DIMINUTION DES RESSOURCES PÉCUNIAIRES
immeubles qu’elle avait l’habitude de donner en location restaient vacans et les perceptions de cens ou de surcens présentaient de grandes difficultés. En outre., les droits de péage (aujourd’hui d'octroi) qu’elle prélevait sur les vins, la cervoise (bière), le minage (blé), le sel et autres choses, diminuèrent sensiblement pour ne pas dire complètement. Il fallut donc, malgré la gêne qui pesait sur tout le monde, recourir à des tailles successives. La première, qui date du mois de juin 1430, fut de deux cent quatre-vingt-quinze livres, deux sols, six deniers parisis : la seconde, qui la suivit de près, et qu’on décora du nom d’emprunt sur les habitants pour les dépenses des gens d’armes et pour avoir des habillemens de guerre , s’éleva à deux cent huit livres quatre sols parisis.
Malgré toutes ces mesures, les assiégeants gagnaient du terrain. A plusieurs reprises, la garnison avait bien tenté quelques sorties dirigées surtout du côté de Venette, et dans l'une d’elles, on s’était emparé d’un veuglaire que les registres de comptes appellent une rougeole; mais, en réalité, ces sorties n’avaient pas produit de résultats sérieux, et le bombardement continuait de plus belle *. Un jour, un prolouées pour le temps de cest compte pour l’occuppation de la guerre.
« Reçu de Jehan Langelé pour les prés de la Ville qu’il print à ferme pour l’an mil 1 1 n° vingt-neuf.
« Les diz prés pour l’an mil 1111 e trente furent de nul proffit pour le fait du siège qui fut ou dit an devant Compiengne depuis le moys de may jusques vers la Toussaint. »
{Archiv.de Compiègne, CC. 1 3 , f os 5 et 6 .)
1. « Or se faisoient tous les jours felles (cruelles), et dures
236 LA PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.
jectile lancé par les assiégeants vint frapper Louis de Flavy et le tua. C’était un « bel escuier, fort et radde et de grant hardement (hardiesse). »
En apprenant cet évènement, Guillaume « fut moult troublé et anoyeux, » mais Guillaume, dans la crainte que la mort de son frère ne démoralisât les défenseurs de la place, comprima sa douleur, et « pour resbaudir ses gens, brief ensuivant, fist devant lui sonner ses ménestrelx, ainsi qu'il avoit accoustumé de faire *. » Pendant ce temps, les Anglo-Bourguignons redoublaient d’efforts pour s’emparer du boulevard. Ils creusèrent plusieurs mines, sous leurs taudis , mais les assiégés qui avaient de leur côté, « fait faire ou (au) fons des fossés dudit bolevert, petites maisoncelles de bois, où ilz se tenoient pour faire leur guet moult subtillement, » opposaient aux gens du duc de Bourgogne des pionniers qui contreminaient leurs travaux et les attaquaient à l’improviste. lien résulta une série d’engagements dans lesquels plusieurs capitaines, « tant de la partie de Bourgongnecommedes Anglois, » perdirent la vie, entre autres, Jean de Bailleul, chevalier de Flandre, Allart d’Escaussines et Thiébaut de Tantignies du Hainaut, etc.
escarmuces devant ce bollewert du pont, là où Englés et Bourgongnons vaillamment et bien se portèrent encontre François et Françoys, moult valereusement aussi encontre Englés et Bourgongnons en très-aigre et très-fière deffense, jusquesà sang respandus souvent entre les deux parties d’un costé et d’autre et estre durement blessés, dont toutes voyes, ne l’un ne l’autre ne se pouvoit vanter de la victoire pour ce que nul n’avoit sur l’autre rien d’avantage encore. »
Chronique de Georges Chastellain , T. II, p. 54.