AVRIL
Lettres de Henri V , roi de France et d' Angleterre , accordant le pardon aux habitants de Compiègne , qui avaient par négligence laissé prendre la ville.
Henry par la grâce de Dieu Roy de France et d’Angleterre : — Savoir faisons à tous présens et advenir, que comme certain traictié et appointement ait été novellement fait entre nos commis et députés d’une part et les capitaines et autres gens d’armes et de trait nos ennemis et adversaires estant présentement en nostre ville de Compiengne d’autre part, afin de rendre et délivrer à nous ou à nos commis, icelle ville dedens certain jour prouchainement venant, auquel traictié ne soient aucunement comprins les habitans d’icelle ville pour ce que par leur négligence et faulte de deüe garde et deffence, la dite ville fut par eschielle occuppée des diz ennemis, et pour cette cause soient demourés en l’ordonnance de notre très chier et
APPENDICE
très amé oncle Jehan régent notre royaume de France duc de Bedfford. Pourquoi les amis des diz habitans doubtans rigueur de justice, se soient trais devers notre dit oncle, requérant très humblement notre grâce et miséricorde estre par nous sur ce impartie aux diz habitans ; nous ayans regard et considération aux faultes et négligences dessus dites, et à l’exemple et conséquence que s’en pourroit traire et ensuivre au temps advenir ; voulant aussi en ceste paix, grâce et miséricorde préférer à rigueur de justice, par l’advis et délibéracion de nostre dit oncle, avons voulu et ordonné au regard des diz habitans ce qui s’en suit : C’est assavoir que les diz habitans, nos officiers et aultres qui ont été consentans ou coulpables de la prinse d’icelle ville demourront à la voulenté de nostre dit oncle ; et aux autres qui, volontairement et sans contrainte ont esté et demouré en la dicte ville depuis la dite prinse et fait le serement à notre ennemi et adversaire ou qui, après ce qu’ilz s’estoient partiz de la dicte ville y sont depuis retournez, sera remise et pardonnée toute peine, offense criminelle ; laquelle nous leur remettons et pardonnons par les présentes parmy ce qu’ilz seront pugniz civilement. Et quant aux aultres habitans d’icelle ville, nous voulons et ordonnons qu’ilz soient tenuz quittes et paisibles, et qu’ilz joyssent et usent plainement et paisiblement de tous leurs héritages, ainsi qu’ilz faisoient paravant la dite prinse.
Si donnons en mandement au Bailli de Senlis et à tous noz aultres justiciers et officiers ou à leurs lieutenantz présens et advenir, et à chacun d’eulz si comme à luy appartiendra que ceste nostre présente voulenté et ordonnance tiengnent, gardent, antérinent et accomplissent et facent garder, entériner et acomplir de point en point selon sa forme et teneur sans faire ou venir ne souffrir estre fait ou venu au contraire en quelque manière que ce soit et afin que ce soit chose ferme et estable à tousjours, nous avons faict mectre notre seel à ces présentes sauf en autres choses notre droit et l’autruy en toutes.
Donné à Paris le 1 1 1 I e jour d’avril l’an de grâce mil cccc vingt-trois (vingt-quatre, nouveau style) et de notre règne le second.
Par le Roy à la relacion du grant Conseil tenu par Mons. le Régent du Royaulme de France, duc de Bedfford auquel Mons. l’Evesque de Beauvais, le premier Président et aultres estoient :
Pour par le Roy. Signé : Pierre Remel.
(Archiv. de Compïègne, AA. I.)
PIÈCES JUSTIFICATIVES
A cette lettre est fixé par un cordonnet de soie jaune et rouge un grand sceau de cire verte de dix centimètres, représentant d’un côté le Roi assis sur un trône, tenant d’une main le sceptre et de l’autre la main de justice.
Entre les deux écussons de France et d’Angleterre, sur l’exergue on lit : Henricus VI Francorumet Angliæ Rex.
De l’autre côté figure un personnage soutenant les armes de France et d’Angleterre.
Sur le dos est écrit : « Lettre de grâce pour la ville dans laquelle les ennemis estoient entrés avec eschelles. »