LES ANGLAIS ABANDONNENT LE SIÈGE
Cependant, Jean de Luxembourg, justement effrayé de ce qui venait de se passer, avait convoqué tous les capitaines dont il pouvait disposer à l’efFet de délibérer sur ce qu’il conviendrait de faire pour reconquérir ce qu’on avait perdu. Il fut décidé que le lendemain on reprendrait l’oflFensive et qu’on rétablirait les deux bastilles qui venaient d’être détruites. En attendant, ordre fut donné aux troupes anglaises et bourguignonnes de rester dans leurs quartiers et d’exercer une surveillance active sur le pont en face de Venette, afin que personne ne pût le franchir dans la nuit ; puis Jean de Luxembourg revint à Royallieu.
Le lendemain matin dès l’aurore, il monta à cheval et il se mettait en mesure d’agir, quand tout à coup il apprit que la consigne relative au pont n’avait pas été observée; qu’un grand nombre de soldats l’avaient passé, quittant ainsi le théâtre de la guerre, et que mieux encore, les chefs anglais voulaient en faire autant, parceque leurs troupes n’avaient reçu aucune solde depuis huit jours. Aussitôt, le sire de Luxembourg se rendit auprès des comtes d’Arondel et de Huntington et bientôt il fut convaincu qu’on ne l’avait pas trompé. En vain, fit-il tous ses efforts pour amener ces deux capitaines à changer de résolution ou, à tout le moins, à attendre le retour du duc de Bourgogne qu’il avait mandé en toute hâte ; les Anglais demeurèrent inébranlables et firent préparer le départ de ce qui leur restait d’effectif. Le duc tenta alors un dernier moyen. Il réunit à nouveau les officiers bourguignons, Hue de Lannoy, Daviot de Poix, le seigneur de Saveuse,
266 LA PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.
Ferry de Mailly, et plusieurs autres placés sous ses ordres. Il leur exposa la situation et leur demanda quel parti il fallait prendre. Après avoir bien réfléchi, la majorité de ce conseil de guerre, fut d’avis que, du moment où les Anglais qui composaient la plus forte partie de l’armée, étaient déterminés à s’éloigner, il n’y avait plus de lutte possible, car il fallait au moins huit jours avant que des renforts pussent arriver ; or pendant ce temps, la garnison de Compïègne ne manquerait pas de continuer ses attaques et l’on ne serait pas en force pour la repousser. D’autre part, rester devant la place alors que les Anglais l'abandonnaient ce serait afficher une division qui produirait le plus mauvais effet ; que tout pesé, il valait mieux faire comme les comtes d’Arondel et de Huntington.
Malgré la surprise, et, en même temps le déplaisir que lui causait une pareille résolution, Jean de Luxembourg ne put s’y soustraire : il se vit donc dans la nécessité de donner à son tour l’ordre de battre en retraite et bientôt après, les habitants de Compïègne eurent la satisfaction de voir leurs ennemis reprendre la route de Pont-L’Evêque, en abandonnant la plus grande partie de leur matériel de guerre et tous leurs approvisionnements *.
i . Dans un article intitulé : Documents inédits sur le siège de Compiègne en 1 43 o, et publié par la Picardie , en 1857 (T. III, p. 21), M. De La Fons Melicocq a analysé la Prisée faite par Phillibert de Moslant , général , maistre et visiteur de l'artillerie du roy (Henri VI, roi d’Angleterre, se disant roi de France), des gro\ canons appartenant au duc de Bourgoingne et au sire Jehan de Luxembourg qui furent perdus à la levacion