DÉPUTATION FÉMININE VERS LE DUC DE BEDFORD
fallait aller à Paris auprès du Grand Conseil. De son côté, le sire de Montferrand ajouta qu’on ferait bien de se munir de partie de la somme offerte, et donna rendez-vous au messager pour le samedi suivant. Les Compiégnoises revinrent le mercredi 22 mars, et mirent les habitants au courant de la façon dont elles avaient été reçues ; elles furent l’objet d’une ovation bien méritée, et l’espoir commença à renaître dans la ville. Le lendemain, Francoquin prit le chemin de Paris, avec trente écus d’or pour le seigneur de Montferrand et quatre écus pour son secrétaire. Aussitôt arrivé, il remit ces sommes aux destinataires, et bientôt il apprit, de la bouche même du secrétaire Bérard, que le régent avait octroyé son pardon à la ville. Quelque temps après, Jean de Creil et Pierre Charmolue se rendirent à leur tour à Paris, pour chercher les lettres patentes constatant ce pardon ; elles coûtèrent à la ville XLIIII livres.
Ces lettres, datées du 4 avril 1423, portaient rémission accordée par le Roi aux bourgeois de Compiègne qui, « par leur négligence et faulte de deüe garde et deffense, avoient laissé prendre la ville, à l’exception des officiers et habitants consentants . et coulpables de la prise d’icelle ville 1 ».
A partir de cette époque jusqu'au 25 octobre 1429, * c’est-à-dire pendant cinq ans et quatre mois, la domination anglaise s’exerça à Compiègne d’une façon absolue.
C’était, comme on le pense bien, un grand honneur que d’être le capitaine d’une pareille ville ; aussi cette
1 Archives nationales , JJ. 172, n° 448.
84 LA PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.
dignité était-elle recherchée par les gens de guerre les plus éminents, sauf, par eux, à se contenter du titre, sans remplir autrement la charge.
Il en fut ainsi du sire de l’Isle-Adam qui préferait de beaucoup le séjour de Paris à celui de Compiègne. Or, les habitants de cette dernière ville ne tardèrent pas à faire des démarches pour obtenir le titre de capitaine en faveur du lieutenant Raoul de Hallus,qui leur avait rendu de véritables services, et, sur leur requête, le régent consentit à lui conférer ce grade le 18 janvier 1425. Le nouveau capitaine prit alors pour lieutenant Baudon de la Fontaine, et eut sous ses ordres les hommes d’armes nommés Pierre Dernanville, Guimart, Jean de Meule, Jean Demain, Jean Le Boucher, Rogerin, Benat, Robinet de Louvencourt, Robinet de Gaim ; mais sa nomination ne tarda pas à lui susciter une série d’ennuis avec son prédécesseur. Nous en trouvons la trace dans une sorte de résumé qu’en a fait Dom Gillesson, qui, plus heureux que nous, a pu compulser des registres aujourd’hui disparus. Encore bien que le récit fait par le savant Bénédictin ne relate pas des évènements d’une haute importance, nous n’hésitons pas à le reproduire textuellement, car il nous donne la physionomie exacte d’un côté de la vie publique à Compiègne, et de l’état des esprits pendant les années 1425 et 1426 *.
1 Dom Henri Bonaventure Gillesson était né à Courboing, diocèse de Soissons, en 1619. Le 1 5 juillet i 632 , il devint profès de Saint-Remi de Reims, et mourut au monastère de Saint- Crépin-le-Grand, à Soissons, le 5 octobre 1666.
Ce religieux avait entrepris d’écrire l’histoire de Compiègne, et il rassembla à cet effet une foule de documents qu’il utilisa