CHAPITRE V
Avènement de Charles VII (1422). — La France a deux rois à la fois. — Division du royaume. — Misère du peuple. —
Les Compiégnois prêtent serment au roi d’Angleterre. — Pardon accordé par le prince. — Siège du Château de Pacy par Falstaff. — Compiègne rentre au pouvoir de Charles VII.
Pendant qu’à Saint-Denis, on acclamait l'avènement de Henri VI, la nouvelle de la mort de Charles VI, parvenait le 24 octobre 1422 à Mehun-sur-Yèvre où se trouvait alors le dauphin 1 . Ce prince « en eut au cuer grant tristesse et ploura très habondamment » ; il prit aussitôt le deuil, mais bientôt ses officiers d’armes * « vestus de leurs blasons, » l'entourèrent le conduisirent dans la chapelle, où, après l'avoir revêtu « d’une robe vermeille, » ils élevèrent sur sa tête leur bannière, et le proclamèrent roi de France. Toutefois, ce ne fut que le vendredi 3 o octobre, que le dauphin prit en son château de Mehun-sur-Yèvre le titre de Roi. « Deux jours plus tard, à la fête de la Toussaint, il se rendit à Bourges et célébra cette solennité, comme roi, dans la magnifique
1 Monstrelet (T. IV, p. i3o) prétend à tort, que c'est au château d’Espaly Saint-Marcel, appartenant à l’évêque du Puy, que Charles VII apprit la mort de son père.
cathédrale de la ville. Ainsi fut inauguré le règne de Charles VII *. »
A partir de ce moment, ce prince chercha à réorganiser les provinces qui lui restaient, et transféra à Poitiers ce qui, dans le parlement et l’université, lui était demeuré fidèle.
« Alors, dit Mézeray, tout fut double dans le royaume ; il y eut deux rois, deux régents, deux conseils, deux parlements et deux universités. » Aussi la lutte loin de s'apaiser, continua-t-elle comme de plus belle ; seulement elle changea de caractère. A la guerre de partisans, succéda une véritable guerre nationale, au dessus de laquelle plana bientôt la virginale et patriotique image de Jeanne d’Arc.
« L’Angleterre possédait à cette époque la Normandie, la Guyenne, la Picardie, la Champagne, la Brie, l’Ile-de-France et Paris, à l’exception d’un petit nombre de places qui tenaient encore pour Charles VII. De plus, elle pouvait compter sur la Bourgogne, la Flandre et l’Artois, appartenant au duc de Bourgogne son vassal et son allié. Charles VII avait en sa possession le Languedoc, le Dauphiné, le Berry, l’Auvergne, la Touraine, une partie de la Saintonge, la ville de la Rochelle, le Poitou, la Provence, le Maine et l’Anjou 1 2 . »
Et maintenant, si l’on veut connaître l’état intérieur de notre pauvre France à cette époque néfaste, et, si l’on veut approfondir les souffrances qu’ont
1 Vallet de Viriville. (. Histoire de Charles VII , T. I w , p. 359.)
2 Rapin Thoyras. ( Histoire d' Angleterre, T. IV, 176.)