‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 114 sur 172 · CONSEIL DE GUERRE TENU PAR JEAN DE LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

CONSEIL DE GUERRE TENU PAR JEAN DE LUXEMBOURG

sarpes (serpes), hauwiaux (hoyaux) et autres pareulx ostieulx (pareils outils) », ils enlevèrent tous les obstacles qui s’opposaient à la marche des hommes de guerre.

Jean de Luxembourg ne tarda pas à apprendre ce qui se passait. Aussitôt il convoqua son conseil de guerre et l’on y agita la question de savoir si l’on irait au devant du comte de Vendôme qui devait passer la nuit à Verberie, ou si, au contraire, on l’attendrait lui et les siens, jusqu’aux portes de Compiègne. En faveur de cette dernière opinion, on faisait surtout valoir que, si on marchait en avant, la garnison de la place pourrait bien en profiter pour faire une sortie en masse, et qu’alors on se trouverait pris entre deux feux. Cette considération finit par prévaloir ; la majorité décida qu’on se bornerait à attendre le comte de Vendôme, « ne trop long ne trop près, droitement entre la forest et le logis du sire de Luxembourg», c’est-à-dire l’abbaye de Royallieu, et que l’on renforcerait chacune des bastilles. Une fois ce plan arrêté, il fut convenu que le lendemain à la pointe du jour le comte de Huntington, à la tête des Anglais, quitterait Venette où il laisserait ses bagages ; qu’il passerait l’Oise sur le pont de bateaux, et viendrait se ranger en bataille au-dessus de Royallieu pour faire sa jonction avec Jean de Luxembourg qui, de son côté, devrait remiser dans les bâtiments de l’abbaye « chars, charrettes, macaux (sacs), vivres et autres telles besongnes», le tout sous la garde et surveillance de Philippe de Fosseux et du seigneur de Cohem. Quant aux bastilles, on augmenta de cent hommes la garnison de

celle du faubourg Saint-Lazare et Jacques de Brimeu fut maintenu à sa tête, avec recommandation de tirer le canon, en guise de signal, s’il était l’objet d’une attaque quelconque du côté de la place, afin qu’on puisse voler de suite à son secours. Baudot de Noyelles demeura chargé de la défense de celle élevée en face du pont, du côté de Margny, et les deux autres, « au lez vers Clairoix », restèrent également confiées aux mêmes capitaines qu’à l’origine.

La soirée se passa ainsi dans des préparatifs de toute nature ; les chefs rassemblèrent leurs hommes, leur recommandèrent de bien prendre leurs dispositions pour attendre l’ennemi, et de veiller surtout, tant à pied qu’à cheval, pour qu’il n’y ait aucune surprise pendant la nuit.

De leur côté les Compiégnois sentaient bien que le moment décisif approchait. Guillaume de Flavy et ses lieutenants inspectaient chacune des compagnies dont ils exaltaient le courage, et les attournés , haranguant les habitants devant la maison de ville, distribuaient des armes à ceux qui en manquaient, et leur rappelaient à tous qu’il fallait savoir vaincre ou mourir; puis, de part et d'autre, on se reposa, les Bourguignons, rêvant qu’ils allaient enfin entrer dans la terre promise, et les Compiégnois, que le siège était levé. Seule la guette de la tour Saint-Michel , veillait et apercevait ça-et-là, dans le lointain quelques feux de bivouac des sentinelles avancées.

Le lendemain (mercredi 25 octobre), dès l’aurore, le comte de Huntington se mit en route, franchit l’Oise devant Venette et rejoignit Jean de Luxembourg entre

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