‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 39 sur 172 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Nouveau siège de Compïègne par Bedford (1424).

— Menaces de ce dernier. —

Députation de bourgeoises auprès de lui. — Situation de la ville.

— Occupation anglaise pendant plus de cinq ans. —

Charles VII marche sur Compïègne (1429). — Anxiété des habitants. — Affaire de Montépilloy. —

Soumission de Compïègne à Charles VII.

Cependant la victoire que le parti du roi Charles venait de remporter fut de courte durée. En effet, quelque temps après, le duc de Bedford vint à Montdidier, avec environ douze cents combattants et chargea Philippe de Saveuse d’entreprendre un nouveau siège de Compïègne en lui disant qu’il « lui baillerait « gens et paiement ».

Il lui adjoignit le bailli de Rouen, qui était Anglais, le capitaine de Gisors, nommé Richard Maubery, le seigneur de l’Isle-Adam, Messire Lionel de Bournonville, le Bâtard de Thien, le seigneur de Crèvecœur, Robert de Saveuse et plusieurs autres. Les troupes se rassemblèrent à Pont-Sainte-Maxence, et de là, elles marchèrent sur Compiègne, en se divisant en deux groupes : le premier commandé par Philippe de Saveuse en personne, s’installa à Venette 1 , et le second,

‘.Village à deux kilomètres de Compiègne, sur la rive droite de l’Oise.

8o LA PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.

ayant à sa tête le seigneur de l'Isle-Adam et Lionel de Bournonville, prit position à Royallieu, puis le siège commença (février 1423 ; 1424 nouveau style), il dura environ trois semaines pendant lesquelles « il y eut de grandes escarmouches entre les parties. » Sur la demande du seigneur de l’Isle-Adam, la ville de Noyon qui tenait pour les Bourguignons, lui avait expédié un canon et autres habillements de guerre* pour le renforcer, et, plus tard, le régent ayant réclamé de la même ville, l’envoi de XX arbalétriers pavoisiers (c’est-à-dire munis de boucliers), elle décida qu'il serait établi une taille (impôt) pour faire face à cette dépense *.

Au bout d’une quinzaine de jours, les assiégés commencèrent à faiblir ; leurs adversaires en profitèrent pour renouveler leurs sommations d’avoir à rendre la ville. Dans cette situation, le capitaine demanda à parlementer, et le 16 mars 1423 (1424), il convint avec les assiégeants que si, dans le délai d’un mois, à compter du I er mars, Charles VII, n’était point venu à son aide, il livrerait la place. Il fut stipulé également que, le cas échéant, toute la garnison sortirait avec ses armes et bagages. Charles VII n’ayant point donné signe de vie, malgré les sollicitations qui lui étaient faites par ses partisans, la ville de Compïègne fut livrée au jour indiqué, au duc de Bedford que représentait le sire de Montferrand. Ce dernier y installa comme capitaine le seigneur de l’Isle- Adam, et comme lieutenant Raoul de Hallus ou de Harlêu.

* On appelait ainsi, à cette époque, le matériel de campagne.

* Archives de Noyon. F® 60. i # .

SOUMISSION DE COMPÏÈGNE AU DUC DE BEDFORD. 8l

Cependant, lors delà capitulation dont il vient d'être question, on s'était bien préoccupé de la garnison, mais on n’avait nullement prévu le sort des habitants de Compïègne, et ces derniers étaient d'autant plus inquiets, que le bruit courait que Bedford, se montrant très irrité contre la ^lace, ne parlait de rien moins que de la mettre à feu et à sang. Les attournés convoquèrent alors les principaux bourgeois et habitants dans la maison de ville, et il fut convenu que six d’entre eux se rendraient auprès du sire de Montferrand qui était logé à Venette, et qu’ils négocieraient avec lui un traité en faveur de la ville. Le choix désigna Baudon de la Fontaine, Andrieu Le Boucher, Jean Thibaut, Laurent Charmolue, Pierre Crin et Robert de Kerromp. Ces délégués se mirent immédiatement en route, et demandèrent audience au sire de Montferrand, auquel ils recommandèrent la ville et « le prièrent qu’il voulsist recevoir les habitans en la bonne grâce du roi ». Le sire de Montferrand leur répondit qu'il ne pouvait rien prendre sur lui, mais qu’il allait se rendre immédiatement à Creil, auprès du régent ; qu’il lui parlerait de leur démarche, et que le lendemain il leur donnerait réponse. Or, le lendemain se passa sans la moindre nouvelle. Justement inquiets de ce silence,* les attournés firent partir, pour Creil, Jean Chambet dit Francoquin, messager de Saint-Antoine, auquel ils confièrent des lettres à l’adresse du sire de Montferrand. En l’absence de ce dernier, ces lettres furent remises au sire Bérard, son secrétaire. Cet officier répondit que Bedford ne voulait point entendre parler des habitants de Compiègne, et qu’il n’accueillerait aucune sup-

82 la PRISE DE JEANNE DARC DEVANT COMPÏÈGNE.

plique de leur part, tant il était irrité de leur conduite. Cependant il leur fit entendre que, si la ville de Compïègne envoyait une députation de six à huit femmes, le régent se montrerait probablement moins rigoureux et que, quant à lui, il ferait tous ses efforts pour l’amener à les recevoir. Jean Chambet revint à Compiègne et rendit compte du résultat de son voyage. Tout le monde fut alors convoqué à nouveau, et il fut décidé que huit bourgeoises de qualité se rendraient à Creil. La majorité désigna à cet effet : « la prieure de Saint- Nicolas-du-Pont, la femme Jehan Baillet ; la femme Pierre Le Gonelle ; la femme Pierre Crin; la femme Jehan Langelé; la femme Jehan Malepart; la femme Pierre Champion et la femme de Jehan Boutené*. » Les courageuses Compiégnoises partirent de suite par eau, le dimanche 19 mars, accompagnées de Francoquin,’et emportèrent deux suppliques : l'une pour le régent et l’autre pour sa femme. En même temps, le messager était chargé d’une lettre à l’adresse de Bérard dans laquelle les attournés lui promettaient cinquante écus d’or, s’il voulait bien faciliter le traité de la ville avec le régent. Ce dernier consentit à recevoir la députation féminine. La prieure et ses compagnes se jetèrent à ses genoux qu'elles inondèrent de leurs larmes, et implorèrent sa miséricorde. Bedfort, sans les repousser brutalement, comme elles le redoutait, leur répondit qu’il ne pouvait rien prendre sur lui, et qu’il

1 Arch. deComp. CC. 10, f° 1 16. — Le Prieure' de Saint-Nicolas-du-Pont existait avant 1 i5o. Son église était située dans la rue Saint-Nicolas actuelle, près du pont, d’où le nom de Saint- Nicolas-du-Pont ; c’est aujourd’hui la chapelle de l’Hôtel-Dieu.

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