RECIT DE DOM GILLESSON
reçut lettres closes de Mons. de l’Isle-Adam contenant que l’on gardât bien la ville et quelle étoit muguettée 1 ; sur lesquelles fut tenu assemblée de ville, en laquelle il fut conclu qu’on ne laisseroit entrer en la ville aucuns gensdarmes quelqu’ils fussent.
« Le mercredi dix-neuf du même mois, il y a eu assemblée en la maison de ville en laquelle étoit Regnaut du Rû (prévôt de la ville), les attournés et autres des plus notables, qui ont proposé à Baudon de la Fontaine que huit cents chevaux ou environ seront logés ès-villages de Longueuil, Jaux, Armancourt et autres lieux, lesquels détroussoient tous ceux de Compïègne, et fesoient de grands maux, et qu’il étoit humblement prié de vouloir veiller au salut de la ville avec les habitans ; de plus, il fût prié de trouver bon que la ville gardât la moitié des clés, et lui l’autre ; à quoi il répondit quil en étoit fort content, mais quil les prioit de vouloir attendre jusqu’au retour du capitaine Harleu, ce qui lui fut accordé ; et nonobstant, la moitié des clés furent remises es mains des gouverneurs.
« Il fut, de rechef, conclu en cette assemblée qu’on ne permettroit à aucun soldat d'entrer dans la ville, et qu’à chaque porte, outre les portiers, il y auroit six compagnons.
« Le jeudi 20 e jour de décembre 1425, il y eut assemblée en la maison de la ville, où se trouvèrent Raoul de Hàrleu, Regnaut du Rû, lieutenant, etc., etc. Il fut rapporté au capitaine ce qui s’était fait le jour précédent en l’assemblée ; il promit de faire tous bons
1 Muguettée , c’est-à-dire recherchée, convoitée.
88 la PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.
devoirs pour la garde de la ville, et a dit aux bourgeois et habitans qu’en son absence, ils eussent à obéir à Baudon de la Fontaine, son lieutenant, ce qui lui fut accordé.
« Le samedi 29 décembre, assemblée de ville en laquelle est ordonné que les prévôts forains et de la ville, accompagnés de leurs sergents, visiteroient toutes les hôtelleries et autres lieux, pour sçavoir quels gens d'armes y sont logés et en faire rapport le lundy dernier décembre après-midy. »
De ce qui s’est passé à Compïègne de plus considérable pendant l’année 1426.
« Le jeudi 27 février 1426, l’on tint assemblée de ville sur ce que le Bâtard de Chatillon avait rapporté qu’il n’y àvoit que deux personnes au Châtel de Choisy (sur-Aisne) pour la garde d icelui ; il fut conclu par Regnaud du Rû, lieutenant, Jean Demy, Thomas Quillet, etc., etc., qu' Aubert Baudon, lieutenant du prévost forain, lui quatrième, iroit en vertu de la commission du dit lieutenant, pour sçavoir la vérité et que, là, il se tiendroit, par faute de garde, jusqu’à ce qu’ autrement en fut ordonné, et qu’on écriroit au Conseil selon le rapport qu'il en feroit.
« Le lundi i 5 juillet 1426, assemblée de Regnaud du Rû, lieutenant du bailli de Senlis, Raoul de Hallus, capitaine de Compiègne, Thomas Quillet, François de
COMPÏÈGNE EN 1426. — 89
Miraulmont, Roger du Val, Jehan Filleul, etc., etc., en laquelle il fut conclu qu’on iroit à Choisy pour sçavoir quelle garde il y avoit au Château, et que, si on le trouvoit être dépourvu, ainsi qu’on avoit donné à entendre, il y seroit pourvu ; les susdits y allèrent par eau et n'y aiant trouvé qu’une femme, ils y laissèrent quatre des soldats du capitaine : Guinart, Gilles, Becquet et Guillaume Leveneur, et, sur ce, fut incontinent écrit à M. le chancelier et au Conseil du Roi, et, en attendant quil y soit pourvu par nos seigneurs du Grand Conseil de France, la ville promit de fournir aux dépenses des susdits.
« Le 24 juillet, les dits gens du gouverneur, commis à la garde du châtel de Choisy, retournèrent à Compiègne, à cause que Jean d’Harcourt, capitaine du dit château de Choisy, y étoit retourné.
« Le mercredi trois avril 1426, Gilles Crochon reçut mandement d'aller trouver Monsieur de L’Isle à l’Isle-Adam, pour lui donner des lettres closes de la part de la ville, pour le détromper des faux rapports qu’on lui avoit faits touchant les habitans de Compiègne. Au retour de Gilles Crochon, la ville s’est assemblée pour entendre ce qui s'était passé et ce qu’avait dit le sieur de L’Isle.
« Il a rapporté et dit qu'il avoit trouvé le dit sieur à Paris, auquel il avoit présenté les lettres, et, qu’incontinent, après les avoir lues il les avoit déchirées et dit qu’il ôteroit une fois la vie à Raoul de Hallus; puis, modérant sa colère, avoit dit quil se fâcheroit une fois et ôteroit la vie du corps à Jean de Creil et à Jean Duchemin et autres de la dite ville, quil n’avait
pas nommés; et quil battroit, jusqu’à perdre la vie, douze autres, en disant quil avoit tenu le pays paisible de gens d’armes, et que, dans peu de temps, il y en auroit bon nombre.
« Messieurs de la ville, sur ce rapport, cherchèrent les moyens d’apaiser le seigneur de L’Isle ; ils s’avisèrent de gagner Pierre Loucheron, qui promit d’adoucir l’esprit de M. de L’Isle, de lui ôter les mauvaises impressions qu’on lui avoit injustement données, de sçavoir au vrai pourquoi il étoit si mal satisfait des Compiégnois, et d’en écrire sur ce quil en aura pu apprendre ou de venir lui-même à Compiègne pour en faire le rapport.
« Le mercredi 24 du mois de mai, on a donné à Pierre Loucheron, é.cuïer, serviteur de M. de L’Isle- Adam, la somme de quarante-huit sols, en reconnaissance de quelque menu plaisir par lui fait à la Ville ; vingt sols de reconnaissance, en s’excusant vers son maître sur quelques mauvais rapports qu’on avait faits des habitans d'icelle.
« Le mercredi 28 mai 1426, Gilles Hacquart, receveur des tailles, reçut commandement de bailler à Raoul de Hallus, capitaine de Compiègne, vingt escus en prest, en prenant reconnaissance de lui, de rendre, à la ville la dite somme, sur les premiers deniers de ses gages. Ce prest de vingt écus fut ordonné par le consentement de plusieurs bourgeois et habitans.
« Le vendredi dernier de may, a été présenté à Messire Jehan de Luxembourg deux barbeaux, deux carpes, deux anguilles et un brochet, le tout acheté quatres livres dix sols de Robert Avisé.