‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 48 sur 172 · ENTREE DE CHARLES VII A CREPY. IO · texte numérisé non relu

ENTREE DE CHARLES VII A CREPY. IO

« Ce seigneur, dit Carlier ( Hist . du duché de Valois , T. II, p. 437), avoit la réputation d’un excellent capitaine et la méritoit ». Aussi cette nomination fut-elle bien accueillie dans la ville de Compïègne, où le seigneur d’Offémont venait souvent et était bien connu des habitants. Mais il n’eut point le temps de prendre possession de son commandement. Voici, en effet, ce qui s'était passé :

Après avoir été sacré, Charles VII, accompagné de Jeanne d’Arc, avait suivi la route conduisant de Reims à Crépy. Toutes les villes qui se trouvèrent sur son passage rentrèrent alors sous son obéissance, et bientôt Crépy s’empressa de lui ouvrir ses portes.

Le peuple accourait au-devant de lui, transporté de joie et criant : « Noël ! » La Pucelle chevauchait alors entre Régnault de Chartres, archevêque de Reims, et Dunois. « Voici, dit-elle, un bon peuple, je n’en ai pas vu nulle part ailleurs qui montrât tant de joie de

harnois dedens ledit fossé, et n’en peut estre mis hors par ses gens, nonobstant qu’ilz lui baillèrent deux lances l’une après l’autre, lesquelles lui demourèrent ès-mains. Et entretant ceulx de l’ost (armée), qui oyrent la murmure et effroy, vindrent sur eulx à grant puissance et les prindrent sans délay. Et fut ledit seigneur d’Offemont navré (blessé) cruellement au visage, et pareillement plusieurs de ses gens. Et en cet estât le menèrent devant le roy d’Angleterre, qui de sa prinse fut moult joieux, et l’examina sur plusieurs propos, et après le fist mectre en bonne garde et bien penser de sa personne. »

Après la reddition de Meaux, le seigneur d’Offémont obtint ’ sa mise en liberté, à la condition de jurer obéissance au roi d’Angleterre. « Et pour ce entretenir, ajoute Monstrelet (p. 97), il bailla pièges (cautions) souffisans, c’est assavoir l’évesque de Noïom (Noyon) et le seigneur de Chauny, lesquelz pour seureté de ce obligèrent corps et biens. »

l’arrivée d’un si noble roi. Et plût à Dieu que je fusse assez heureuse, quand je finirai mes jours, pour être inhumée sur cette terre. » A ces mots, l’archevêque lui dit : « ô Jeanne ! en quel lieu avez-vous espoir de mourir? — Où il plaira à Dieu, répondit-elle. Je ne suis sûre ni du temps, ni du lieu; et je n’en sais pas plus que vous. Mais je voudrais bien qu’il plût à Dieu, mon créateur, que maintenant, je me retirasse, laissant là les armes, et que j’allasse servir mon père et ma mère, en gardant leurs brebis avec ma sœur et mes frères, qui seraient grandement joyeux de me voir*. »

Ainsi que Crépy-en-Valois, La Ferté-Milon, Saintines, Béthizy-Saint-Pierre, Longueil, La Boissière et autres localités voisines acclamèrent Charles VIL

Bientôt ce dernier apprit que Bedfort, ayant quitté Paris, marchait à grandes journées pour lui livrer bataille. Comme la place de Crépy avait été bien réparée, il résolut d’attendre les Anglais ; mais ceuxci, après s’être présentés sous les murs de cette ville, reconnurent qu’ils ne pourraient s’en emparer qu’avec bien de la peine : aussi préférèrent-ils s’éloigner et manœuvrer de façon à amener leurs adversaires en pleine campagne. Comprenant cette tactique, Charles VII sortit de Crépy, et « tint le chemin de Gombries ». Jeanne d’Arc, qui accompagnait le roi, avait pris les devants pour reconnaître les lieux, et avait fait choix d’un poste avantageux suffisant pour couvrir tout à la fois la Brie et le Valois. Quant à

1 Procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc, par Joseph Fabre. Paris, 1888. T. p. 200. [Déposition de Dunois.)

Page 1