LE COMTE DE VENDOME ENTRE A COMPÏÈGNE
qu’aussitôt que la nouvelle de la prise de la bastille de Saint-Ladre leur fut parvenue, le sire de Luxembourg et les comtes d’Arondel et de Huntington « firent par ung roy d’armes sommer leurs ennemis et requérir la bataille », mais qu’ils n’eurent point de réponse. Georges Chastellain ajoute que Bourguignons et Anglais « ne cherchoient que la rencontre et le chappelis (plaies) sans que les aultres n’y vouldrent entendre », non pas, continue-t-il, « que ce fust par faute de coeur, mais par constance de sens m’appenseroye mieux, qui ne vouloient point mettre en dangier de fortune aveugle, ce que veoient estre clèrement en leurs mains par bonne conduite. »
Quoiqu’il en soit, le maréchal de Boussac et le comte de Vendôme voyant que le jour commençait à baisser se dirigèrent vers Compiègne avec leurs troupes pendant que celles du duc de Bourgogne regagnaient leurs campements.
On ne peut se faire une idée de la joie qui s’empara de la ville à la vue des nouveaux arrivés. Partout ce ne furent que chants d’allégresse ; que démonstrations bruyantes, et malgré leur pénurie, les habitants se préparèrent à faire bonne chère, « en'louant Dieu grandement de leur exploit ; car ilz ne cuidaient point le matin que le vespre leur devoit rendre si bon ne se fructueux 1 » .
i. Georges Chastellain (T. II, p. 104.)
« Le Maréchal de Boussac, le comte de Vendosme et les aultres capitaines Français se boutèrent dedens la ville de Compiengne, atout leurs gens, où ils furent reçeus à grant joye, jà soit chose que en ycelle ville fussent moult contrains de famine, et que pour ceste nuict convenist à la plus grand partie
264 LA PRISE DE JEANNE ü’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.
Pendant que la population se livrait à cet enthousiasme facile à comprendre, une bonne partie de la garnison, ainsi renforcée, profita de ce qu’il faisait encore clair, pour traverser l’Oise sur un pont de bateaux, et aller attaquer la petite bastille où se trouvait le routier boulonnais Canart avec une quarantaine d’aventuriers. Ces derniers essayèrent d’opposer une certaine résistance, mais ils ne purent tenir longtemps et furent tous mis à mort. Plus heureux qu’eux, Canart eut la vie sauve, seulement il fut fait prisonnier et conduit à Compiègne.
Pendant que cette action s’accomplissait, avec autant d’entrain que de bonheur, Aubelet de Folleville à qui était confiée la garde de la seconde bastille « au le\ vers Clairoix », comprit qu’il allait être attaqué lui-même, et jugeant qu’il n’était pas en situation de pouvoir résister, il mit le feu à cette bastille et se réfugia lui et les siens à Venette.
Enivrés par ce double succès, les Compiégnois coururent sus à la grande redoute qui faisait face au pont et que commandait Baudot de Noyelles; mais cette fois, la résistance fut sérieuse, et malgré l’intrépidité des assaillants et le feu de leur artillerie, ils ne purent déloger les Bourguignons. Force leur fut donc de repasser l’Oise et de regagner Compiègne, se promettant bien de renouveler leur attaque le lendemain matin à la première heure.
souffrir grand disette de vivres. Nientmains, pour la bonne aventure qu’ilz avoient eue contre lesditz asségans, prinrent tout en gré, et eux resbaudissant menèrent grand leesce (liesse) les ungs avec les aultres, au surplus espérans de rebouter leurs ennemis arière ycelle ville. » (Monstrelet, T. IV, p. 41 5.)