‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 26 sur 172 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ravages des campagnes. — Bosquiaux, capitaine de Pierrefonds.

— Surprise de la garnison de Compiègne. —

Stratagème employé par Bosquiaux. — Gamaches nommé gouverneur de la ville de Compiègne.

A peine devenus maîtres, sans coup férir, de la ville de Compiègne, les Bourguignons y laissèrent une garnison jugée suffisante et envoyèrent le surplus chevaucher à travers le Valois, où eurent lieu des excès de tous genres. Du reste, les campagnes qui se trouvaient entre les places fortes appartenant aux deux camps ennemis, étaient exposées à des violences inouïes de part et d’autre. On ne savait pour qui tenir dans les hameaux et dans les fermes. « J’ai lu, dans quelques écrits de ces temps malheureux, dit Carlier, une peinture bien touchante de la situation de ceux qui étoient exposés

aux invasions des deux partis « Deux ou trois Or-

léanois échappés (c’est-à-dire, des partisans du duc d’Orléans), entroient de compagnie dans une ferme, dans la maison d’un paysan aisé ? Es-tu Bourguignon , es-tu Armagnac ? — Je suis des vôtres, répondoit le campagnard intimidé. — Mais encore, quel parti suistu, quelle cause embrasses-tu ? Es-tu Bourguignon ? — Je suis, reprenoit l’autre, un fidèle sujet de mon sou-

verain, je gémis des dissensions qui divisent l'Etat ; je respecte les princes ; je n'ai pas assez de connoissances, pour juger ceux dont je ne puis démêler les intérêts, ou discuter les prétentions. — Pour qui tiens-tu donc? — Hélas ! je crois devoir au roi l'obéissance. — Tu es donc Orléanois, reprenoit l’un des soldats ? et moi je suis Bourguignon ; vuide tes mains de ce que tu possèdes, sinon-je t'applique le frontal de mes Cordelières , (espèce de supplice qui consistoit à serrer la tête avec des cordes garnies de noeuds). —-Je n’ai rien, répliquoit le patient ; des militaires de votre parti sont venus ici il y a deux jours et ont tout enlevé ; je suis moi-même privé du nécessaire.

« Les fourrageurs prenoient alors une dernière résolution. S’ils regardoient l'aveu du paysan comme une défaite, ils l'appliquoient à la question ; ils le mutiloient ou le suspendoient par les pieds, la tête en bas; et non contens des tourmens qui étoient la suite d’une situation aussi cruelle, ils portoient la barbarie au point d’allumer du feu sous la tête. Ces excès venoient en grande partie de la difficuté des subsistances*. »

Au mois de juillet 1418, les Bourguignons se présentèrent sous les murs du château de Pierrefonds « où le seigneur Bosquiaux, le premier capitaine de son temps, commandait en personne. 1 2 » Leur tentative

1 Histoire du Duché de Valois. (T. II, p. 422.)

2 Nicolas ou Raoul de Bosquiaux était un zélé partisan du duc d’Orléans. Il eut, comme capitaine, le commandement du château de Pierrefonds, de Courtieux, d’Ambleny et de Viviers. En 1414, le roi lui confia celui de la ville de Soissons. En 1422, il défendit le château de Choisy-sur-Aisne assiégé par

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