ÉTAT DE L’ARTILLERIE AU XV* SIÈCLE
comte d’Armagnac, qui commandaient l'avant-garde, passa la rivière sur un pont de bois, ordonna au duc d'Orléans, aux comtes d’Alençon, d’Eu et de Richemont de bloquer l'autre côté, et se posta dans un faubourg à cent pas seulement de l'ennemi, et dans l'église de Saint-Germain. Les assiégés épargnèrent ce lieu et s'abstinrent de lancer des flèches et des pierres de ce côté, parce qu’ils voyaient les bannières du roi flotter aux fenêtres de son logis ; mais, jusqu'au moment où ils évacuèrent la place, ils ne laissèrent point de faire pleuvoir sans relâche toutes sortes de projectiles sur les autres quartiers de son armée, excepté dans les intervalles de trêve qu'on accordait pour entrer en pourparler 1 . »
1 Chronique du Religieux de Saint-Denis , T. V, p. 3oi. « C’est en cette occasion, dit Villaret dans son Histoire de France (T. XIII, p. 3o5), que nos anciennes chroniques s’expliquent pour la première fois, avec précision et sans équivoque, sur l’usage des canons. » Cependant, on s’en servait déjà, dans la seconde moitié du xiv e siècle, et c’est vers 1 354 q ue f ut importé d’Allemagne en France le perfectionnement dans leur fabrication.
Au xv° siècle, l’artillerie de siège ou de campagne se composait :
i° De bombardes , sorte de bouches à feu, courtes et à gros calibre, assez semblables aux mortiers ; elles étaient encastrées dans des affûts grossièrement taillés qui portaient le nom de charpenteries. On y mettait le feu à l’aide d’une tringle de fer dont on rougissait l’un des bouts. Le pointage se faisait au moyen de coins et de leviers. Ces bombardes lançaient des boulets de grès pesant jusqu’à i5o et même 200 livres.
Notre collègue de la Société historique, M. Méresse, possède un de ces engins qui a servi dans un des sièges de la ville ; il a o,3o c. de grosseur et pèse 36 kilogrammes. La portée des bombardes ne dépassait guère quatre cents mètres.
20 De gros canons , montés sur des affûts fixes, qu’on attachait également sur des plates-formes. « Ces pièces, d’après
Pendant qu'ils résistaient ainsi à l'attaque de l'armée royale, les chefs de la garnison qui défendait Compiègne tenaient le duc de Bourgogne au courant de ce qui se passait. A plusieurs reprises, ils envoyèrent auprès de lui pour réclamer du secours, mais Jean sans Peur éludait toujours la question. Enfin, un beau jour, se voyant hors d'état d'expédier le moindre ren-
M. Vergnaud-Romagnesi [Siège d'Orléans en 1429, p. u», s’ouvraient près de la culasse par une porte à charnière, et on introduisait par là dans Tâme de la pièce, qui était à cet effet plus large que le canon, une boite en fer ou en cuivre, pleine de la charge de poudre et ayant à sa partie supérieure un tuyau de fer-blanc servant de lumière et excédant la porte par un trou. Ces portes étaient cerclées et fixées par un fléau de fer passant dans deux forts crochets fondus avec la pièce. Par dessus cette charge de poudre on enfonçait un tampon de bourre de paille ou d’herbe, puis le boulet et un tampon de bois. »
Après la bombarde et le gros canon , venaient : i° Le veuglaire , bouche à feu, beaucoup plus longue mais bien moins forte que la bombarde : elle se chargeait aussi par la culasse et se tirait de plein fouet ;
2 0 Le crapaudeau , pièce plus petite que le veuglaire, se chargeant aussi par la culasse ;
3 ° Les couleuvres ou couleuvrines , canons de petit calibre et très longs, montés sur des affûts de bois creusés, fixes et à roulettes. Ils se chargeaient par la bouche ;
4 0 Les ribaudequins ; originairement, on appelait ainsi de grandes arbalètes de 12 à i 5 pieds de long, que l’on plaçait sur un chariot à deux roues. Elles lançaient des javelots ayant jusqu’à deux mètres de longueur, et pouvaient tuer trois ou quatre hommes du même coup. Plus tard, on désigna sous le nom de ri baudequin , un chariot sur lequel étaient disposés plusieurs petits canons se chargeant par la culasse et auxquels ce chariot servait d’affût. Ces canons eux-mêmes finirent par s’appeler aussi des ribaudequins ou ribadoquins. Quant aux projectiles employés au xv® siècle, ils consistaient surtout en boulets de grès, de pierre, de fer, de bronze et en balles de plomb qu’on désignait sous le nom de plommées .