DÉPART DE CHARLES VI POUR LE SIÈGE DE COMPÏÈGNE
3 avril 1413(1414), après avoir été faire « ses offrandes et dévotions » à l’Église Notre-Dame ; puis il se rendit à l’abbaye de Saint-Denis où se trouvait l’oriflamme que ses prédécesseurs avaient l’habitude de prendre, avant d’entrer en campagne ; il confia cette oriflamme à Guillaume Martel seigneur de Bacqueville *, nommé à cet effet par le Conseil en remplacement du seigneur d’Aumont décédé, et se dirigea sur Senlis ; il était accompagné de la reine, des ducs d’Orléans, de Bar et de Bavière ; des Comtes des Vertus, de la Marche, d’Eu, d’Alençon, d’ Armagnac et d’un grand nombre de Chevaliers. Quelques jours plus tard, le duc d’Aquitaine vint le rejoindre. « Estoit monseigneur le Dauphin joly, et avoit un moult bel étendart, tout battu à or, où avoit un AT, un Cygne et un Z. La cause estoit pour ce qu’il y avoit une damoiselle moult belle en l’ostel de la Reyne, fille de messire Cassinel, laquelle vulgairement on nommoit la Cassinelle. Si elle estoit belle, elle estoit aussi très bonne, et en avoit la renommée. De laquelle comme on disoit, le dit seigneur faisoit le passionné, et pour ce, portoit-il le dit mot 2 . »
Ainsi qu’on le voit, c’était une sorte de rébus indiquant le nom de la damoiselle. *
De Senlis, où il passa les fêtes de Pâques, le roi marcha sur Compiègne et arriva bientôt devant la ville ; il occupa la maison d’un bourgeois, qui était située près de la forêt, pendant que le Dauphin s’installait avec sa suite dans l’abbaye de Royallieu. Le reste des troupes se logea comme il put. Aussitôt Charles VI
1 Guillaume Martel, sire de Bacqueville, fut tué à Azincourt.
2 Juvénal des Ursins. Histoire de Charles VI, p. 494.
envoya un héraut d'armes sommer les habitants « quilz lui feissent ouverture pour y logier luy et les siens, comme raison estoit, et comme bons loyaulx debvoient faire à leur souverain seigneur. » On lui répondit qu’on le recevrait « très volontiers et de bon cueur » lui et son fils, « avec leur estât, mais non aultrement 1 . »
Mécontent de cette réponse, le roi fit défiler toute sa suite, sous les murs de Compïègne, afin d’en imposer à la garnison ; puis, il résolut de pousser jusqu’à Noyon afin d’y établir son quartier général; mais là aussi, il trouva une certaine résistance ; on lui fit savoir qu’on ne pouvait le recevoir le jour même, ce dont il fut très froissé 2 . Il prit alors le parti de coucher à Choisy-sur- Aisne et à peine y était-il installé qu’un violent incendie se déclara à côté du bâtiment qu’il occupait.
Tout d’abord, on avait cru à un complot ayant pour
{ Chronique de Jean LeFevre de Saint Rémy. T. I, p. 160.
2 « Le Roy envoya à Noyon les sommer qu’ilz lui feissent obéissance et y envoya ses fourriers pour prendre logis. Mais ils les refusèrent pleinement et y en eut qui dirent diverses paroles et furent un jour en cette volonté. Toutefois le roy délibéra venir devant, et de faict y vint et luy furent les portes ouvertes, et y entra dedans la ville à son plaisir. Et fit faire information de ceulx qui estoient cause de la première désobéissance, et furent pris. Et le Roy, lequel avoit toujours esté et estoit de soy miséricors, fut conseillé de convertir la peine criminelle en civile, et payèrent amendes pécuniaires assez légères, cognoissans qu’on leur faisoit grande courtoisie. (Juvénal des Ursins. Histoire de Charles VI. Édit. Buchon, p. 494.)
En effet, le 6 mai, les habitants de Noyon avaient envoyé vers le roi, trois des leurs, maistre Simon Jehan de le Bare, maistre Jehan Palette et Pierre Massonnelle, pour lui recommander la ville et le prier de pardonner les paroles inconvenantes qui avaient pu être prononcées par quelques habitants, et de modérer la taille ou aide ». {Une cité picarde au moyen âge , p. 63.)