‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 43 sur 172 · SUITE DU RECIT DE DOM GILLESSON · texte numérisé non relu

SUITE DU RECIT DE DOM GILLESSON

« Le vendredi 14 juin, on a présenté à M. le Bailli de Senlis deux barbeaux de vingt sols.

« Le jeudi i 3 juin 1426, furent assemblés par devant Raoul de Hallus, capitaine, les gouverneurs, le lieutenant de M. le Bailly, Thomas Quillet, Gilles Voisine, Jean de Creil, Roger du Val, Régnault le Renvoisiné, aux quels le capitaine a donné et fait entendre que le régent lui avoit baillé la charge de la ville de Compïègne et, pour témoigner de son dire, il a donné des enseignements que le dit régent lui avoit baillés en secret, et, d’autant que, il voyoit une grande confusion dans l’état ou chacun tachoit d’avancer ses affaires sans se soucier au dépens de qui ; a dit désirer sçavoir à quoi ils étoient résolus ; s’ils étoient en volonté de garder la ville avec lui contre tous et de lui en faire serment. Sur ce., il lui a été répondu par les habitans, qu’ils ont toujours été obéissants au Roy ; qu’ils avoient vu ses lettres touchant l’office de capitaine et, partant, qu’il n’avoit pas sujet d’entrer en défiance d’eux puisquils avoient bonne volonté de lui obéir comme à leur capitaine, et d’accomplir la teneur de toutes les lettres qui lui viendront de la part de Sa Majesté, en sorte que, tant lui que le roi, recevroient toute la satisfaction qu’ils pourroient désirer d'eux au plus fort de ses troubles.

« Le 10 may 1426, on publia les lettres envoiées par le Chancelier et nos seigneurs du Conseil touchant la garde de la ville de Compiègne. Il y a eu assemblée en laquelle il fut arrêté d’envoyer un homme capable à Paris, par devers nos dits seigneurs, pour moïenner des gages au capitaine de Compiègne. Il fut

arrêté que le capitaine se tiendrait quitte de dix livres qu’il devoit à cause de la ferme des prés de l’année précédente ; il fut aussi conclu qu’il tiendroit quitte Baudon de la Fontaine de dix livres en fait moins dues, qu’il doit à la Ville en considération des voyages qu'il a faits pour elle ;

« Le dimanche 26 mai, on bailla à Colard de Vil— lemont lettres pour porter à Paris, avec deux suppliques pour obtenir des gages au capitaine ; il est parti le lundi et retourné le jeudi 20 juin.

« Le samedi 29, il y eut assemblée de ville, où il fut conclu que l’on enverroit, à Paris, Villemont pour obtenir des gages au Capitaine, et poursuivre cette affaire auprès du Grand Conseil, qu’il avoit encommencée ; il est parti le dimanche, et il est retourné le jeudi 8 août, rapportant qu’on lui avoit fait refus de bailler aucune provision sur le Roy pour le fait du Capitaine.

« Le vendredi 12 juillet, sur l’examen de l’état, de Jean Fort, receveur, on a donné 16 livres 8 sols parisis à Baudon de la Fontaine, en reconnaissance des travaux et dépenses qu'il a faits à Paris pour les affaires de la ville 1 . »

Ici se termine malheureusement le fragment que le savant Bénédictin a consacré à une partie de l’année 1426.

Aussi bien, du reste, les évènements qui s’étaient passés au dehors, ne semblaient pas, tout d’abord, de nature à raviver les espérances de ceux qui tenaient

1 * 'Bibliothèque de Compiègne. — Manuscrits. (Antiquités de la ville de Compiègne, par Dom Gillesson, T. V, p. 24 et 26.)

PÉNURIE DE LA VILLE DE COMPÏÈGNE. gi

secrètement pour Charles VII. Les défaites de Crevant et de Verneuil avaient du plutôt décourager ce qui restait de partisans au pauvre roi ; mais, grâce à la mésintelligence qui ne manqua pas d’éclater entre le duc de Bourgogne et les Anglais, les choses prirent une tout autre tournure. Aussi, un grand nombre de villes commencèrent-elles à manifester une certaine résistance à la domination étrangère. Quant aux habitants de Compiègne, ils subissaient leur sort, sans trop élever la voix, et cherchaient surtout à combler les pertes successives des années précédentes. Toutefois, malgré les efforts des attournés, la pénurie existait toujours, et telle était même la désolation générale, que les religieux, bénéficiaires de certaines rentes qui grevaient la ville, s’étaient vus dans la nécessité de se contenter du quart de ces mêmes rentes, et d’en consentir la réduction pour douze années consécutives 1 . Et pourtant, on levait à chaque instant des tailles ( impôts ) , pour subvenir aux dépenses de toute nature, nécessitées par les circonstances. En première ligne, c’étaient les fortifications qui réclamaient d’importants travaux; il fallait, en effet, boucher les brèches qui s’étaient produites au dernier siège, renforcer les remparts, et se ménager de nouvelles défenses. D’un autre côté, on se tenait constamment en éveil; un guet permanent était installé sur la tour Saint-Michel et, quoique cet édifice fût plus haut que tous les autres monuments de la ville, on faisait relever encore la logette du guetteur 2 . De plus, le maître des oeuvres de

1 Archives de Compiègne , CC. 12.

2 « A Thomas Dubois, marchand de bois pour deux dou-

maçonnerie du roi venait tout exprès de Senlis, pour faire la visite des murs, et l'artilleur Dairas, qui était chargé, moyennant quatre livres tournois par an, delà surveillance des canons qui se trouvaient sur les tours, ne manquait pas de les tenir constamment en état *. On forçait même les gens de la banlieue à monter la garde avec les habitants de la ville, et plus d'un d'entre eux eut à se repentir d'avoir consenti à faire de semblables corvées s . La forêt était également mise à contribution; un jour, on abattait deux cents chênes pour réparer les portes, ainsi que la partie en bois du pont qui avait été « despiécé » ; un autre jour, quantité de tilleuls, destinés à faire des bois de lance, avaient le même sort 3 . On se doutait bien que, tôt ou tard, il faudrait reprendre les hostilités. Et non seulement on faisait tout pour la sûreté de la ville, mais encore on veillait à celle des localités voisines ; c’est ainsi qu'on dût envoyer, comme on l’a vu plus haut,

bleaux de six à sept pieds de long par luy vendus et délivre's à la dite ville, au mois de mars l’an mil nu c vingt-sept, emploiez à alongier la guette de la Tour Saint-Michel pour ce que ycelle n’était pas édifiée assez haut... xxxn s. p.

« A Jehan Petit, guetteur de la tour Saint-Michel , pour les mois de février, mars, avril, mai et juin, pour chacun mois, trois quartaux de bled. » (Archives de Compiègne , CC. io et 13 °, f° 90 v°). La Tour Saint-Michel était située à côté du grand portail de l’église Saint-Corneille.

1 « A Dairas, artillier, pour ses gaiges de la dite ville, pour deux ans et trois quarts d’an, commençant à la Saint-Remy l’an mil 1111 e xxvi et finissant à la Saint-Jean-Baptiste mi c xxix à un livres par an. — xi 1 . t. (Archives de Compiègne , CC. 12.)

2 V. aux pièces justificatives les lettres de démission en faveur d’un vigneron de Venette.

3 Archives de Compiègne, CC. 10 et 1 1.

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