‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 20 sur 172 · POURPARLERS ENTRE ASSIÉGEANTS ET ASSIÉGÉS · texte numérisé non relu

POURPARLERS ENTRE ASSIÉGEANTS ET ASSIÉGÉS

fort il leur « fist réponse qu’ilz prinsent appoinctement avecque le roy et le duc d’Aquitaine le plus courtoisement qu’ilz pourraient 1 . » Les assiégés firent alors demander au roi la permission de s’en aller en toute liberté, avec les honneurs de la guerre, et en emportant tout ce qu’ils possédaient, armes et butin. Le Conseil écarta d’abord cette proposition, mais le lendemain, plusieurs seigneurs ayant à leur tête le sire de Bacqueville, allèrent faire des représentations aux assiégés ; ceux-ci demandèrent alors à réfléchir pendant vingtquatre heures, puis, quand les seigneurs de Ligny, de Livry et de Torcy revinrent auprès d’eux, ils prétendirent que rien ne leur prouvait que le roi fût en personne sous les murs de Compiègne. Il fut convenu alors que plusieurs notables de la ville viendraient s’en assurer et qu’on les ramènerait sains et saufs dans la place. On leur adjoignit les nommés Jean Quiéret, chirurgien, et Henri d’Ailly. Ces envoyés parurent devant Charles VI qui était entouré des ducs d’Aquitaine, d’Orléans, de Bar, de Bourbon et de Bavière, des comtes de Vertus, d’Eu, d’Alençon, de la Marche, de Vendôme, d’ Armagnac et de Richemont, du connétable de France et des chanceliers dé Guienne et d’Orléans. « Les députés, ajoute le Religieux de Saint-Denis , s’en retournèrent en compagnie des mêmes chevaliers, non sans être assaillis par les injures de la foule qui leur criait de tous côtés : « Mauvais traîtres, vous avez vu notre roi maintenant. » De retour auprès des chevaliers et des

* Monstrelet, T. III, p. 3.

36 LA TRISE DK JEANNE d'aRÇ DEVANT COMPÏÈGNE.

écuyers de leur parti, ils leur annoncèrent, d'après l'ordre qu'ils en avaient reçu du roi, qu’il fallait le lendemain faire connaître de vive voix leurs intentions. Ceux-ci le promirent, mais à regret, et sous la condition qu'on leur livrerait certains otages à leur choix. Quelque exorbitantes que parussent ces prétentions, le roi qui voulait sauver la ville et ses sujets, consentit à ce qu'ils demandaient et leur envoya, le dit jour, sous la conduite du sire d'Ivry, le sire de Hangest, le sire de Morvilliers et François de Grignan, qu'ils avaient eux-mêmes désignés, parce qu'ils savaient que ces seigneurs allaient peu à la cour. Messire d'Ivry ramena de la ville Hue de Lannoy et Martelet du Mesnil, avec deux écuyers et trois bourgeois, Jean Le Féron, Jacques du Rôle et Jean Quiéret. Ceux-ci avaient décidé entre eux, qu’après avoir salué le roi, et lui avoir présenté les humbles hommages de la ville, ils lui offriraient deux tonneaux d’excellent vin, dont ils avaient fait apporter avec eux, pour échantillon, deux vases d'or remplis jusqu'au bord. Mais l'échanson du roi refusa d'y goûter ; il repoussa même leur présent, en disant que le roi n’avait pas besoin de leur vin, parce qu’ils n'étaient point gracieux à son égard, et qu’ils ne se montraient raisonnables ni dans leurs propositions ni dans leurs réponses. Cependant Hue de Lannoy, au lieu de prendre un ton humble, prononça un discours plein d’arrogance. Il commença par faire son éloge et celui de ses compagnons, et par rappeler longuement avec quelle fidélité il avait servi le roi, promettant de lui rester soumis toute sa vie. Il ajouta qu’ils

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