‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 27 sur 172 · STRATAGÈME DU CAPITAINE BOSQUIAÜX · texte numérisé non relu

STRATAGÈME DU CAPITAINE BOSQUIAÜX

demeura sans effet, mais Bosquiaux froissé d'une pareille insolence, chercha à s’en venger. L’occasion bientôt se présenta d’elle-même. « Informé, raconte Carlier, que la garnison de Compiègne laissoit souvent la ville sans défense, afin d’aller faire du butin dans les lieux d’alentour, il choisit cinq cens hommes d’armes, et fut se poster à leur tête dans une embuscade, qu’il avoit fait reconnaître avant de s’y engager. Des émissaires qu’il envoya à la découverte, lui apprirent qu’une partie de la garnison étoit sortie pour un fourrage ; mais que toutes les portes étoient exactement fermées, sans aucune issue par laquelle il fut possible de surprendre la place. Bosquiaux jugea à propos d’attendre quelque occasion et de ne rien précipiter. Il avoit avec lui sa troupe rassemblée sous une épaisse futaye, en un endroit entouré de morbois et masqué par des hayes, à peu de distance de la porte, qu’on nomme à Compiègne, porte de Pierrefonds.

« Un charretier parut, qui conduisit une voiture de bois dans la ville. La sentinelle avoit ordre de le laisser entrer. On arrêta le conducteur ; on l’interrogea. Celuici déclara l’heure qu’on lui avoit marquée, pour arriver avec sa voiture. Bosquiaux lui fit changer ses habits avec ceux d’un soldat affidé, qui prit la conduite de la charrette. Il fit suivre cette voiture par sept autres soldats déguisés en paysans, et donna ordre au nouveau conducteur de tuer le limonier, lorsqu’il se trouveroit sur le pont-levis du côté de la herse, afin qu’à la faveur

Bedford, fut fait prisonnier, et conduit à Paris où il mourut « descolle' escartellé » le 3 5 septembre 1423.

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de l'embarras, il eût le temps de le joindre avec toute sa troupe. ‘

« Les ordres du Capitaine de Pierrefonds furent ponctuellement exécutés. Le limonier blessé à mort tomba ; la voiture versa. Les huit soldats déguisés égorgèrent la sentinelle et donnèrent à leur chef le signal convenu. Ils firent plus : sans attendre les cinq cens hommes, ils entrèrent sans obstacle. Hector de Sauveuse venoit de s'absenter pour une affaire pressante. Avant de partir, il avoit partagé le commandement en chef entre ses deux Lieutenants, le Seigneur de Crèvecœur et le Seigneur de Chievres. Ces officiers se reposant l'un sur l'autre du soin de garder la place, comme il arrive presque toujours dans les rencontres où l’autorité d’un seul est divisée, ne veilloient pas exactement à leurs fonctions.

« Le nommé Boutry, Concierge du Gouverneur, apperçut le premier les ennemis. Il connoissoit particulièrement l'un des huit soldats pour un zélé Royaliste. Celui-ci courut sus à Boutry et le tua d’un coup de hache d’armes, sans lui donner le temps de se reconnoître. Bosquiaux suivi de sa troupe, avoit déjà joint les huit braves, lorsque Chievres et Crèvecœur furent avertis du danger. Ils se sauvèrent dans la tour de Saint-Corneille, et firent d’abord quelques dispositions pour se défendre. Informés qu’ils avoient affaire à Bosquiaux en personne, ils ne firent aucune résistance, et se rendirent à discrétion.

« Bosquiaux divisa son détachement en plusieurs corps, qu’il envoya dans les différens quartiers de la ville, pour faire la recherche de tous ceux qui tenoient

DESTRUCTION DES ARCHIVES DE COMPÏÈGNE. 5l

volontairement le parti du duc de Bourgogne. On pilla leurs maisons, on saisit leurs biens et on les emmena prisonniers au Château de Pierrefonds. Chievres et Crèvecœur subirent ce triste sort.

« Avant de quitter Compiègne, Bosquiaux ordonna un fourrage général, dans les lieux circonvoisins, où l’on soutenoit les intérêts du duc de Bourgogne. Il donna au sire de Gamaches le gouvernement de la ville *. »

Cette reprise de Compiègne au nom du Roi et du , Dauphin s’était effectuée le jeudi 21 juillet 1418, et la ville resta sous le commandement du sire de Gamaches jusqu’au 18 juin 1422 1 2 .

Comme on vient de le voir, cette journée du 21 juillet 1418, fut une véritable ruine pour Compiègne, aussi bien que pour ses environs. Le pillage, dans sa rage aveugle, ne respecta rien. Sans compter les viols, meurtres et assassinats qui formaient alors le cortège habituel de ces sortes de sauvageries, un grand nombre de maisons de la ville et de ses faubourgs, notamment à Saint-Germain et à Royallieu, furent détruites ou brûlées ; celles de Venette et de Margny eurent à peu près le même sort; mais une perte irréparable, dont nous subissons encore aujourd’hui les effets, et que nous

1 Histoire du Duché de Valois, T. II, p. 433.

* On lit, en effet, dans les Comptes de la ville de Compiègne, la mention suivante : « Recettes sur le vin, la chaussée, le minage qui a été loué jusques au jeudi XXI 0 jour de juillet l’an 1418, lequel jour la dicte ville de Compiègne fut prinse et emblée par les seigneurs de Gamaches et de Boqueaux qui tindrent la dite ville jusques au XVIII 0 jour de juin mil III I C XXI I que la dite ville fut rendue au Roy (Henri V), pendant lequel temps le minage demeura vague et non exercé. » (Archives de Compiègne , CC. 10, f° 8, v\)

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ne saurions trop déplorer, ce fut celle des Archives de la ville : tout y a été saccagé, brûlé ou lacéré, et quelques heures ont suffi, pour anéantir les richesses que plusieurs siècles avaient accumulées avec tant de soin.

N’est-ce pas le cas de répéter une fois de plus, avec Stace (Sylv. liv. v) :

Excidat ilia dies œvo ; nec postera credant Sœcula ! nos certe taceamus...

Le doute sur l’étendue d’une pareille perte n’est, hélas ! plus permis en présence du passage suivant, consigné dans un registre de l’Hôtel de Ville (dd. 20 ) quelques annés plus tard, et dont nous conservons la physionomie aussi simple que navrante :

« La ville de Compiengne fut prinse en l’an mil IIII 0 XVIII au mois de juillet et tout pillée et les pluseurs tuez et murtriz, et les aultres raençonnez ; et abatues une grant partie des maisons de la dite ville et tous ses forsbourgs et villages d’environ icelle comme les ditz villages de Marigny, Venette, Saint-Germain, la Neuf-Villeaux-Bois (Royallieu) et les forsbours d’icelle.

« A la dite prise la maison d’icelle ville de Compiengne, là où étoient les Chartres , papiers , registres et enseignements des droits d’icelle ville, fust toute pillée et mesmement les papiers , registres et Chartres et n’en demoura que pou ou néant, que depuis on a recouvré ; et si fut rompue la hûche où le sceel du maire estoit, là où il avoit cinq clefs, emporté le dit scel que oncques puis ne fut trouvé *. »

1 Pour éviter le retour d’un pareil désastre, les habitants de Compïègne faisaient transporter leurs archives en lieu sûr,

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