‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 47 sur 172 · CHARLES VII S’APPROCHE DE COMPÏÈGNE · texte numérisé non relu

CHARLES VII S’APPROCHE DE COMPÏÈGNE

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sur les remparts, repoussèrent énergiquement la troupe de Saveuse, qui fut contrainte de se retirer. Quant à Jacques de Heilly, furieux 'de l’attitude des gouverneurs, il ne tarda pas à quitter la place, en même temps que tous les siens. Cette nouvelle causa une vive surprise à François de Miraumont ainsi qu'à ses compagnons, et il fut convenu que Thibault et Gillet iraient seuls à La Fère, pour remettre au duc de Luxembourg les lettres qui lui étaient destinées.

Ce dernier les reçut avec empressement, et déclara qu’il avait bien eu connaissance de la reddition de Soissons, mais quelle s'était effectuée malgré lui. Les envoyés revinrent alors à Compïègne, et rapportèrent cette réponse à ceux qui les avaient envoyés 1 .

En même temps, les attournés avaient dépêché Jean Lemaire, auprès du même duc de Luxembourg pour savoir quelle attitude ils devaient prendre visà-vis de Charles VII, qui « lors estoit sur les champs àgrant puissance, envers le pays Soissonnais ».

1 Ils avaient mis une telle diligence à faire ce voyage, qu’ils forcèrent un cheval qu’on leur avait loué ; on en trouve la preuve dans le passage suivant des comptes de la ville :

« A Jehan de Francières, dit Francoquin, escuïer, pour certain accort fait avecques luy pour les dommaiges et interestz qu’il a eus pour raison de son cheval qu’il baillia à la requeste des gouverneurs de Compiengrie à unz varlet, qui, au mois de juillet mil iiu° xxix, ala avec Thibaut Bourgois, l’un des diz gouverneurs, à Fère-sur-Oise, par devers Messire Jehan de Luxembourc, pour aucunes choses touchans le gouvernement de la dicte ville, lequel fu foulé ou dit voyage tèlement que par grant espace de temps, il ne s’en est peu aidié et l’a convenu curer (soigner) et saner (guérir) par les maréchaulx qui ont curé et guary le dit cheval, xl s. p. »

[Archives de Compïègne , CC. i3, f° 244, v°.)

Le duc de Luxembourg vint lui-même donner réponse, et la ville le traita suivant son rang 1 .

L’événement ne tarda pas d’ailleurs à justifier toutes ces précautions. Peu après, en effet, on vit entrer dans Compiègne trois émissaires, apportant aux attournés des lettres secrètes; le premier, nommé Camail, arriva le 22 juillet, de la part du sire Rigaut de Fontaines, gouverneur du Valois, qui enjoignait aux Compiègnois de rendre obéissance au roi Charles VII, et qui leur annonçait en même temps que ce dernier venait de le nommer Capitaine de la ville ; le surlendemain, apparut le second, c’était un héraut d’armes nommé Orléans, qui fit également sommation de « bailler obéissance au roi, ès mains du bastard d’Orléans ».

Enfin le troisième, nommé Montjoye, entra à son

4 « A Jehan Flament, dit Rosti-Bouilly , pour sa peine d’avoir appareillié ung disner donne" à Mess. Jehan de Luxembourc, en Postel JeanDemy, au mois de juillet mil 1111 e xxix....»

« A Adam, le fruitier, pour fruis par lui livrez ou diner fait a messire Jehan de Luxembourc, en l’hostel de Jehan Demy, au mois de juillet mil im c et xxix....xii den. par.

« A Honoré le Paintre, paticier, pour mi poulez par luy livrez au mois de juillet mil im c xxix, emploïez ou disner fait ou dit temps en l’hostel Jean Demy, à messire Jehan de Luxembourc, mi s. p. » ( Archives de Compiègne , CC. i3, f° 279.)

Déjà, au mois de juin précédent, ce dernier avait traversé la ville, et on lui avait servi, entre autres choses, un plat de tripes au même hôtel.

« A Pierre Saint, paticier, pour un tripaux par luy livrez à la dicte ville, au mois de juing mil 1111 e xxix, dont deux ont esté emploïez ou disner fait ou dit temps à Mess. Jehan de Luxembourc, en Postel de Jehan Demy, et les 11 autres présentez à Raoul de Hallus, lors capitaine de Compiègne. ..vi s. vin d. p.

[Archives de Compiègne, CC. i3, f° 279 v°.)

COMPÏÈGNE SOMMÉ D'OBÉIR A CHARLES VII. i 0 3

tour, le 28 juillet, et demanda soumission au roi, « èsmains de Gautier de Boussac son escuïer d’escuirie ».

On peut facilement juger de l’émotion qui se produisit dans la ville, à la vue de ces- trois envoyés, réclamant une seule et même chose. Le capitaine et les attournés se constituèrent en permanence. Quant aux bourgeois, semblables à l’âne de Buridan, ils ne savaient de quel côté tourner la tête ; la plupart d’entre eux né demandaient pas mieux que de rentrer sous la domination de Charles VII, mais si, par malheur, ses adversaires triomphaient, que dirait le duc de Bourgogne? Que dirait surtout le farouche Bedford? Une première fois, grâce aux supplications et aux larmes de ^quelques femmes courageuses, Compiègne avait pu obtenir son pardon; mais pouvait-on compter encore sur semblable indulgence ? Rien n’était plus douteux. Dans cette occurrence, le mieux était donc de louvoyer et de gagner du temps. C’est ce que cherchèrent à faire nos aïeux. Ils commencèrent par expédier à Crépy en Valois, Jean Lemaire, avec des lettres pour le beau Dunois, dans lesquelles, en réponse à la sommation qu’il leur avait fait faire, on l’informait « que les habitans de Compiengne estoient en la garde de messire Jehan Luxembourc, et que, sans luy, ilz ne sauraient, sur ce, donner response » . En même temps, on envoya à Arras un autre messager, nommé Jean le Flamand, dit Roti-Bouilly , pour mettre le duc de Luxembourg au courant de la situation et pour lui dire, par la même occasion, que la garnison de Crépy « avoit prins certain bestail appartenant à aucuns des habitans de Compiengne, à ce quil leur fist resti-

tuer, attendu les abstinences (armistices) pourpesées entre les seigneurs 1 2 ».

Puis, un troisième envoyé, du nom de Godefroy de Yauganap, se rendit de son côté à Arras, où se trouvait le duc de Bourgogne pour l'informer de la présence de Charles VII aux environs de Soissons, et lui demander ce qu'on devrait faire s'il s'avançait vers Compiègne. Enfin, on expédia force lettres, dans le même sens, à Paris, au Conseil du roi (Henri VI), à son chancelier, au prévôt et aux échevins de la ville. Comme on le voit, ce n'était pas une sinécure que de faire partie de l’administration municipale en un pareil moment.

Aussitôt le départ de ces messagers, qu'on ne manqua pas de traiter aux frais de la ville, et qui reçurent même une gratification * , on s’assembla eton délibéra sans désemparer. Raoul de Hallus, le capitaine de la ville, qui avait reçu du duc de Bourgogne les instructions pour tenir tête à celui qu'on avait si dédaigneusement décoré du nom de roi de Bourges, prêchait la résistance ; la majorité des habitants, qui penchait, tout au contraire, vers la soumission à Charles VII, ne partageait pas cette manière de voir:

1 Archives de Compiengne , CC. 1 3 , f° 245.

2 Archives de Compiègne , CC. i3, f° 279 v°. « A Thomas Quillet, attourné et l’un des goudverneurs de Compiengne, pour restitution de 1 1 escus d’or par luy bailliez et pre'sentez le xxvi" jour juillet mil 1 1 1 1 c xxix pour employer à tremer (former) la somme de 1 1 1 1 escus d’or, qui, ce dit jour, furent donnez de par la dicte ville à Montjoye le hérault du Roy N. S., qui estoi venu au dit Compiengne, sommer les habitants dicelle ville, qu’ilz rendissent ycelle ville au Roy nostre dit Seigneur. »

LOUIS d’oFFÉMONT NOMMÉ CAPITAINE DE COMPÏEGNE. io5

de là conflit. Dans cette situation critique, il fut convenu qu’on écrirait au duc de Bourgogne et au duc de Luxembourg, pour leur révéler le dissentiment qui existait, et que Pierre Crin, l’un des attournés , leur porterait lui-même ces lettres, en les suppliant d’y pourvoir au plus vite. Pierre Crin partit à cheval, bride abattue, le lundi 8 , et revint le jeudi suivant 1 1 août 4 ,

I « A Pierre Crin, attourné et l’ung des gouverneurs de la ville de Compiengne, pour ung voyage par lui faict à cheval du dict Compiengne à Arras, au mois d’aoust mil im c xxix, porter à Monseigneur le duc de Bourgoigne et à Messire Jehan de Luxembourc, lectres closes touchant certaines divisions qui estoient entre les habitans de la dicte ville et Raoul de Hallus, lors capitaine de la dicte ville, lesquels lettres il présenta aux diz seigneurs et leur remonstra et dist l’estât d’ycelle ville et la cause d’ycelle division, à ce que ilz y pourvoissent ; lesquels Monseigneur le duc de Bourgogne et Messire Jehan de Luxembourc ordonnèrent que Monsieur d’Offémont aura la garde ou charge d’ycelle capitainerie d’ycelle ville, et luy ballièrent sur ce lettres pour envoïer au dit Seigneur d’Offémont. Pour lequel voyage faire il se partit du dict Compiengne, le lundi 8 e jour du dit mois d’aoust, et revint au dit Compiengne le jeudy ensuivant ; ainsi vacqua au dict voyage, alant, venant et séjournant 1 1 1 1 jours dont il doit avoir xii s. p. par jour, valent lxviii s. p. et pour les despens et salaire d’un varlet qu’il prind à Roye à luy accompagner à venir de nuict du dict Roye à Compiengne, en retournant du dict voyage, ix s. 1 1 1 1 d. p. lesquelles parties font ensemble, lxi i s. i i i i d. p. »

(Archives de Compïègne , CC. i3, f° 247 V 0 ).

II fallait un courage égal au dévouement, pour affronter les fatigues et les périls de semblables voyages. Pierre Crin ne mesura ni l’un ni l’autre. Il jouissait, du reste, dans Compiègne, d’une considération justement méritée. Aussi, chaque fois qu’il y avait une mission difficile à remplir, c’est à lui qu’on faisait appel, et pendant plus de trente années consécutives, il fut élu gouverneur ou attourné de la ville, aux gages de dix livres par an, et remplit les fonctions de receveur de la ville. Sa femme était animée des mêmes sentiments que lui ; on se rappelle

IOÔ LA PRISE DE JEANNE d'aRC DEVANT COMPÏÈGNE.

rapportant la réponse des ducs de Bourgogne et de Luxembourg, qui dépossédaient Raoul de Hallus de sa capitainerie et nommaient, à sa place, le seigneur d’Offémont 1 .

qu’elle fit partie de la députation envoyée à Creil auprès de Bedford. La famille Crin joua pendant de longues années un rôle important à Compiègne. Après Pierre Crin, les registres des comptes mentionnent parmi les attournés : Robert Crin, en iSji ; Claude Crin, en i 582 ; Charles Crin, en 1619; Jacques Crin, en 1632; Antoine Crin, en 1639 ; un autre Antoine Crin fut notaire à Compiègne, de 1 5 38 à 1 583 . — Le nom de Crin disparut plus tard, faute de descendance mâle, et, par suite d’alliances successives, la famille Crin se fondit dans d’autres maisons également recommandables, notamment dans celle Charmolue, l’une des plus anciennes et des plus estimées de Compiègne.

1 Offémont, dont le château a été rendu si célèbre par le séjour qu’y fit la Brinvilliers, est situé à i4kilom. de Compiègne. Il appartient aujourd’hui à M. Pillet-Will, qui le tient de M. Olympe Aguado. — Louis de Nesles, seigneur d’Offémont et de Mello, était, en 1422, partisan de Charles VII, alors que Henri V assiégeait Meaux. « En ces propres jours, raconte Monstrelct (T. IV, p. 81), il assembla quarante combatans ou environ, des plus experset renommez en fait de guerre qu’il peut finer (trouver), et les mena et conduist jusques assez près de la ville de Meaulx, où tenoit siège le roy d’Angleterre. Et sen ala le dit d’Offemont sur entencion d’entrer secrètement en icelle ville pour aider et conforter lesdiz asségez, qui par plusieurs (fois) l’avoient mandé pour estre leur capitaine. Lesquels sachans sa venue, estoient préparez pour le recevoir, et avoient sur le soir mis une eschèle au dehors des murs par où il devoit monter et toutes ses gens. Et lors, au jour assigné par les parties, le dit d’Offemont s’approucha pour fournir et accomplir sa dicte entreprinse. Si rencontra aucuns de ceuix du guet des Anglois, qui tantost furent mis à mort, et après cela jusques ès fossez de la dicte ville, et commencèrent ses gens à monter par l’eschèle dessusdicte, et de fait en y monta plusieurs. Mais lui, qui aloit tout derrière pour les bouter avant, en passant sur une vieille planche pardessus ung grant fossé, chey (tomba) armé de plein

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