‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 15 sur 172 · MANDEMENTS DU ROI CONTRE LE DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

MANDEMENTS DU ROI CONTRE LE DUC DE BOURGOGNE

Lannoy 1 , Gui le Bouteiller 2 et Pierre de Menaut 3 .

Quand Charles VI, ou plutôt, quand son grand Conseil apprit par la Reine et par le duc d’Aquitaine, que Compiègne, Soissons et autres villes, « lesquelles estaient au Roy ou du moins sous sa dominacion, demeuraient à la merci du duc de Bourgogne », il s’empressa d’expédier le 23 février 1413 (1414) « par tous les bailliages et séneschaulcées du royaume » des lettres dans lesquelles le roi convoquait tous ses hommes, vassaulx et gens des bonnes villes de son royaume pour le servir, l’aider et le conforter « et résister à la puissance et perverse voulonté et entreprise du duc de Bourgogne et de ses complices, et pour les mectre et réduire en sa subjection et obéissance comme ilz doibvent estre, et pour les punir, corriger et chastier de leurs méfais et entreprinses 4 . »

A partir de ce moment, la guerre civile était déclarée et Compiègne allait avoir à combattre tour à tour des Français et des Anglais. Quant au pauvre roi, à parties intervalles où sa raison semblait lui revenir, il languissait, et, suivant les expressions de Pierre de Fenin, « il estoit de tout content, et de Bourguignos et d’Ermignas (Armagnacs), et peu luy chaloit comme tout allast. »

1 Lanion de Lannoy, écuyer du duc de Bourgogne, périt à la bataille d’Azincourt.

2 Gui le Bouteiller embrassa en 1418 le parti du roi d’Angleterre et assista eh 1431 au sacre d’Henri VI.

3 Pierre de Menau, chevalier de Touraine, fut décapité à la prise de Soissons.

* Monstrelet, T. II, p. 442.

En réalité, c’était son entourage qui gouvernait, et l’entourage changeait à chaque instant.

Compiègne était naturellement une des premières places à reconquérir ; aussi fit-on de grands préparatifs en ce sens. Toutefois, avant de diriger contre la ville les troupes considérables qu'il était parvenu à rassembler des diverses provinces de France, et auxquelles il avait joint des corps nombreux de Gascons et d'Allemands, Charles VI fit prévenir les gens du duc de Bourgogne que, s’ils voulaient rendre les villes dont ils s’étaient injustement emparés, il ne leur serait rien fait : or, non seulement, aucun des Bourguignons ne voulut y consentir, mais encore, ils profitèrent de leur situation pour commettre des excès de toute nature. A chaque instant, sous prétexte de fourrager, ils faisaient des sorties dans les environs et forçaient les habitants des campagnes à fuir devant eux ou à se réfugier dans la ville avec tout ce qu’ils pouvaient posséder ; ils parcoururent ainsi la plus grande partie du Valois, mettant à contribution les malheureux villageois et leur enlevant leur gros et leur menu bétail qu’ils ramenaient triomphalement dans la place ; et, pendant qu’une soldatesque effrenée se livrait à de pareils brigandages, les capitaines intimidaient la population, menaçaient les récalcitrants et stimulaient les hésitants en leur promettant qu’à la première attaque le duc de Bourgogne accourrait à leur secours.

En présence de cette résistance de la part des Bourguignons, l’armée du roi reçut ordre de marcher en toute hâte sur Compiègne, sous le commandement du Connétable de France, de Charles d’Albi, du Bâtard de

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