‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 100 sur 172 · ATTAQUE DU BOULEVARD DU PONT · texte numérisé non relu

ATTAQUE DU BOULEVARD DU PONT

Sur ces entrefaites, Jean de Luxembourg partit pour marcher au secours de Vitry-en-Perthois (Vitry-le- François)que les troupes de Charles VII assiégeaient; mais il arriva quand déjà la ville avait capitulé ; aussi pour se dédommager, il s’empara successivement de Crépy (en Laonnois) et de Soissons, puis, enchanté de son expédition, il s’en revint devant Compïègne où il fut « bien-viengné et conjoy ( félicité et fêté ) de chascun et moult reçu à bonne chière. »

Cependant, des mouvements de troupes avaient eu lieu dans l’armée du duc de Bourgogne. Le seigneur de Montgommery et le sir Jean Stuart s’étaient dirigés vers la Normandie ; mais ils avaient été remplacés par les comtes d’Arondel et de Huntington * deux capitaines anglais qui amenaient avec eux un renfort d’environ deux mille hommes composés de chevaliers, d'écuyers et d'un grand nombre d’archers. Le duc leur céda son « beau et bon logis de Venette », et vint occuper la grande bastille qui faisait face au pont. Il espérait ainsi réduire plus facilement « ce bollewert qui tant luy contrarioit en cœur » et qui « grevoit moult fort ses gens. »

Aussitôt il « le fit battre d’engiens par haut et par bas, jour et nuit, et ne donna cès (cesse), ne repos à ceux de dedans de nulle heure qui fust. » Mais rien ne put amollir le courage ni l’énergie des vaillants défenseurs de Compiègne.

Deux mois s’étaient déjà écoulés et Philippe le Bon commençait à désespérer d’arriver à ses fins, quand,

i. Jean Holland, comte de Huntington, depuis duc d’Exéter, mourut le 5 août 1446.

238 LA PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏEGNE.

au milieu d’une nuit où la garnison de Compiègne était harassée de fatigue, un assaut vint brusquement la surprendre. La résistance alors fut bientôt impossible, et, pendant que les uns fuyaient vers la ville ou se jetaient dans l’Oise au risque de se noyer, les autres étaient tués ou faits prisonniers, et le bastion restait au pouvoir des assiégeants.

Le duc de Bourgogne considéra la prise de cette position comme une véritable victoire, (en réalité, c’en était une); aussi, il en transmit la nouvelle à tous ses partisans *. Puis il fit combler les fossés du boulevard et installer des batteries pour en foudroyer la ville 1 2 3 .

La perte de cette demi-lune si importante pour la défense de Compiègne, jeta tout d’abord la consternation parmi les habitants. Quelques-uns d’entre eux balbutièrent le mot de capitulation, mais la grande majorité se prononça pour la résistance quand même, et tout en se préparant aux plus durs sacrifices, chacun plaça son espoir dans la protection du roi*.

1. Le messager qui informa la ville de Lille « de la prinse du Bollwercq devant Compiengne » reçut xxi 1 1 s. p. à titre de gratification. (V. La Picardie , année 1857, p. 28.)

2. Le duc de Bourgogne pour mieux se rendre compte des travaux du siège avait fait construire une barque couverte de cuir, dans laquelle il circulait sur l’Oise sans danger d’être reconnu. C’est ainsi qu’il fut plus tard accordé à Jehan Prévost boucher xvm 1. mi s. pour xxvm cuirs de vache destinés « à couvrir le bastel d'armée que Monseigneur Jist faire devant Compiengne. » (La Picardie , ann. 1857, p. 27.)

3 . « Or a primes les commençoit (les François) peur à estraindre et soucy à pincher, quant se virent si approchés et que ce que fait avoient pour leur deffense leur estoit maintenant un lieu et un baston de menace, sy (ils) ne se savoient à

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