‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 116 sur 172 · PRISE DE LA BASTILLE DE SAINT-LADRE · texte numérisé non relu

PRISE DE LA BASTILLE DE SAINT-LADRE

épouvantable et hideuse à voir assaillans et deffendans contendre en la mort l’un de l’autre par toutes manières d’engins et de bâtons.... Et là atout eschelles, en telle multitude de gens qu’ils estoient, abandonnai leurs corps et vies à l’aventure, courageusement montèrent dedans ». Et Monstrelet ajoute : « Aussi estoient hommes et femmes, qui sans eulx espargnier, grandement et vaillamment en tous périlz se adventuroient à eulx grever leurs adversaires ». Assurément, quelques-unes de ces valeureuses Compiégnoises auraient mérité, si leurs noms étaient arrivés jusqu’à nous, les mêmes honneurs que ceux conquis par Jeanne Hachette quarante-deux ans plus tard. N’en rendons pas moins hommage à leur courage et à leur patriotisme, car, sans la prise de cette bastille de Saint-Ladre, qui sait ce qui serait advenu, non seulement pour Compïègne, mais encore pour la France entière.

Plus de cent cinquante combattants, du côté des ennemis, perdirent la vie dans cette attaque. Parmi eux figurèrent le seigneur de Lignières, Archambault de Brimeu, Guillaume de Poily, Druot de SouySj Lyonel de Conteville, etc., etc. D’autres encore furent prisonniers et conduits à Compïègne: Jacques de Brimeu ; le seigneur de Créqui ; Florimond de Brimeu ; Waleran de Beauval ; Ernoul de Créqui ; Colart de Bethencourt, seigneur de Rolepot ; Renauld de Sains ; Theri de Mazinghien ; Laygle de Rotheflay et le bâtard de Renty, subirent, d’après Monstrelet, ce triste sort, et ne recouvrèrent la liberté qu’au prix de rançons considérables.

2Ô2 LA PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.

Jean de Luxembourg n’avait pas été sans entendre le canon de la bastille de Saint-Ladre ; mais malgré son désir de porter secours à Jacques de Brimeu et autres, il n’avait pu le faire dans la crainte d’être poursuivi par les gens à cheval du comte de Vendôme et du maréchal de Boussac. Aussi demeura-t-il en place 1 .

Cette façon d’agir est vraiment singulière, et l’on ne peut s’expliquer comment deux troupes, également nombreuses, ont pu rester ainsi pendant plusieurs heures à se regarder, pour ainsi dire nez à nez, sans fondre l’une sur l’autre ; et à supposer que l’armée des Bourguig'nons ne fût composée que d’archers à pied, comment Jean de Luxembourg n’a-t-il pas fait venir de Venette, de Margny, voire même de Clairoix, un renfort de cavalerie ? il en avait tout le temps. D’un autre côté, comment le comte de Vendôme et le maréchal de Boussac n’ont-ils pas cherché à profiter de leur supériorité pour mettre leurs ennemis en déroute ? une pareille tactique nous échappe entièrement.

Le Fèvre de Saint-Remy raconte bien, il est vrai,

i . « Et sy est vrai, dit Georges Chastellain, que, dès le commencement que le comte de Ligny (Jean de Luxembourg) se perçut de l’affaire que avoient ses amis de la bastille, luy qui les aimoit cordialement et estoit loyal et ferme en ses promesses, tout aussitost, du premier mouvement, tout esfuryé (effrayé) se voult partir de la bataille atout (avec) ses gens, mais les autres comtes Anglés qui là estoient, considérant le dangier qui en pouvoit sortir sur eux tous, le détinrent par remonstrance du meschief (malheur) qui y pendoit, et là après arguèrent et débattirent les points allégués et par lesquels il demoura cuydant mieux faire que autrement.» ( Chronique , T. II, p. 102.)

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