‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 14 sur 172 · ENTRÉE DE JEAN SANS PEUR A COMPÏÈGNE · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE JEAN SANS PEUR A COMPÏÈGNE

alla à Roye. De là, il envoya vers Compiègne le comte de Nevers son frère 1 pour demander passage.

Le comte de Nevers dépêcha à son tour le seigneur de Croy auprès des gouverneurs de Compiègne, mais ces derniers refusèrent tout d’abord le passage demandé ; puis, sur l’assurance que leur donna le comte lui-même qui jura « qu’il alloit pour le bien du roy, » ils cédèrent, « contents, dit Monstrelet, de livrer passage au duc de Bourgogne, non obstant, qu’ilz avoient défense au contraire de par le Roy 2 . »

Défions-nous cependant de cette appréciation du vieux chroniqueur qui était essentiellement Bourguignon, et laissons-nous aller plutôt à cette pensée que les habitants de Compiègne ignoraient encore l’existence des lettres royales 3 .

En tous cas, ils ne tardèrent pas à s’en repentir.

1 Philippe de Bourgogne comte de Nevers était le troisième fils de Philippe le Hardi et de Marguerite comtesse de Flandre et d’Artois. Il mourut le 25 septembre 141 5, à la bataille d’Azincourt.

2 T. II, p. 428.

3 C’est l'opinion de Dom Bertheau, dans ses Mémoires manuscrits pour servir à V histoire de Compiègne , p. 55 . « Si les habitants, dit-il, se montrèrent si faciles à recevoir le duc de Bourgogne et ses gens, dans leur ville, en l’absence du seigneur de Moreuil, leur gouverneur, ce fut par une fausse persuasion qu’il tenait le parti du Roy, cette ville s’étant toujours montrée très fidèle et affectionnée pour ne pas dire passionnée au service de son prince légitime. » (‘ 'Bibliothèque de Compiègne .)

D’après la Chronique de Jean Le Fevre , seigneur de Saint - Remy , ce seraient les lettres écrites par le duc d’Aquitaine qui auraient déterminé les Compiégnois. En effet, on y lit ce qui suit (T. I p. 142, édition Morand) : « Et puis le duc de Bourgogne envoya à Compiengne le conte de Nevers, son frère, qui fist tant que, nonobstant le mandement et commandement du

Au mois de décembre 1413, Jean sans Peur entrait fièrement dans Compiègne, après avoir frappé inutilement aux portes de Sentis, puis, il allait s’installer à Saint-Denis, en attendant qu’il pût pénétrer dans Paris; mais voyant qu’il y serait par trop mal accueilli, il assembla son Conseil qui délibéra qu’il valait mieux pour lui, retourner immédiatement dans son pays. Il repassa donc à Compiègne, y laissa une garnison d'environ cinq cents hommes composée de gens d’armes et de trait qui avaient pour capitaines, « de notables hommes, roides et experts en armes, » tels que Hue de Lannoy 4 , les seigneurs de Saint-Léger et de Sèves, Hector 2 et Philippe de Saveuse 3 , et Louvelet de Mainguehem 4 .

Il en fit autant à Soissons qui s’était également soumis à son autorité et y laissa Enguerrand de Bournonville 5 , Colart de Fiennes 6 , Lanion de

Roy, que ceulx de Compiengne feirent ouverture et luy donnèrent passage, et la cause qui les meult de ce faict fut pour ce que il\ veirent les lettres que le duc de Guienne luy avoit envoyées. »•

1 Hue de Lannoy, seigneur de Santé, conseiller et chambellan de Charles VI et du duc de Bourgogne; il mourut le i er mai 1456, à l’âge de 72 ans.

2 Hector de Saveuse, écuyer d’écurie de Jean sans Peur, mourut vers 1420.

3 Philippe de Saveuse, capitaine d’Amiens et de l’Artois.

4 Louvelet de Mainguehem, écuyer d’écurie de Jean sans Peur. Il fut tué à la bataille d’Azincourt.

5 Enguerrand de Bournonville, vicomte de Beaurain, avait été successivement écuyer, conseiller et chambellan du duc de Bourgogne. Comme on le verra plus loin, il fut décapité en 1414 au siège de Soissons.

6 Colard de Fiennes fut tué à la bataille d’Azincourt.

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