APPEL AUX ARMES PAR LE DUC DE BOURGOGNE
Or, il advint que cette dernière, qui se défiait de l’entourage de son fils, surtout au point de vue de la moralité 1 , se rendit elle-même au Louvre le 12 janvier 1414, pour le voir et que, d’accord avec les ducs de Berry, d’Anjou et d’Orléans, « elle fist prendre quatre des chevaliers et plusieurs escuiers et autres serviteurs de son dit fils, et les fist mener hors du Louvre 2 ». Aussitôt grande fureur du duc d’Aquitaine qui se rendit immédiatement à l’hôtel de Saint-Paul auprès du roi son père et obtint la délivrance des quatre chevaliers (c’étaient messire Jehan de Croy 3 , le seigneur de Moy, messire David de Brimeu et messire Bertran de Montauban) ; mais en même temps il écrivit secrètement, et à l’insu de la reine, plusieurs lettres à son beau-père pour qu’il vînt de suite à Paris, « à tout sa puissance, » pour les délivrer, lui et le roi * .
Aussitôt, le duc de Bourgogne, enchanté de la circonstance qui lui permettait de se rendre à Paris, « commença un grant mandement de gens d’armes par tous ses pays, et leur assigna jour à estre au devant de luy à Espahy vers Saint-Quentin en Vermandois 5 » ; il écrivit notamment « à ses très chers et bien amez les bourgeois, manans et habitans de la ville d’Amiens. »
1 Le duc d’Aquitaine était le troisième fils de Charles VI; né le 22 janvier 1396, il avait épousé le 3 1 août 1404 Marguerite de Bourgogne, fille de Jean sans Peur.
2 Monstrelet. T. II, p. 420.
3 Tué avec son père à la bataille d’Azincourt. #
4 L’expression « à tout sa puissance » signifiait avec toutes ses troupes .
5 Epehy (arrondissement de Péronne).
Quand le Conseil du roi eut connaissance de cet appel aux armes, il s'empressa d'avertir à son tour ces mêmes bonnes villes, pour rompre le voyage du duc de Bourgogne, et exigea que le duc d'Aquitaine écrivît de sa propre main à son beau-père, pour lui dire que sa venue « seroit de présent nuisible et préjudiciable et contraire à l’entretenement de la paix et bien de son royaume et seigneurerie de ses subgetz 1 * . »
De son côté, Charles VI adressa le 8 février 1413 (1414) * au bailli d’Amiens des lettres patentes qu'on lui fit signer, dans lesquelles il défendait, « sous paine de fourfaire corps et biens, que de vers son cousin de Bourgoingne pour quelques mandemens ou commandemens de lectres, requestes, sommacions ou promesses qu’il leur ait fait ou face faire ne envoyer soubz ombre du service ou du sien ou aultrement, ilz ne voisent ou envoyent, ne le servent en quelque manière 3 . »
Cependant, le duc de Bourgogne ne s'arrêta point devant de pareilles défenses et, quittant Arras, il se dirigea vers Péronne ; mais les gouverneurs de cette ville envoyèrent au devant de lui le seigneur de Longueval leur capitaine, pour lui dire que, par ordre du roi, ils ne pouvaient le laisser entrer. Le duc alors tourna la ville, passa la Somme à Eclusier et s’en
1 V. dans Monstrelet, T. II, p. 421 et 426, le texte de cette double correspondance.
a On sait que jusqu’en i582, époque de la réformation du calendrier par le Pape Grégoire XIII, l’année commençait au jour de Pâques et non au I er janvier comme actuellement. Il en résulte que le 8 février 1413 correspond, suivant le calendrier Grégorien, au 8 février 1414.
3 Monstrelet. T. VI, p. 144.