DESTRUCTION DU PONT DE VENETTE
Seul Baudot de Noyelles était resté avec ses gens dans la grande bastille qu’il commandait en face du pont : mais le seigneur de Luxembourg lui avait bien recommandé de ne point s’y laisser surprendre et d’y mettre le feu dès qu’il se verrait en danger, ce qui ne manqua pas d’arriver.
En effet, aussitôt le départ du gros de l’armée Anglo-Bourguignonne, la garnison de Compïègne s’était précipitée vers le pont de Venette qu’elle avait rompue afin de mettre obstacle à toute velléité de retour de ce côté, puis elle avait été prendre dans
du siège de Compïègne. Il résulte de cette pièce intéressante que Partillerie conquise sur ledit duc de Bourgogne se composait de :
1 0 Une grosse bombarde, nommée Remeswalle gettant pierres de xxvi 1 1 paux ( pouces ) de tour, prisée 1 i m fr., de xxxi 1 gros;
2 0 Une autre bombarde, nommée Rouge-Bombarde , gettant pierres de xvi paux de tour, prisée semblablement xvi 1 i c fr., monn. d°.
3 ° Une autre bombarde, nommée Houppemdière , gettant pierres de xix paux de tour, prisée xvi i c fr., monn. d°.
4 0 Une autre bombarde, nommée Quencequin , gettant pierres de xxi 1 1 paux de tour, prisée vi 1 i c fr., dite monn.
Quant à Partillerie de Jean de Luxembourg, les pièces prises dont le duc de Bourgogne lui tint compte, furent désignées ainsi :
i°Une bombarde de cuivre, nommée Beaurevoir , gettant pierres de xxxm paux de tour, prisée par le dit Phillebert, xvi 1 i c fr. de xxi 1 gros.
2 0 Une autre petite bombarde nommée Bourgoingne , gettant pierres de xi 1 paux de tour, prisée v c fr. monn. d e .
3 ° Ung gros veuglare , nommé Montagu, gettant pierres de ix paux de tour, et prisé c fr. dite monn.
4 0 Ung gros coullard , tout garny et estoffé de toutes choses, prisé 1 ic fr. dite monn.
5 ° Un engien voilant , estoffé de tout ce qui y appartient, prisé semblablement 1 i c fr. dite monn.
l’abbaye de Royallieu ce qui y avait été laissé et le tout fut ramené dans la ville. De l’endroit où il était, Beaudot de Noyelles put s’apercevoir alors qu’il ne manquerait pas d’être attaqué et que la suppression du pont de Venette lui enlevait un débouché ; il s’empressa donc d’incendier sa bastille et de rejoindre les troupes parties avant lui.
Ainsi prit fin, après cinq longs mois de durée, ce fameux siège de 1430, pendant lequel les Compiégnois eurent à subir des privations de toute nature sans que leur courage ait faibli un seul instant *.
Ainsi s’est réalisée la promesse que Jeanne d’Arc avait déclaré tenir de Sainte-Catherine, à savoir que « sans faute ceux de Compïègne auraient secours avant la Saint-Martin d’hiver (11 novembre) ».
La journée du 25 octobre, celle qui, en réalité, a décidé du sort de la ville, reste donc pour cette dernière une date à jamais mémorable dont nos aïeux ont voulu perpétuer le souvenir en décidant qu’une procession solennelle aurait lieu chaque année, le jour
1. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible de constater d’une façon exacte le chiffre de la population de Compïègne en 1430, ainsi que celui de la garnison, en dehors de la milice bourgeoise composée d’archers et d’arbalétriers. Malgré les bastilles construites des deux côtés de l’Oise, il est certain que la ville n’a pas été investie d’une façon aussi complète que certaines autres places assiégées, et il est facile de voir par les documents que nous reproduisons plus loin que pendant toute la durée du siège on a pu sortir des murs et y rentrer avec une certaine facilité. L’état de solde des gendarmes nous prouve même que la garnison composée alors d’environ 400 hommes se modifiait à chaque instant par suite d’allées et venues, surtout à compter du mois de juillet.