‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 46 sur 172 · MARCHE DE CHARLES VII SUR REIMS · texte numérisé non relu

MARCHE DE CHARLES VII SUR REIMS

quittait les rives de la Meuse, et marchait, elle aussi, vers les bords de la Loire ; seulement, c'était dans un but tout à fait opposé : elle voulait chasser les ennemis de celui qu’elle appelait son gentil dauphin; c’està-dire repousser aussi bien les Anglais, que tous ceux qui faisaient cause commune avec eux. Nous ignorons combien de temps cette poignée de Compiégnois demeura sous les murs d’Orléans ; mais il est certain quelle n’y était plus quand Jeanne d’Arc parut. A cette époque, en effet, le duc de Bourgogne, auprès de qui les habitants d’Orléans envoyèrent, le 19 février 1429, une ambassade, ainsi qu’on l’a vu plus haut, avait déclaré prendre la ville sous sa sauvegarde, et, dès le mois d’avril suivant, après avoir vainement requis le duc de Bedford de lever le siège, il donna ordre à tout ce que le camp ennemi renfermait de Bourguignons, de Champenois, de Flamands et de Picards, de se retirer au plus vite. Sans cette circonstance, la Pucelle aurait pu se trouver elle-même en face des pauvres habitants de l’Oise appelés, bien malgré eux, sans doute, à prêter main forte aux ennemis de Charles VII.

Et, l’année suivante, ces mêmes Compiégnois acclamaient Jeanne d’Arc avec frénésie dans leurs propres murs. Combien, alors, ont-ils dû se réjouir de la défaite des Anglais, car, sans elle, non seulement les villes d’Orléans et de Compïègne, mais encore la France tout entière, étaient à jamais perdues.

Le moment, d’ailleurs, approchait où Compiègne allait encore une fois changer de destinée.

Les habitants venaient d’apprendre la marche de Charles VII sur Reims, où il devait être sacré. De

IOO LA PRISE DE JEANNE d'aRC DEVANT COMPÏÈGNE.

plus, on affirmait que Soissons lui avait fait sa soumission. Désirant alors être éclairés sur ce point, les attournés envoyèrent, à trois reprises différentes, dans le courant de juillet 1429, un sergent du roi nommé Jean Hélart, dit Petiot , pour s’enquérir de l’état de cette place « et des bonnes villes du pays de Champagne ». Le sergent revint bientôt, déclarant que le fait de la reddition de Soissons était parfaitement exact. Aussitôt les mêmes attournés, d'accord avec Raoul de Hallus, capitaine de la ville, et avec les principaux bourgeois et habitants, dépêchèrent l’un d'eux, nommé Thibault, pour aller, en compagnie de Gillet, de François de Miraumont et de Jehan Sortes, à La Fèreoù se trouvait alors le duc de Luxembourg, afin de lui demander s'il était vrai que la reddition de Soissons s'était opérée, avec son consentement, au profit de Charles VII, ainsi que le bruit en courait, et quelle ligne de conduite la ville de Compiègne devrait tenir en pareille circonstance. Les quatre envoyés se mirent en marche le 20 juillet 1429; mais à peine arrivés à Noyon, ils apprirent, qu'après leur départ, un conflit des plus graves s’était élevé entre le capitaine et les habitants de Compiègne. Raoul de Hallus et Jacques de Heilly, qui commandaient un certain nombre de gens d’armes dans la place, estimant probablement qu’ils ne disposaient pas de forces suffisantes pour repousser une attaque sérieuse, s’étaient entendus avec le seigneur de Saveuse, pour le faire entrer dans la ville, lui et un détachement d’hommes de guerre. Déjà même on avait commencé une escalade à l’aide d’échelles, quand les habitants, se précipitant

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