CHARLES VII S'INSTALLE A COMPÏEGNE
du délire. Qui aurait pu se douter, en ce moment, que neuf mois plus tard, la pauvre Jeanne d’Arc trouverait la mort, en voulant sauver cette même ville qui l'accueillait alors avec tant d’allégresse, et que personne ne bougerait pour l’arracher des mains de ses ennemis. Triste chose, en vérité, que la destinée humaine !
Les attournés de Compiègne : Thomas Quillet, Thibault Bourgeois, Pierre Crin et Gérart le Riche,
de 1428 , publié par M. Jules Loiseleur, bibliothécaire de la ville d’Orléans, l’article suivant :
« A Jehanne la Pucelle, la somme de 236 livres tournois forte monnoye, qui ès mois d’aoust et de septembre 1429, du commandement et ordonnance du Roy Nostre Seigneur, lui a esté bailliée et payée par ledit trésorier. C’est assavoir : pour un cheval que ledit Seigneur lui fist baillier et délivrer à Soissons ou dit mois d’aoust, trente-huit livres dix sols tournois.
a Pour un aultre cheval que semblablement le dit Seigneur lui fist délivrer à Senlis, ou dit mois de septembre, six vingts dix-sept livres dix sols tournois. El à Reims, que icelui Seigneur lui fist baillier et délivrer pour baillier à son père, soixante livres tournois. »
A propos du cheval donné à Senlis, il paraît qu’il appartenait originairement à l’évêque de cette ville, et qu’on en fit un grief contre Jeanne d’Arc. En effet, dans son interrogatoire du 3 mars 1431, comme on lui demandait pourquoi elle avait pris la haquenée de l’évêque de Senlis, elle répondit : « Elle fut achetée deux cents salus. Je ne sais si l’évêque les eut ou non. Mais il eut assignation, ou en fut payé. Dailleurs je lui écrivis qu’il pourroit ravoir sa haquenée s’il vouloit ; et que je ne la voulois point, vu qu’elle ne valoit rien pour peiner. »
. Lors de son départ de Vaucouleurs pour aller trouver le roi à Chinon, Jeanne d’Arc montait un cheval que lui avaient acheté, moyennant dou\e francs , Alain de Vaucouleurs et Durand Laxart de Burey-le-Petit, qu’on a présenté comme l’oncle maternel de la Pucelle, tandis que, en réalité, il n’aurait été que son cousin germain. (V. La famille de Jeanne d'Arc, par M. Boucher de Molandon. — Orléans, 1878, p. 3 .)
conduisirent Charles VII jusqu’à son Logis , où il s’installa avec toute sa suite. Quant à Jeanne d’Arc, elle se rendit chez le procureur du roi Jean Le Féron, qui habitait, dans la rue de Paris, une maison connue alors sous le nom à'hôtel du Bœuf*.
Avant de quitter Crépy, Charles VII avait signé des lettres de pardon en faveur des habitants de Compiègne qui avaient adhéré aux Anglais ; de plus, il confirmait les privilèges dont ils jouissaient jusqu’alors, et pour permettre de rentrer dans la place,
1 Voir notre publication ayant pour titre : Séjours de Jeanne d' Arc à Compiègne . — Maisons où elle a logé en 142 g et 1430 . — Paris, 1888, in 8°.
On lit, en effet, dans une note émanée du savant héraldiste Jean Le Féron, petit-fils du procureur en question, ce qui suit : « La Pucelle estoit logée au logis du procureur du Roi du dit Compiègne, à Y enseigne du Bœuf \ et couchoit avec la femme du dit procureur, mère-grand de maistre Jean Le Féron, appelée Marie Le Boucher, et faisait souvent relever de son lit la dicte Marie pour aller advertir le procureur que se donnât de garde de plusieurs trahisons des Bourguignons . »
« Par le mot Bourguignons , il faut entendre, dit Vallet de Viriville, les créatures que le duc de Bourgogne entretenait dans Compiègne, notamment Jean Dacier, abbé de Saint- Corneille, qui sièga comme juge à Rouen, et condamna la Pucelle. » [Hist. de Charles Vif T. II, p. i 5 o.)
C’était l’habitude de J eanne de partager son lit avec la femme ou la fille du personnage qui lui donnait l’hospitalité ; ce qui d’ailleurs, au moyen âge, n’avait rien d’extraordinaire. Seulement, elle ne voulait pas coucher avec de vieilles femmes *. A Orléans, elle avait reposé avec la fille du trésorier Jacques Boucher, ainsi que le raconte la Chronique de la Pucelle : « Elle s’alla coucher en la chambre qui lui avoit esté ordonnée {préparée), et avecques elle estoient la femme et la fille du dit trésorier, laquelle fille coucha la nuict avec ladite Jehanne. »
* Procès de réhabilitation . Déposition de l’écuyer Simon Beaucroix.