Jeanne d’Arc, p
yeux, et le plus simple coup d’œil jeté sur le plan de Compiègne à cette époque, la détruit complètement. En effet, pour que les Anglais aient pu venir couper la troupe de Jeanne d’Arc, ainsi qu’elle l’a très clairement expliqué, il a fallu, nous le répétons, qu’ils franchissent, à travers la prairie et parrallèlement à la rivière, la distance qui sépare Venette de Compiègne. Ils ont donc dû alors passer de front devant la Tour des Jacobins et sous la portée du gros canon. Or, si ces engins meurtriers avaient fonctionné, comme il convenait, les rangs des Anglais eussent été décimés avant même qu’ils ne pussent atteindre la pointe du boulevard ; par conséquent, bien avant qu’une mêlée confuse n’eût amené tous les projectiles à frapper ceux-là même qu’ils étaient destinés à protéger. Il y a donc eu, sur ce point, une inaction coupable que rien ne saurait excuser.
La seconde objection est tirée du silence de Jeanne d’Arc dans ses interrogatoires et de sa tentative d’évasion du château de Beaurevoir pour revenir à Compiègne. Si elle avait été trahie, dit-on, elle s’en serait aperçue ; et alors, elle n’aurait pas manqué de le dire ; en tous cas, elle n’eût point consenti à retourner à Compiègne.
Ce raisonnement ne modifie en rien notre opinion. D’abord Jeanne d’Arc dans ses interrogatoires n’a jamais formulé le moindre grief contre qui que ce fût, et d’ailleurs, il se peut très bien faire au milieu du mouvement qui s’est produit, qu’elle n’ait pas eu conscience de la conduite de Guillaume de Flavy à son égard.