REPRISE DE COMPÏÈGNE AU NOM DE CHARLES VII
officiers, tous partisans de Charles VII, quitta La Fère et Nesle où elle tenait garnison, et arriva pendant la nuit sous les murs de Compïègne. Là, ayant appris que la plupart des soldats de la ville étaient sortis pour fourrager, nos quatre cents hommes attendirent la nuit, et, pendant que les Compiégnois se livraient aux douceurs du sommeil, ils appliquèrent des échelles le long des remparts, en deux endroits différents, et s’emparèrent de la place, qu’ils pillèrent, avant même qu’on ait pu opposer la moindre résistance. Lancelot de Francières, capitaine de la ville, Le Bègue de Francières et ce moult d’autres riches hommes », devinrent leurs prisonniers. Quant aux habitants, ils furent mis à contribution, corps et biens. C’était là tout ce qui pouvait les attendre 1 .
Religieux de Saint-Denis , un vaillant homme d’armes, hardi, sage, prudent et subtil en fait de guerre. »
Cousinot de Montreuil raconte à son sujet, une anecdote qui dépeint tout à la fois le caractère de ce guerrier et les mœurs du temps. On était en 1427 : La Hire venait d’arriver devant Montargis afin de déloger les Anglais qui assiégeaient la place. « Il trouva un chapelain auquel il dist quil lu.y donnast hastivement absolution, et le chapelain lui dist quil confessast ses péchez. La Hire lui répondit qu’il n’auroit pas le loisir, car il falloit promptement frapper sur Tennemy, et quil avoit fait ce que gens de guerre ont accoutumé de faire. Sur quoy le chapelain luy bailla absolution telle quelle; et lors La Hire fist sa prière à Dieu, en disant en son gascon, les mains jointes: « Dieu, je te prie que tu fasses aujourd’huy pour La Hire, autant que tu voudrois que La Hire fist pour toi, sil estoit Dieu et que tu fusses La Hire. » Et il cuidoit très bien prier et dire. » ( Chronique de la Pucelle . Édition Vallet de Viriville, 1859, p. 246.)
1 Mémoires de Pierre de Fénin , p. 3 12.
Voici comment Monstrelet (T. IV, p. 174) raconte ce fait d’armes :
78 LA PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏEGNE.
Aussitôt qu’ils apprirent cette nouvelle prise de Compïègne, Lionel de Bournonville et le sire de l’Isle- AdamV, son beau-frère, tous deux chefs bourguignons, rassemblèrent à la hâte cinq à six cents hommes qu’ils firent camper à Margny 2 et tentèrent de rentrer dans la place ; mais les gens du roi Charles VII se / gardèrent mieux que ne l’avaient fait leurs adversaires ; ils opposèrent à ces derniers une vigoureuse résistance, firent une sortie énergique dans laquelle le seigneur deSorel tomba entre leurs mains, et forcèrent Lionel de Bournonville, ainsi que le seigneur de l’Isle-Adam à regagner au plus vite Gournay-sur- Aronde.
« En ce temps la ville de Compiengne fust eschellée , par faulte de guet, des gens du roy Charles, lesquelz estoient environ trois cens combatans, desquels estoient conducteurs Yvon du Puis, Angerot de Laux et Broussart ; lesquelz sans delay prindrent et emprisonnèrent tous ceulx de la ville qui tenoient le parti des Anglois et des Bourguignons avecques tous leurs biens. Et brief ensuivant vinrent devers la dicte ville de Compiengne, pour icelle reconquerre, le seigneur de l’Isle-Adam, Lyonel de Bournonville, le bastard de Thian et aulcuns aultres, qui peu ou nient y firent. Et pour tant, tout le pays d’environ fut derecheif, pour icelle prinse, en grant soucy et tribulacion ».
1 Jean Villiers, seigneur de l'Isle-Adam fut fait chevalier de la Toison d’Or le 9 janvier 1429 ; il fut tué le 22 mai 1427.
2 Village à un kilomètre de Compïègne. On trouve encore au-dessus de l’église, dans la rue Torterue , les traces de l’enceinte de l’ancien château. Son emplacement est actuellement occupé par la brasserie Legrand-Diemer.