‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 16 sur 172 · ENVOI DE CONSEILLERS DU PARLEMENT A COMPÏÈGNE · texte numérisé non relu

ENVOI DE CONSEILLERS DU PARLEMENT A COMPÏÈGNE

Bourbon, de Raymond de la Guerche et d’autres chefs. Elle était renforcée d’une escouade d’ouvriers, « pour fabriquer des béliers et des chats 1 , et pour creuser des galeries souterraines pouvant permettre de pénétrer jusqu’au cœur de la ville.

Charles VI se proposait de rejoindre ses troupes; mais, en attendant son arrivée, les travaux du siège devaient commencer. C’est ainsi que d’habiles artilleurs avaient pour mission de battre continuellement en brèche les remparts, pendant que des charpentiers jetteraient deux ponts sur l’Oise, l’un au-dessous et l’autre au-dessus de la ville, de manière à faciliter les communications d’une rive à l’autre. La semaine sainte fut employée à ces préparatifs.

Toutefois, avant de se mettre en route, le roi voulut tenter une dernière fois de ramener les rebelles; il envoya à cet effet à Compiègne plusieurs de ses conseillers intimes avec Oudart Gencien 2 et Guillaume Chanteprime 3 , deux personnages justement consi-

1 D’après Larousse (. Dictionnaire universel ), le Chat était tantôt une bascule à l’aide de laquelle on pouvait hisser les soldats sur les remparts, de façon à leur permettre d’entrer dans la place ; tantôt une sorte de tour mobile portant une poutre armée d’un harpon, et servant à la fois de bélier et de corbeau. C’est dans ce dernier sens qu’il en est question à Compiègne.

2 Oudart Gencien était conseiller au Parlement. En 1398, il figurait parmi les conseillers lais de la Chambre des Enquêtes.

3 Guillaume Chanteprime était Maître des Requêtes de l’Hôtël. — Nicolas de Baye, greffier du Parlement de Paris, rend compte en ces termes du choix de ces deux magistrats pour aller à Compiègne :

« Mercredi xxj e jour de mars (1414).

« Ce jour, sur ce que le Chancellier avoit mandé par l’un

dérés; mais ni les exhortations de ces derniers, ni les menaces des représentants du roi ne purent vaincre la résistance des Bourguignons à la tête desquels se trouvaient alors Hue de Lannoy, Guillaume de Sorel, de Marteletdu Mesnil, de Saint-Léger, Hector de Saveuse et le bailli de Fouquerolles 4 . Ils répondirent « qu’ilz ne se rendraient point, ny ne feraient obéissance. Aucuns de la ville, ajoute Juvénal des Ursins, n'en estoient pas bien contens; mais ils furent rappaisés par les cappitaines, et exhortés de tenir contre le Roy, en disant plusieurs paroles deceptives et frauduleuses. »

Surpris et affligé d'une telle conduite, le roi se décida à se mettre en marche lui-même, laissant le gouvernement de la ville de Paris à ses oncles, le roi de Sicile et le duc de Berry.

Au dire de Monstrelet, il partit de Paris, le mercredi de la semaine peneuse (semaine sainte), c'est-à-dire, le

des présidens de céans que l’on esleut ij des seigneurs de céans, et les nommast la Court pour aler en compaignie du Roy que l’en dit qui welt aler en armes à Senliz, à Compïègne et à Suessons qui ont désobey au Roy, et par especial Compiègne et Suessons, comme Pen dit, et tiennent garnisons de gens d’armes qui pillent et ont pillié le pa'iz de Valoiz et la ville d’Ay sur Marne, oùontprins plusieurs preudhommes et emmené prisonniers pour rançonner. Si, a délibéré la Court que à elle n’apartient point d’eslire ou dit cas, mais au Roy ou à son Conseil, et la Court est preste d’obéir et les envoier au Roy ; néanmoins la Court a nommé à ce que dit est, maistre Guillaume Chanteprime, maistre des Requestes de POstel, maistre Oudart Gencien, maistre Jacques du Gard, maistre Pierre Buffiere et maistre Régnault de Sens, desquelxle Roy pranra les ij telx que voudra, et m’a esté enjoint que ce je reporte et die audit Chancellier, ce que j’ay fait et lui ay baillié par escript les dis noms. (. Journal de Nicolas de Baye. Edition Tuetey, Paris 1888, T. II, p. 175).

1 Le Religieux de Saint-Denis , T. V, p. 293.

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