‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 18 sur 172 · INCIDENTS DU SIÈGE DE COMPÏÈGNE EN · texte numérisé non relu

INCIDENTS DU SIÈGE DE COMPÏÈGNE EN

but l’enlèvement du prince, mais on fut bientôt convaincu que le sinistre était tout simplement dû à l’imprudence d’un valet.

Le lendemain, Charles VI manifesta de nouveau l’intention d'aller à Noyon, avec la Reine et le duc d’Aquitaine : cette fois, les habitans lui ayant envoyé une députation pour l'assurer qu’il recevrait bon accueil, ainsi que sa suite, dans leur ville, il fit son entrée le mardi 18 avril dans l'après-midi *.

Pendant ce temps, la lutte continuait avec énergie devant Compiègne, où les Bourguignons exécutaient de fréquentes sorties et, où « plusieurs escarmouches se firent les uns contre les aultres. » Le 21 avril notamment, il y eut une triple attaque dans laquelle tout le faubourg Saint-Germain 1 2 fut livré aux flammes ; quatre veuglaires tombèrent aux mains des assiégés et la plus grande machine du siège, appelée la Bourgeoise (, quœ Burgensis vocabatur), fut mise hors de service par ces derniers qui l’enclouèrent 3 .

1 « Che dit jour fut fait présent devin et d’avoine au Roy, nostre sire ; et à Monseigneur de Guienne (Aquitaine), à son joyeux advénement, de vin, d’avoine et de deux bœufs gras, et a plusieurs autres seigneurs aussy présenté vin par pos et par buyrettes ». [Reg. de l’ Hôtel de ville de Noyon, f® 79, v°.)

2 Le faubourg Saint-Germain s’étend tout le long de la route de Paris depuis Compiègne jusqu’à Royallieu.

La justice et la seigneurie de Saint-Germain et du hameau de Royallieu, appelé antérieurement La Neuville-aux-Bois, appartenaient, y compris l’enclos du prieuré de Royallieu (ordre du Val des écoliers), à la ville de Compiègne, en vertu d’une donation faite par Louis VII dit le Jeune en 1179, à la charge d’une redevance de 20 muids d’avoine, mesure de Paris, et de 320 chapons par an.

3 « Au regard de ceulx qui estoient dedans Compiengne,

Quant aux troupes du Roi, elles réclamaient l'assaut à cor et à cri, espérant pouvoir trouver profit dans un pillage général.

Il y eut départ et d'autre, des prouesses et des traits d'audace, parmi lesquels Pierre de Fenin et Monstrelet en signalent un qui mérite vraiment d'être rapporté. Il s’agit d'Hector, fils naturel de Louis II duc de Bourbon ;

raconte Juvénal des Ursins (Hist. de Charles F/, p. 495), ils faisoint de beaulx faicts d’armes et souvent sailloient.

« Et entre les aultres saillies (sorties) qu’ilz firent le vingt et uniesme jour d’avril, ilz saillirent et bruslèrent les fauxbourgs qui fust grant dommaige. Et passèrent oultre jusqu’au lieu où on avait assis les canons, et au plus gros canon, nommé Bourgeoise , mirent au trou par où l’on boutait le feu, un clou, tellement que devant la dicte, oncques ne peut jetter. Et si firent tant qu’ils entraisnèrent trois vulgaires et les mirent dedans la ville et tuèrent aulcunsdes canoniers ».

La fameuse Bourgeoise fut vite réparée, car le même chroniqueur, en parlant du siège de Soissons qui succéda à celui de Compïègne, et, pour lequel la dite pièce avait été transportée, ajoute : « Les bombardes furent assises et canons ; et tiroit-on fort dedans la ville qui fust battue en plusieurs endroits, et, mesmement en un lieu où il y avait une grosse tour avec un ange peint. Là, estoit assise une bombarde nommée Bourgeoise qui estoit grosse, et combien que, devant Compiengne, elle avoit esté endommagée; toutes fois, on avoit mis un tel remède qu’on en ouvroit et travailloit très bien ».

Compiègne avait aussi une grosse bombarde qu’on emmenait au dehors toutes les fois qu’elle pouvait rendre des services. C’est ainsi que dans les registres de l’année 1464 (CC. 23 ), nous trouvons la mention du transport de la bombarde de la ville à Pont Sainte-Maxence « pour icelle fere réduire à l’obéissance du Roy, plusieurs seigneurs Bourguignons ».

En 1529, elle était dans un assez triste état, si l’on en juge par l’article suivant du registre des comptes de la ville. « Du samedi 17 juillet 1529. A Jehan Triboulet, charpentier, et Laurens Carrier, mandement de la somme de quatre livres tournois a eulx deulx pour, par eulx et leurs aydes, avoir mené et faict venir sur rolleaux et aultrement la grosse bombarde qui avoit

INTRÉPIDITÉ DU BATARD DE BOURBON 3l

c’était dans les derniers jours d'avril 1414, au moment où le siège se poursuivait avec le plus d'acharnement. Ce capitaine fit savoir aux assiégés qu'il viendrait le i er mai suivant, les émàier , c'est-à-dire planter un mai sous leurs yeux. Les Bourguignons prirent cette nouvelle pour une fanfaronnade ; néanmoins ils firent le guet et se tinrent sur leurs gardes ; bien leur en prit, car, au

et a este' longtemps auprès du grenier à seel, alors rue Vivenel, sur la terre, où elle se gastoit et pourrissoit, au devant de Phostel de la ville sur le pavé et sur jantres de pierre, et ce, par marché fait avecque eulx la sepmaine passée, 1 1 1 1 liv. tourn. »

Il en était de même du gros canon. On verra plus loin notamment qu’il fut mené à Choisy-sur-Aisne lors du siège de cette place.

Il ne fut pas, non plus, exempt de certaines avaries. On lit, en effet, qu’au mois de mars 1429 on dût refaire sa culasse :

« A Jehan Puillet fèvre (forgeron) pour avoir fait du fer à eux baillié par Mons. le cappitaine de Compiengne, un grant cercle au grant canon de la ditte ville qui est deppécé, lequel cercle accole ledit canon tout autour et six bandes tenant au dit cercle et un autre cercle qui est mis derrière la culée dudit canon qui est rivéz et se tiennent six gros clous soudés audit cercle.

« A Jehan de Beaufort pour sept quarterons et sept livres de métaille livrez au mois d’gvrilg MCCGC vingt-neuf avant Pasques pour emploier à refaire la culée du gros canon qui pieça avait été despécié [Archives de Compïègne CC. i 3 .

Aujourd’hui la fameuse Bombarde a disparu ; mais le gros Canon qui lui servit de compagnon de guerre a survécu ; il gît sur le sol de la cour de l’Hôtel-de-ville, après avoir servi longtemps de borne au coin delà rue des Pâtissiers. Sa culasse a i m 3 o c de longueur, o m 55 e de diamètre et o m 16 c d’ouverture. Espérons qu’un jour, l'administration municipale, respectant, à l’exemple de la ville de Gand, une si glorieuse épave du passé, lui assignera la seule place qui lui convienne, c’est-à-dire, au pied de la statue de Jeanne d’Arc.

On voit dans la même cour, deux bornes faites avec les culasses de deux autres canons du xv e siècle.

jour indiqué, le bâtard de Bourbon monta à cheval, et, suivi de deux cents hommes d’armes portant « chascun ung chapelet de may sur leurs testes par dessus leurs armeures », il les mena auprès de la Porte de Pierrefonds pour offrir le mai aux assiégés. Aussitôt ceux-ci se ruèrent sur la troupe enguirlandée, et, « à cette besogne il y eut très dur et fort essour des ungs contre les aultres ; » des deux côtés, on se retira avec morts ou blessés et le bâtard eut son cheval tué sous lui 4 .

« Il n'entrait pas dans la pensée du roi, raconte le Religieux de Saint-Denis, de détruire une de ses bonnes villes, que ses ancêtres et l’illustre Charles le Chauve en particulier, s’étaient plu à entourer de fortifications redoutables, qu’ils avaient, entre toutes les villes du royaume, ornée de beaux édifices, qui servait d’entrepôt à un grand commerce par terre et par eau, et qui en tirait des profits considérables. Les évènements qui suivirent le prouvèrent bien à ces gens affamés de pillage. Le roi, quittant Noyon, à la tête de huit mille cavaliers et écuyers armés de toutes pièces et partagés en cinq corps, s’avança sous les murs de Compiègne, de manière à ce que les assiégés pussent l’apercevoir du haut de leurs remparts, s’arrêta quelque temps et leur fit dire, par un de ses deux porte-bannières : « Vous ne doutez pas maintenant que le roi ne soit ici en personne : je vous conseille donc de lui obéir en toutes choses, si vous voulez éprouver sa clémence ordinaire plutôt que les effets de sa puissance. » Puis le roi, confiant la surveillance de ce côté de la ville au duc de Bar, et au

1 Monstrelet, T. III, p. 3.

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