‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 45 sur 172 · ENVOI DE RENFORTS AU SIÈGE D’ORLÉANS · texte numérisé non relu

ENVOI DE RENFORTS AU SIÈGE D’ORLÉANS

Cette profession de foi était-elle bien sincère? Il est permis d’en douter en présence des événements qui vont suivre ; mais, devant un maître tel que Bedford, la tiédeur apparente passait pour un véritable crime. Et, d’ailleurs, les paroles ne suffisaient pas pour lui ; il fallait encore des actes. Il en est un surtout qui dut bien coûter à nos pauvres aïeux. Ce fut l’obligation que leur imposa le régent d’envoyer, au mois de janvier 1429, des hommes et des munitions à l’armée qui assiégeait alors la ville d’Orléans, le dernier rempart de la monarchie française *.

1 « A Jehan Quennart, charon, pour les denrées et ouvrages de son métier, par lui faiz et livrez à la ville, depuis le xm° jour de juing l’an mil 1111 e vingt huit au vin 0 jour de juing l’an mil 1111 e vingt neuf, c’est assavoir : mi sols parisis pour avoir reffait l’essieul du chariot au mois d’aoust, ou dit an, pour mener en l’ost (armée) devant Orléans, et 11 sols mi deniers pour huit manches pour les pics portez par les manouvriers qui, ou mois de janvier ensuivant (1429), alèrent de la dite ville au dit siège devant Orléans. »

« A Thiébaut Bourgeois, tavernier, pour les despences faites en son hostel au mois de juillet (1428), pour un varlet qui aporta lectres de Mons. le Bailly de Senlis, pour avoir les chariots demandez ou dit temps en la chastellenie de Compiengne, pour aller au siège devant Orléans, 11 sols. (Archives de Compïègne , CC. 12, f 08 36 et 98.)

On sait que le siège d’Orléans commença le 12 octobre 1428, et fut levé le 8 mai 1429.

« 16 janvier 1429. — Les Anglais reçoivent un renfort considérable de canons, de bombardes et de vivres, amenés par sir John FalstofF à la tête de douze cents hommes, qui arrivent au camp de Saint-Laurent à deux heures de l’après-midi...

« 19 février. — En cette extrémité, on se souvint que le duc de Bourgogne était parent du duc d’Orléans. Poton de Xaintrailles et deux des procureurs, Guion du Fossé et Jean de Saint-Avy, lui sont envoyés en ambassade. Ils avaient pour mission d’exposer la situation de la ville d’Orléans, de prier

9 s la PRISE DE JEANNE d'aRC DEVANT COMPÏÈGNE.

Et chose étrange ! en même temps que cette petite troupe sortait de Compïègne pour aller renforcer les bastilles anglaises de l’autre côté de la Loire, une fille de dix-huit ans, non pas une vulgaire gardienne de troupeaux, comme trop souvent on l’a répété *, mais bien une jeune Lorraine 2 , appartenant à une famille bien posée dans son village, quoique peu fortunée 3 ,

Philippe le Bon de la prendre sous sa protection et de la sauvegarder à leur duc prisonnier, en obtenant du Régent que le siège en fut suspendu jusqu’ « après l’éclaircissement » des troubles du Royaume. »

(. Histoire du siège d'Orléans, par P. Mantellier, p. 41 et 54.)

1 Dans le troisième interrogatoire subi par Jeanne d’Arc, le 24 février 1431, on lui demanda si elle ne conduisait pas les animaux de son père aux champs. Elle répondit: « Quand je fus un peu grande et que j’eus l’âge de raison, je ne gardais pas les animaux communément', mais j’aidais bien à les mener au pré et à un château nommé l’Isle, par crainte des hommes d’armes. Je ne me rappelle pas si je les gardais ou non, dans mon tout jeune âge. » [Procès de condamnation de Jeanne d'Arc, par Joseph Fabre, Paris, 1884, p. y 3 .)

2 Jeanne d’Arc était-elle Lorraine ou Champenoise? Cette question a soulevé une vive controverse. (V. notamment sur ce sujet les publications de MM. Henri Lepage, Athanase Renard, Pernot et Chapellier.)

Quant à nous, nous répéterons ce que nous avons déjà dit précédemment. (La Maison de Jeanne d’ Arc à Domrémy , p. 9.)

« Les deux provinces qui semblent se disputer la naissance de l'héroïne ne forment plus, maintenant, qu’une seule et même patrie, mutilée, il est vrai, par la désastreuse guerre de 1870. Jeanne d’Arc (que n’existait-elle encore!) est par dessus tout Française de cœur et d’esprit, et, à ce titre, la France entière a le droit de revendiquer sa gloire et sa nationalité. »

3 V. Jacques d' Arc , gère de la Pucelle , sa notabilité personnelle, parM. Boucher de Molandon, dont les intéressantes publications ont si puissamment contribué à la glorification de la mémoire de Jeanne d’Arc.

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