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vernements qui lui succédèrent avaient suivi cette voie, la justice serait déjà organisée en Yalachie. Il eût fallu se montrer sévère sur la moralité des personnes, encourager les études spéciales, respecter rindépendance des cours judiciaires, se renfermer strictement dans sa prérogative, et ne point faire du sanctuaire de la justice une arène électorale, où le vote politique excuserait tous les abus et toutes les malversations. Sous le Hospodarat Ghyka , on tâtonna longtemps, on essaya de diverses modifications , pour remédier à un mal dont la cause n^est point là où on la cherche, mais dans le mauvais usage que les hospodars font de leur prérogative et dans la constante inobservation des dispositions réglementaires. Le Hospodar Bibesko, manquant tout-àfait d'expérience, et ayant de plus le malheur de se croire des idées en matière de législation et de juris^ prudence, augmenta ^la confusion. En nommant M. Yillara, qui avait passé sa vie dans les bureaux des finances, ministre de la justice; en lui déféi'ant une autorité sans bornes ; en repoussant toute requête qui dénonçait Tabus de cette autorité; en peuplant les cours judiciaires de ses créatures et des électeurs qui lui avaient donné le pouvoir, et en excluant tous les hommes spéciaux qui s'étaient fait remarquer par leur aptitude depuis l'introduction des réformes; en dictant les arrêts des tribunaux, en les cassant souvent
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au gré de ses passions ou de ses caprices, il démolit rédifice au lieu de le réparer. Mais il n'attaqua point seulement les tribunaux : il fit une guerre systématique au Règlement, en brisa, en éparpilla les dispositions. Au criminel, il confirma la peine de mort à jamais abolie. Il exila sans jugement préalable, malgré Fart. 6. du traité d'Ac-Kerman, et les prescriptions impératives de la loi fondamentale qui accorde à tous les habitants cette garantie contre Tabus du pouvoir des hospodars. Il augmenta les peines prononcées par les tribunaux, tandis quUl n'a que le droit de les diminuer et de faire grâce. Il porta le désespoir dans Pâme des détenus, et les poussa à de fréquentes insurrections en leur faisant infliger par ses délégués des privations inouies, et en repoussant leurs réclamations avec dureté : il alla enfin jusqu'à faire rédiger des arrêts de condamnation à des peines capitales, sans l'intervention du grefie et des membres du divan suprême qui avaient à signer ces arrêts.
Au civil , il se fit une règle de ne point s'astreindre à confirmer les décisions du Divan suprême. Il changea la loi sur les empiétements des terres, étabUt de nouvelles prescriptions, et se fit en même temps juge et législateur. Les enquêtes judiciaires furent annihilées; les rapports du département de là justice, devenu omnipotent et omniscient, suffirent à tout. L'abus qui se commettait sousGhyka, par exception,
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devint la règle sous le Hospodar Bibesko, et rendit la propriété douteuse. Tout ce qui résista au torrent révolutionnaire des volontés hospodariales, fut éliminé ; et Pindépendance du pouvoir judiciaire alla dormir à côté de TAssemblée, toutes deux brisées par le gouvernement,,qui, d'après ses promesses et ses déclarations, venait rendre son lustre au Règlement Organique , soi-disant mal compris et mal'appliqué par Tadministration précédente. Nous ne parlons point de la vénalité des charges judiciaires, de la persécution des intérêts particuliers, et de la détresse du commerce. Faut-il donner des détails et des preuves sur les résultats funestes de la transgression manifeste des lois? Mais est-ce de gaieté de cœur et sans but qu'on organise le désordre? Nousexprimons seulement encore notre étonnement de ce que le Consulat persistait, même dans cette partie, à applaudir à la conduite du Hospodar, et à accuser de mauvais vouloir et d'ambition les hommes honorables qui fuyaient le contact d'une administration aussi immorale que violente et désorganisatrice.
Troisième époque.
Tels furent les résultats de la suspension des garanties accordées par les traités à la Yalachie. La situation était tellement grave vers la fin de l'année 1846 , époque de l'expiration du mandat de l'Assemblée
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suspendue, et où de nouvelles élections générales al^ lalent faire rentrer le pays dans la jouissance de ses droits politiques , que le Hospodar sentit lui-même qu'il lui était impossible, avec le mépris que son gouvernement inspirait à Topinion publique, de réussir à se former une majorité de députés qui consentissent à passer sous silence les désordres de son administration. EûMl eu cet espoir, qu'il n'aurait pas encore été satisfait; car il était obligé alors de changer de conduite pour l'avenir, et de renoncer à son système. Cependant il fallait se résigner, ou courir le danger de voir la nouvelleÂssemblées'adresser immanquablement aux deux hautes Cours, avec de respectueuses doléances. Dans cette alternative, il adopta le seul parti conforme à la violence de son caractère. Il osa changer la loi des élections, et fit appel au parti des anciens y alaques ou patriotes, pour venir au secours du gouvernement qu'ils avaient créé , et du système qui les faisait vivre.
Cet acte audacieux, qui renverse officiellement les traités et le Règlement Organique, aurait dû être sur le champ sévèrement désapprouvé par le Consulat , chargé de veiller à leur maintien. Non-seulement aucun veto, aucune manifestation de sa part ne vint consoler et fortifier le pays, mais encore toute protestation fut interdite à la noblesse par l'accueil disgracieux que reçurent deux de ses membres , qui
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osèrent adresser leurs réclamations à M. Daschkoff et invoquer son assistance. Nous insérons ici la lettre de protestation quequatre-vingt-quatre boyards de tout rang avaient signée,pour remettre au Consulat, lorsque rebutés par la réception faite à leurs collègues, ils se résignèrent à renvoyer à un temps plus favorable l'expression de leurs griefe. Cette lettre pouvait mieux exposer les droits du pays; mais telle qu'elle est, elle sert à prouver au moins que la Valachie n'est pas morte au sentiment de ses maux.
«Monsieur le Consul général.
» Les soussignés croient de leur devoir de signaler » à Tattention de Votre Excellence l'Office de convo- » cation pour l'Assemblée Générale ordinaire en date » du S7 octobre 1846, sous n*" 330, et les instructions » qui l'accompagnent, comme des actes qui renversent » les principes et les lois qui règlent les élections, et, » comme tels, funestes au maintien de l'ordre public.
» L'Office en question, touten déclarantse renfermer » dansles dispositionsdes paragraphes 3et4des art: 75 » et 76 du Règlement Organique, tout en assurant que » les instruirions émanées de l'Administration Provi- > scnre devront servir, comme par le passé, aux élec- » tions présentes, applique dans le fait les dispositions » des articles précités, d'une manière matâ-iell^nent » contraire à ce qui avait été fait sous l'Administration » Provisoire, et au lieu d'envoyé aux administrateurs
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» des districts les instructions émanées de cette même » adtnihistration, il leur fait tenir celles, toutes diffé- » rentes et toutes nouvelles, publiées dans le n"" 79 du » bulletin officieL
» En effet, sous rAdministration Provisoire, tous les » boyards ou fils de boyards, de quelque rang qu'ils » fussent, pourvu qu'ils possédassent une propriété ter- » ritoriale, et qu'ilseussent l'âge voulu, avaient de droit 9 de voter dans les élections des districts. Et comme, » dans le nombre, il y en avait qui, possédant des terres 9 dans différents districts, pouvaient abuser de ce droit » pour voter dans plusieurs collèges à la fois, le Règle* » mentOrganique, pour obvier à cet inconvénient, éta^ » blit que les collèges électoraux des districts seront » convoqués tous dans le même jour , et à la même » heure, afin de mettre de cette manière les électeurs » dans l'impossibilité matérielle de se présenter en per- » sonne dans plusieurs collèges à la fois. De cette disj> position il ressort que le Règlement Organique n'a » jamaisentendu donner exclusivement, à ceux qui ha- » bitent matériellement dans les districts, le droit de 3» voter, mais bien à tous les boyards propriétaires , » qu'il a voulu empêcher même de mésuser de ce droit. » Les lettres de convocation de cette époque, conser- » vées par plusieurs boyards propriétaires , mais non i> résidant dans les districts , prouvent d'une manière 1» positive que tous indistinctement avaient pris part
HOSPODABiT BIBE8K0. 167
» aux assemblées électorales, sous TAdministration » Provisoire. Ainsi TOfflce en question , qui défend à » tous les propriétaires de voter dans les collèges des » districts, est en opposition flagrante avec les instruc- » tions et la marche suivie par T Administration Provi- » soire, bien qu'il déclare se servir de ces mêmes in- » structions. L'Office en question convoque le grand » collège de Bukarest, simultanément avec les collèges » des districts, en opposition à ce qui s'est pratiquésous » TAdministration Provisoire et aux instructions de » cette époque, et par là il met les boyards de première » classe dansFimpossibilité de voter dans les élections » des districts, comme le leur accorde la loi qui éta- » blit que, dans ces assemblées, les plus avancés en » rang occupent les sièges des secrétaires.
» L'Office en question, en accordant l'éligibilité aux 3» boyards de seconde classe, propriétaires mais non » résidents , rend cette éligibilité impossible , parce » qu'en les privant du droit de voter, et en créant une » classe nouvelle d'électeurs, la classe des résidente, » il donne de fait l'éligibilité exclusiveà ces mêmes ré- » résidents qui se garderont bien de voter pour d'autres » que pour eux. Aussi, parles dispositions de cet Office, » la seconde classe des boyards propriétaires, mais non » rèsidents,est privéede tout droit politique; car en les » privant du droit de voter, on leur rend impossible le » droit d'être élus. Et cependant cette seconde classe
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» de propriétaires non résidents est la plus nombreuse, B la plus riche, et la plus attachée en conséquence au » maintien de Tordre public; tandis que le bien petit » nombre de boyards qui résident dans les districts ne » possèdent, pour la plupart, que des propriétés de peu » d'importance, et se trouvent ordinairement par les » petites fonctions qu'ils exercent, sous la dépendance » absolue des administrateurs et autres agentsdu pou- » voir. Et c'est cependant au profit de cette classe que » rOflSce entreprend de priver la grande majorité des » boyards propriétaires de tout droit politique. Il est » vrai que, pour éviter ce blâme, les instructions » qui accompagnent l'Office paraissent accorder aux » boyards résidant dans les villes , le droit de voter y> dans les collèges des districts dont ces villes ressor- » tissent, lors même qu'ils ne possèdent point despro- » priétés foncières dans cette circonscription. Ainsi à » Bukarest, le collège du district réunira une foule d'é- » lecteurs qui dépasse peut-être le nombre de mille; » tandis que, dans le district avoisinant de Ylaska, le » collège ne réunira peut être pas trente électeurs, sur » environ quatre cents boyards propriétaires dans ce » même district :ce qui établit une anomalie, que le » RèglementOrganique n'a jamais certes entendu con- » sacrer. S'ils'agissaît de réduire l'Assemblée Générale 9 ordinaire aux proportions qu'elle avait sous les hos- » podars, avant l'introduction des réformes, et de dé-
HOSPODÂBiT BIBESKO. 169
» Iruire tout contrôle sérieux des comptes de l'État, il » n'y aurait point de mesure plus efficace que celle or- » donnée par l'Office en question ; parce que la partie la » plus nombreuse et la plus importante des proprié- » taires venant à être éloignée des élections, le résul- » tat de ces élections ne peut être que des députés » désignés par les administrateurs des districts, et » comme tels, des instruments passifs des volontés du ]> gouvernement, prêts à admettre et à consacrer par » leur signature toutes les dépenses, toutes les illéga- » lités, et toutes les injustices qu'il plairait à une ad- » ministration de consommer.
» Pour preuve irrécusable que l'article 46 du Règle- » ment Organique n'a point eu en vue la résidence » matérielle, mais seulement le domicile résultant de » la propriété territoriale , c'est que lorsque le Règle- » ment Organique fut écrit et introduit, il n'y avait » peut-être pas, dans la plupart des districts, comme » Jalomitza , Braïla , Ylaska , Mehédintzi , Yeltza et » autres , une trentaine d'individus réunissant, aux » qualités voulues de rang et d'âge, la résidence maté- » rielle inventée actuellement comme condition sine » qnâ mm dudroit de voter .Les brigands qui infestaient » tes routes, le manque deressources sanitaires, et l'ab- » sencede tout moyend'enseignement rendant l'habi- » tation des campagnes impossible, les boyards de toute n classe résidaient dans la capitale et dans le peu de
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» viUesqui,coinmeGrajowa et Pitesti, étant devenues
• des centres de population, pouvaient offrir quelque » commodité etquelque sûreté pour la vie. D'ailleurs, B ce n'est que sous les administrations des Hospodars B Ghyka et Bibesko, que les petits propriétaires de la » dernière classe ont reçu des titres de noblesse ; il eût » été ainsi maté riellement impossible que le Règle- » ment Organique statuât en faveur d'êtres d'imagina- » tion qui alors n'existaient point. Par le mot domicù » liés, comme la version française le donne, il a » nécessairement entendu ceux qui possédaient les » terres, et avec d'autant plus de certitude, que la base B de l'exercice de tout droit en Valachie porte sur la » propriété territoriale. Mais il est une autre considéra- B tion que celle qui dérive de l'explication gramma-
• ticale du mot domiciliés : c'est que l'Office en ques- B tion, en voulant accorder, uniquement à ceux qui » résident matériellement dans les districts, le droit
• exclusif de vote dans les assemblées électorales, res-
• treint le nombre des électeurs à la plus petite mino-
• rite des boyards, et prive la grande majorité des pro- B priétaires des droits politiques qu'ils ont exercés jus-
• qu'à ce moment sans conteste, en 1831 et 1832 sous » l'administration Provisoire, en 1836 et 1841 sous le B Hospodar Ghyka , et en 1842 sous le Hospodar Bi- » besko, à l'ombre des instructions du comte Risseleff. » Ges instructions seules peuvent faire autorité pour
HOSPOEABAT BIBESKO..
Tapplication de Tarticle 46 du Règlement , parce qu'elles émanent de ce même chef qui a présidé à rintroduction des réformes élaborées sous sa bienfaisante influence, réformes dont les principes ont dû être présents à Tesprit de l'illustre exécuteur d'une loi qu'il avait lui-même fait adopter. Et il est tellement hors de toute incertitude que tel est nonseulement l'esprit du Règlement Organique, mais aussi la pensée des deux hautes Cours, qu'elles stipulèrent solennellement, à Constantinople, que les suppléments que l'Administration Provisoire a jugé nécessaire de joindre au Statut Organique , seront considérés comme faisant partie de ce même Statut; et que, dans une occasion subséquente,desdifQcultés s'étant élevées entre le gouvernement du Hospodar Ghyka et le Consul général de Russie sur une autre expression de ce même article^â du Règlement, M. le baron Rijckman, alors Consul général, a, par une note formelle en date du 1 3 août 1 836, transmis officiellement au gouvernement valaquela décision de SaJHajesté l'Empereur, laquelle coupe court à toute interprétation ultérieure en ordonnant péremptoirement :que les dispositions consignées pari' Administration Provisoire, dans les instrmtions qu^elle a transmises au Conseil administratif, en date des 13 et l^ octobre iSZl , doivent servir dérègle à lamarche des élections, vu qu'elles ne sont qu'un dévelop-
172 HOBPOOABÂT BIBB8K0.
» pement indispensable des principes émispar l'article • iG^dontellesontspécifiél'applicationdanssesdétails. > Mais pour renverser ainsi et les dispositions des » art. 45 et 46 du Règlement, tout en déclarant s'y con- » former, et les instructions émanées dePÂdministra- » tion Provisoire , tout en publiant des instructions » toutes nouvelleset toutes différentes, l'Office en ques- » tion doit prendre, comme il le fait en effet, tous les » caractères d'une nouvelle loi. Et cependantlesloisen » Yalachiesont élaborées parles AssembléesGénérales; » l'autorité hospodariale n'en a que la confirmation et » l'exécution. Le Règlement Organique ne lui accorde » point le droit de changer, en quoi que ce soit, la légis- » lation existante qui règle lamarcheà suivre dans les » élections, parce que cette législation se trouve placée » sous l'égide de l'article 52 du Règlement Organique » qui établit à tout jamais que tout acte d'une Assemblée 3> Générale ou d'un Hospodar, qui serait contraire aux y> privilèges du pays, aux traités ou aux hatti-chériffs, » comme aux droits des deux hautes Cours , sera con- » sidéré comme étant sans force etnon-avenu. Or l'Of- ^^ fice en question est contraire aux privilèges du pays, » parce qu'U prive la grande majorité des boyards de » leurs droits les plus importants; et il est contraire aux » traités et aux hatti-chériffs, comme aux droits des » deux hautes Cours, parce qu'il renverse le mode des 1» élections introduit par l'Administraticm Provisoire,
HOSPODiBAT BIBBSKO. 173
» mode consacré par les traités et par le hatti-chériff D qui en est résulté , ainsi que par la décision plus » récente de Sa Majesté l'Empereur, Protecteur de la » Principauté , consignée dans la note du Consulat y> général de Russie en août 1836.
» C'est à ces causes que les soussignés se croient en » devoir de réclamer lafavorable assistance du Consuy> lat général de Russie pour la conservation de leurs • droits, tout en se réservant de porter par la suite leurs y> humbles griefs jusqu'au pied du trôné de Sa Majesté » l'Empereur, l'auguste Protecteur de cette Princi- » pauté.Pour le moment, ils protestent, au nom de la » Cour Protectrice qui a daigné promettre de veiller » au maintien intact de réformes introduites sous ses » auspices, contre l'Office de convocation et les in- » structions qui l'accompagnent, rendus par S. A. le » Hospodar en date du 27 octobre 1846, parce que ces » actes changentcomplétementles principes et les lois » qui règlent les élections à l'Assemblée Générale ordi- » naire. C'est le coup de hache porté sur la clef de voûte » soutenant le corps entier des améliorations et des » réformes, qui, sous le titre de Règlement Organique, » nous ont été accordées et garanties par les deux » hautes Cours , en retour de l'abandon volontaire, » effectué par nous sous la mémorable administration y> du comte Kisseleff, des droits et avantages ancienne- » ment attachés aux grandes charges et à la qualité de
174 HOBPODÂBiT BIBB8K0.
» boyard, diaprés des usages traditionnellement admis » et consacrés par une possession de plusieurs siècles.
• Ces actes, les soussignés ne peuvent les considérer - comme obligatoires, — non-seulement parce qu'ils les » privent de droits, que les administrations du comte » Kisseleff et des Hospodars Ghyka et Bibesko leur ont » reconnus jusqu'à ce moment, sans conteste, de voter » dans les élections des districts; non-seulement parce
• qu'ils privent à tout jamais leurs enfants de prendre » part aux affaires de leur pays, sous peine de se sépa- » rer de leur famille et d'aller habiter les déserts des
• districts, où tout moyen d'éducation manque totale- » ment; non-seulement parce qu'ils retirent à la grande » majorité des propriétaires, aux plus intelligents, aux » plus indépendants par la fortune, et aux mieux ren- > seignés sur les affaires du pays, toute participation » aux élections, pour confier exclusivement le dépôt sa- « cré de la défense des intérêts publics à une minorité » de petits propriétaires, la plus infime, la plus dénuée » d'indépendance de fortune, la plus frustrée des avan- » tages de l'instruction, portée par conséquent, par » ignorance et par position, à sacrifier l'avenir au pré- » sent et à servir d'instrument passif aux abus, — mais » parce que ces actes joignent, à toutes les illégalités » ci-dessus relatées, le vice capital de toucher, sans >• l'assentiment des deux hautes Cours, et sans la parti- » cipation de l'Assemblée Générale ordinaire, à la plus
HOSPODABAT BIBESKO. 175
» fondamentale de nos lois, d'en dénaturer le principe, » de heurter violemment les intérêts les plus respec- » tables, de semer la division, la haine et des passions » heureusement inconnues dans notre paisible pays, » et de paralyser en même temps les effets de la haute B et bienfaisante pensée qui a voulu rompre, à tout » jamais, le réseau de la centralisation des abus dans
• les bureaux de l'ancienne Vestiarie, en soumettant » les comptes de TÉtat au contrôle réel et non fictif
• d'une Assemblée élue par tous les propriétaires. » Si cette protestation avait été remise, il est difficile
de croire, après tout ce que nous voyons se passer tous les jours , que le Consulat n'aurait point réussi à la présenter, à Pétersbourg, comme une démarche de peu de valeur. Et lors même qu'on en eût jugé autrement , et qu'on eut enjoint au gouvernement valaque de se renfermer dans l'observation du Règlement, les opérations électorales auraient été terminées avant que cette décision eût pu parvenir à Bukarest. Lesordonnances s'étaientprécau tionnéescontre ce danger , par le délai très-court qu'elles assignèrent pour la réunion des collèges. Une fois les députés élus, le Consulat n'aurait pas de peine à soutenir le fait accompli, et à renvoyer l'exécution de la loi aux calendes grecques : manière d'agir qui ne manque jamais d'être accueillie par le consentement du silence, dans le profond dégoût que les embarras des affaires va-
176 B08P0DARAT BIBI8K0.
laques inspirent à Pétersbourg, et dans Topinion, sans cesse entretenue par les rapports du Consulat, que ces affaires ne méritent pœnt l'extension que leur avait donnée le comte Kisseleiï. Nous pensons donc que le sort de la loi électorale et du Règlement qu'elle était destinée à soutenir, avait été d'avance décidé entre le Hospodar et le Consulat, qui, étroitement unis par une entente cordiale, préparent de longue main la solution de toutes les questions qui les intéressent , et ne redoutent plus, aumomentderexécution, que desplaintes isolées et timides, qu'ils ont d'avance caractérisées comme insignifiantes et peu dignes d'être écoutées, viennent apporter un obstacle à leurs projets. Nous en avons pour exemple, tout ce qui aétéillégalement perpétré sous le Hospodarat actuel. Pour s'emparer des caisses spéciales du clergé , on avait commencé par écrire qu'il vautmieuxemprunter à ces caisses, dont les capitaux ne servent à rien, que d'augmenter de plusieurs dixièmes supplémentaires les impositions qui pèsent sur le paysan. De quelle valeur peuvent être, après coup, des plaintes sur l'illégalité de cette mesure une fois permise et exécutée? Et sur quoi se fonderait-on pour donner créance aux abus auxquels l'adoption de cette mesure adonné lieu, lorsque les rapports du Consulat et les assurances du Hospodar présentent les choses , conune étant dans le meilleur état ? Pour ramener le système des corvées, et rétablir
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des impôts abolis par le Règlement Organique, n'avaiton point écrit à Pétersbourg, en s'appuyant de l'intérêt du commerce et de Tagriculture, lescpiels, en tout pays, réclament l'ouverture de grandes communications à l'intérieur? On avait osé même annexer les plans des routes à construire, et un ensemble magnifique de travaux. Eh bien ! que signifieraient des plaintes qui accuseraient le Hospodar de ne pas s'en tenir aux lois des finances établies par le Règlement? Oui bien, il l'a fait. Mais il en a d'abord demandé la permission ; et c'est dans les meilleures intentions , c'est pour améliorer l'état du pays, qu'il modifie ces lois ! — Mais il ne pratique rien ; cinq ans se sont passés, et il n'y a pas ombre de routes et de canaux ; il applique leç nouveaux impôts à embellir ses terres et à bâtir à sa femme des palais de plaisance somptueux. — Et pourquoi donc croire à ces assertions, dont toutes les oppositions passées et futures se servent contre les meilleurs gouvernements? Pour employer exclusivement le parti des anciens Valaques ou patriotes et lui livrer toutes les ressources du pays, n'a-t-on point représenté depuis longtemps à Pétersbourg tous les boyards comme corrompus et indignes de l'intérêt du ministère Impérial? Et quel moyen d'ailleurs adopter pour parvenir à séparer l'ivraie du bon grain , s'il y en a ? Et quelles plaintes trouveraient sur ee point un accès favorable, lorsque les rapports du Consulat appuyent
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les accusations du Hospodar? Il en a été de même sans doute pour la destruction de la loi électorale. Le Hospodar, vous verrez, aura agi par bonne intention; il aura voulu appliquer la lettre de la loi, et agir d'après leRèglement'Vérité. Le comte Kisseleff a pu faire autrement; mais ce n'est point une raison pour qu'il faille marcher aveuglement sur les traces de cet ex-roi des Principautés , comme les buralistes du département affectent de le désigner. Et puis, voilà que le résultat est des plus excellents. Le pays ne bouge pas; donc il est tranquille , sinon heureux. La nouvelle Assemblée ne se plaindra point, ne criera point, c'est l'essentiel. M. Daschkoffesl le phénix desConsuls, et le Hospodar un Prince comme on n'en voit pas! Mais cependant, pour nous qui ne sommes, ni Hospodar, ni Consul, qui avons été dans le pays, qui avons vu , ce qui s'appelle vu, de nos propres yeux , et qui après notre départ, recevant les renseignements les plus exacts, tous basés sur des actes officiels que nous pou vous produire, actes appuyés des explications les plus lucides, venant des boyards les plus honorables et les plus dignes de foi, parce qu'il s'en trouve encore et beaucoup, malgré les assurances contraires du Consulat ; pour nous, qui avons pour unique but d'éclairer l'opinion publique, et de payer l'hospitalité qu'on nous a accordée en Valachie, par un bien faible service, celui d'exposer la vérité seule , nous ne pouvons
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mettre au-dessus des faits les considérations subreptices sur lesquelles s'étaye le système de Tadministration actuelle, et nous disons ce qui est.
Ces faits, il dépend du ministre russe d'en constater l'existence et Ja gravité. Du Danube à la frontière moldave, ce n'est qu'un long cri de douleur contre la rapine organisée; et ce pays que l'Adresse de l'Assemblée au Hospodar Ghyka représentait comme succombant auxabus, c'est snr son sol que l'administration actuelle trouve encore des sueurs et un sang abondants à sucer. Toutes les classes des habitants étaient satisfaites de leur sort, lors delà retraite de l'administration russe; et voilà que, bientôt après, le clergé dépouillé et honni, les boyards dépouillés de leurs droits et calomniés, la bourgeoisie méprisée, les paysans réduits par la misère au désespoir, doivent se tenir satisfaits de ce qu'on les rend malheureux, parce qu'on le fait au nom du bien public et avec permission : et s'ils se plaignent, c'est qu'ils font métier de la plainte et ne méritent pas d'être écoutés. Et c'est au milieu d'un pareil état de choses que le ministère Impérial n'aurait pas le moyen de connaître la vérité ! Qu'il essaye seulement de le vouloir, et il verra!...
Le Hospodar, avant de publier les ordonnances sur la nouvelle loi des élections, parcourut le pays dans tous les sens ; et sans égard pour la loi des avancements qui l'oblige à observer l'ancienneté, et lui ac-
ISO HOgPODARAT BIBBSKO.
corde seulement, pour récompense au mérite, le droit de faire grâce d'une année de service sur les trois exigées pour obtenir un rang supérieur, il distribua une énorme quantité de titres honorifiques à la classe la plus infime des pr(^riétaires que nous voyons signalée dans la protestation des boyards sous le nom de résidents. Après avoir ainsi créé une foule d'électeurs, et leur avoir promis de les rendre seuls maîtres dans les collèges des districts, par Pexclusion des propriétaires aisés mais non résidents, il retourna dans la capitale, où Ton désespérait déjà du salut des lois. Il s'assura enfin une majorité factice jusque dans le grand collège de Bukarest, en mésusant de nouveau et plus audacieusement enccwe de la Id sur les avancements, ainsi que par l'abolition du vote secret, et il obligea tous les employés à lui présenter leurs bulletins écrits sous les yeux du maitre de la police, auquel il confia, en cette occasicm, la menée et la surintendance des élections.
Il advint de tout cela que l'Assemblée fut formée de dix-neuf députés des districts, pris uniquement dans la classe des résidents, et de vingt boyards de première classe, ou employés de l'administration, ou récemment créés. Le banc des évêque^ resta désert, par la vacance des trois évêchés et par l'état hs^tuel de maladie du Métropolitain ; et l'Assemblée, contrairement à la loi, fut présidée par un vieux boyard sur-
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nommé Tempête, parce qu'il est ordinairement peu maître de son jugement et de la fougue de ses colères. Tels étaient les représentants du pays, auxquelsle Hospodar avait à rendre compte de ses actes, depuis la sus* pension des garanties réglementaires. Un discours ampoulé, oùFonessaye dedissimulerla vérité sous Thyperbole du mensonge, fut prononcé à Touverture de la session, et devait prouver à Saint-Pétersbourg que l'administration, si elle était accusée, Pétait faussement, puisque le pays, censé représenté par l'Assemblée, ne démentait point les assurances que le Hospodar donnait à haute voix sur sa progressive prospérité. Les comptes des années 1843, 18M, 1849 et 1846, furent sanctionnés sans examen. Les impôts arbitrairement établis, leur perception, et leur application plus arbitraire encore, furent légalisés; le budget fut déchargé d'une nouvelle somme annuelle de 500,000 piastres sur la caisse centraledes monastères, laquelle caisse, avec les 710,000 ps. qu'elle payait déjà, dut contribuer désormais aux dépenses de l'Etat pour 1,210,000 ps., sans espoir de jamais rentrer dans les débours faits à titre de prêt à la vestiarie, de 2,800,000 ps., pour compte du Hospodar, en indemnité de ses frais d'investiture. Une somme de 500,000 ps. fut accordée pour régulariser le mode de tailler le sel dans les carrières, dépense qui ne peut tout au plus aller qu'à environ 200,000 ps. Un impôt universitaire fut établi dans un
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pays où, comme le comte Risseleff se plaisait à le répéter, il faudrait au contraire donner des primes pour encourager rinstruction qui est à Tétat rudiment taire. La vente des postes faite par le gouvernement seul, avec perte considérable pour TÉtat, fut légalisée sans aucune observation, même pour le nouvel impôt qu'elle établit par l'élévation du prix de la course. La concession des salines, malgré les profits évidents réalisés par le fermage antérieur, fut accordée sans augmentation de prix et avec prolongation de deux années de jouissance, condition bien onéreuse pour les finances. Le zèle enfin de cette Assemblée alla si loin, qu'elle déclara ne vouloir plus lire les projets que lui présentaient les ministres, mais les voter par acclamation , sans examen et sans discussion. Ainsi furent adoptés: le projet de loi, qui augmente du triple la taxe des appels judiciaires ; celui qui détruit le principe réglementaire des trois instances, et dote la prérogative hospodariale du droit de confirmer les arrêts des tribunaux de première et deuxième instance, sans renvoi en appel au divan suprême*; celui qui dépouille les évéques de leurs revenus, et abolit
' Ce qui était la seule garantie réelle contre les caprices et les passions du pouvoir, puisque cette haute cour de justice, composée da boyards les plus élevés en rang et présumés les plus indépendants, était plus en situation d'échapper à rinfluence du Hospodar, qui im-< pose facilement sa volonté aux tribunaux inférieurs.
HOSPODARAT BIBBSKO. 183
sur ce point le Règlement et la loi votée,en 1480, sur la régularisation des biens de Féglise ; le projet enfin qui accorde la liberté aux Bohémiens des monastères grecs et des évéchés valaques. Cette dernière mesure, prise uniquement dans le but de s^attirer des louanges de la presse européenne en en attribuant Thonneur au Hospodar Bibesko, mérite des explications. Les Bohémiens du clergé en Valachie, esclaves de par la loi, étaient placés, en fait, dans de bien meilleures conditions que les paysans soi-disant libres. En payant de 25 à 30 piastres par an à leurs maîtres, pour toute redevance, ils pouvaient se livrer à toutes les industres, sans aucune autre obligation envers qui que ce fut. Le paysan, au contraire, soumis au service des dorobantz et de la nûlice, paye 32 ps.à FEtat 3 ps.à la caisse communale', 9 ps. pour la corvée des routes, environ 100 ps. au seigneur, et se trouve de plus en butte à toutes les illégales exigences des employés administratifs et judiciaires qui le réduisent à ces privations proverbiales que l'esclave n'envierait certainement pas au milieu de sa plus grande misère. Le Hospodar Bibesko , en délivrant les Bohémiens , pour augmenter les revenus de l'Etat au détriment du clergé, et pour les assimiler au paysan, a considérablement aggravé leur sort, et cela avec l'imprudence qui est le fond de son caractère, sans avoir préalablement entrepris d'assurer au moins la nourri-
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ture de ces tristes populations, la plupart impropres à Pagriculture. Dix mille familles vont de cette manière se trouver livrées à une existence incertaine et précaire, et se fondront bientôt par la misère, les maladies, la faim et les charges excessives qui leur sont imposées, et auxquelles elles échappaient par la protection de leurs maitres : toutcela, pour donner au Hospodar Uibesko la seul^ gloire qui lui manquait encore, celle de travailler au bonheur de ThumamtélEt cependant nous soutenons que Tabolitionniste le plus déterminé n'aurait point consenti à donner la liberté au Bohémien, pour Tassimiler au paysan soidisant libre de la Valachie*
La clôture de cette Chambre ardente, formée de la fine fleur du parti des anciens Yalaques ou patriotes, fut prononcée après le vote d'une Adresse de remer» eiements superlatifs au Hospodar pour son excellente administration, son économie et son patriotisme (sic). Par contre, les plus amples récompenses lui furent prodiguées. M, Yillara passa, du ministère de la justice, à celui de Pintérieur qui estla plus grande charge du pays, et comme une espèce de vizirat; trois autres ministères furent accordées à des favoris de boudoir, lesquels avaient signé un faux témoignage qui servit de base au patriarchat de Constantinople pour casser la décision dii Métropolitain relativement au divorce; et les grandes charges judiciaires furent distribuées aux
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autres boyards, députésdu collège de Bukarest. Quant au fretin des soi-disant représentants des districts, ils reçurent des rangs et des places secondaires, avec toute latitude d'aller pressurer leurs localités.
Que faisait donc M. Daschkoff, au milieu de cette orgie politique ? Les privilèges du pays, les traités et les hatti-chériffs, comme les droits des deux hautes Cours, étaient mis en lambeaux; le Règlement Organique, les principes qu'il consacre, les exemples léguèsparFAdministration russe, les intérêts de toutes les classes des habitants, étaient foulés aux pieds au profit du Hospodar, de M. Villara et d'une poignée de factieux qui arrachaient jusqu'aux racines du système de légalité et du progrès civilisateur introduit par la Russie. Et le Consulat n'avait d'autre préoccupation que de faire faire silence. Le silence desValaques! mais il est si facile de l'obtenir \ la Russie a si profondément gravé dans leurs cœurs les sentimens de la reconnaissance et de la vénération pour ses bienfaits passés, qu'ils se résignent à tous les malheurs, plutôt que de recourir, pour se délivrer de leurs oppresseurs de clocher, à des moyens qu'ils savent déplaire à Tauguste Protecteur de leur Pays. Mais profiter du respect et la gratitude d'un peuple pour lui infliger des souffrances au-dessus de ses forces, pom* l'avilh' et l'écraser ainsi sans pitié, c'est une idée asiatique, indigne de notre siècle et de nos mœurs! Et ce n'est pas assurément celle de l'Empereur Nicolas.
1S6 H08P0DARAT B1BB8K0.
Résumons.
Le Hospodar Bibesko, gouverne depuis quatre ans; il a reçu du pays :
En impôts ordinaires, diaprés ses
propres budgets 81,468,083 p»«»
En impôts extraordinaires . . . 18,072,000 Réserve laissée par Ghyka dans les
caisses de la vestiarie. . . . 1,100,000 Réserve laissée par Ghyka dans la
caisse centrale 2,347,000
Revenus de la caisse centrale pour
quatre ans , jusqu'au 23 avril
Réserve de l'hôpital de S'-Panta-
léon 650,000
Réserve de rétablissement de bienfaisance de S'-Spiridion . . . 70,000 Héritage de révoque d'Ârdjech. . 200,000 Réserve pour la construction d'un
local qui devait servir aux en-
A reporter. . . 112,907,083 p^
' Les revenus de cette caisse ii*ont point augmenté sous le Hospodar Bibesko, de ce qu'ils étaient sous Ghyka; et si des abus se commettaient sous Gbyka dans les encbères de ces revenus, il est en conséquence avéré que ces abus se continuent de même sous le gouvernement actuel.
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Repart. • . • 112,907,085 p^** fants trouvés laquelle a disparu 377,758
Coupe des forêts du clergé et des hôpitaux 3,000,000
Exportation des céréales *• . . 1,500,000
117,784,841 A cette somme il faut joindre :
Pour les abus des arrangements forcés 64,000,000
Pour les revenus des évêchés vacants 2,000,000
Pour les vacances des monastères grecs 1,500,000
Pour dons exigés des monastères grecs à Foccasion de la reconnaissance de leurs abbés, de la confirmation de leurs fermages
.très
A reporter. . . 185,284,841 p'
■ Le produit du droit sur rexportation des céréales ne figure point dans le budget; accordé, sous le hospodar Ghyka, au gouyemement, pour gratifications à ceux des boyards qui auraient mérité par leurs services des récompenses signalées, il ne fut plus sous le Hospodarat actuel qu'une allocation supplémentaire de la Ibte civile.
188 H09P0DABAT BIBK6K0.
RejHyrt 185,284,841 ps.
et des sentences judiciaires qu'ils auraient obtenus, et de mille autre motifs * 4,000,000
189,284,841 ps.».
Nous ne parlons pas ici des autres abus qui pèsent sur le paysan f et que nous avons mentionnés dans le récit de Padministration^ Il est très difficile d'évaluer en chiffres ces sortes de prestations journalièrement exigées; la somme de 64,000,000 ps. à laquelle nous avons évalué les abus des arrangements forcés, à raison de 1 6,000,000 ps. par an, renfermera ainsi, avec une estimation de beaucoup au-dessous de la réalité, tous les abus dont se plaint le paysan. Il y a bien aussi une foule d'autres articles, qu'il eût été fastidieux
' Uabbé du monastère de S^- George aYait perdu les titres des terres dépendantes de ce monastère dans Tincendie qui dévora dernièrement une notable partie de la ville de Bukarest. Il demanda que les copies de ces titres qui existaient fussent légalisées ; mais on lui répondit qu*on ne lui accorderait le paraphe nécessaire que moyennant le don d'une terre apportant 65.000 ps. de revenu annuel. On peut juger d'après cela si nous n'avons point évalué au minimum les abus relatifs aux monastères grecs.
> n faut joindre à cette somme environ 2,000.000 ps. que le Hospodar actuel a retiré des ventes Gctives des terres de la faillite Mosko.
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de relever, comme les malversations qui se commettent dans les caisses de la milice, dans les subsistances de la capitale, dans la caisse du théâtre, etc. nous les passons sous silence.
On croirait difficillement qu'une population de 310,000 contribuables ait pu payer, en quatre ans, le total que nous venons d'énumérer et qui, en ai-gent de France, équivaut à près de 85 millions de francs, si Ton ne s'expliquait ce prodige par la hausse énorme du prix des grains en Europe. C'est cette hausse momentanée qui dissimule la misère réelle du paysan valaque, et l'a mis jusqu'ici en état de suffire à des charges aussi accablantes. Mais une fois que le prix des grains retombera au taux habituel, il y aura crise nécessairement. Et qui pourrait garantir aux Principautés , que des années de sécheresse ne viendront point les rendre elles-mêmes tributaires de pays plus favorisés? Et alors quelles sont les ressources dont le gouvernement valaque disposerait pour nourrir la seconde Irlande qu'il a créée? Déjà, au moment où nous écrivons, une terrible épizootie sévit sur la province; le paysan, dans la plupart des villages, a perdu ses bétes à cornes, et le gouvernement, qui a consumé le produit des années d'abondance, se voit dans l'impossibilité matérielle d'offrir le moindre secours aux cultivateurs. Nous sommes bien loin des exemples légués par l'administration du comte Kisseleff, qui veillait