OBJECTIONS EN FAVEUR DE GUILLAUME DE FLAVY
Quant aux habitants de Compiègne, elle les tenait en haute affection et n’avait jamais eu à se plaindre d’eux; il était donc bien naturel qu’en apprenant qu’ils pouvaient être exposés à des violences cruelles, elle eût risqué sa vie pour les aller défendre.
Reste une dernière considération : Guillaume de Flavy, dit-on, a dû faire lever le pont-levis dans la crainte de voir l’ennemi envahir la place. Cette crainte, suivant nous, ne pouvait être sérieuse. On l’eût certainement comprise, si toute la garnison était sortie à la suite de Jeanne d’Arc ; mais pas un homme de Guillaume de Flavy n’avait bougé ; tous ses soldats étaient, ou sur les remparts, ou dans la ville. Or, si quelques Bourguinons ou Anglais avaient tenté de franchir le pont, ils eussent été infailliblement massacrés tous, ou jetés à l’eau.
Guillaume de Flavy a trouvé dans Quicherat un défenseur énergique au point de vue de la trahison, encore bien que le savant éditeur du Procès de Jeanne d’Arc se soit trompé, quand il a dit, que du vivant du Capitaine, aucune accusation ne s’était produite. contre lui à cet égard. Or, on a vu plus haut, qu’en 1444 un avocat du Parlement de Paris l’avait dénoncé publiquement comme ayant facilité la prise de la Pucelle et que le défenseur de Guillaume de Flavy n’avait rien répondu.
Quicherat d’ailleurs est obligé de reconnaître que le personnage n’était pas très recommandable, « Une suite interminable de forfaits, écrit-il, ont rendu son nom tellement sinistre, que l’on conçoit que par la suite du temps, on lui ait imputé des crimes dont il
n’était pas coupable. Il fut de ces hommes qui, jetés dès leur enfance sur les champs de bataille, y avaient contracté la férocité et le dérèglement des barbares ; ses violences publiquement exercées le rendirent redoutable même au roi, qui n’osa pas le poursuivre après la séquestration et la mort plus que suspecte d’un de ses maréchaux. En revanche sa femme l’ayant assassiné, obtint sa grâce *. Pendant vingt ans, ses frères poursuivirent la vengeance des morts sur les complices de leur belle-sœur. Trois meurtres assouvirent à peine leurs ressentiments. Enfin, la justice s’en mêla, et avec ses lenteurs d’autrefois, en l’année 1509 seulement, après l’extinction totale de la ligne masculine des Flavy, elle rendit un arrêt qui flétrissait la mémoire de Guillaume, comme assassin du maréchal mort dans ses prisons. Une croix commémorative du crime et du jugement fut érigée devant la Grosse-Tour de Compiègne 1 2 . »
1. Guillaume de Flavy fut assassiné « au château de Neele en Tardenois; » son corps fut ramené à Compiègne et inhumé dans le chœur de l’église du Couvent des Jacobins.
2 . Cette croix avait été placée « en la rue du Pont (aujourd’hui de Jeanne d’Arc), au droit de la grosse tour de Compiègne, de l’ordonnance de maistre Lecoq, conseiller, exécuteur de l’arrêt. » Elle n’existe plus depuis longtemps.
V. Aperçus nouveaux sur /’ Histoire de Jeanne d'Arc, p. 80 ; Procès de Jeanne d'Arc (T. V, p. 368.)